Les comics du Bicentenaire (dossier)
Les Américains commémorent en 2026 le 250e anniversaire de leur pays. Il y a cinquante ans, en 1976, les États-Unis célèbraient le Bicentenaire de leur indépendance dans un climat mêlant patriotisme, consumérisme et incertitudes sur l’identité nationale après la guerre du Vietnam et le scandale de Watergate. Média de masse touchant alors encore des millions de lecteurs, les comics participèrent à cette vaste entreprise commémorative, quoique de manière bien plus limitée que la presse périodique ou la télévision. Des strips de la presse dominicale aux comic books vendus en kiosques, des fascicules destinés aux plus jeunes lecteurs à ceux arborant les super-héros de DC et Marvel, des magazines satiriques aux comix underground, les récits en bande dessinée mirent en scène reconstitutions historiques et voyages dans le temps, célébration des Pères fondateurs et, parfois, remises en question plus ou moins acerbes du roman national étatsunien.
Il y a 50 ans : les comic books du Bicentenaire des États-Unis (introduction)
En 1976, le Bicentenaire de l’Indépendance des États-Unis résonna avec l’imaginaire patriotique américain, sans pour autant envahir les pages des comic books. À rebours de l’ampleur des festivités nationales à travers tout le pays, seules quelques dizaines de fascicules présentèrent des récits intégrant la thématique de la commémoration, qui le plus souvent privilégiaient une vision consensuelle de l’histoire étatsunienne, centrée sur les Pères fondateurs et le folklore scolaire et médiatique bâti de toutes pièces au XIXe siècle. En dressant un panorama de ces publications, cet article montre comment les comics ont accompagné – mais aussi limité – la mise en images de la mémoire américaine, révélant les contradictions internes des représentations du passé célébrées par une industrie culturelle ne cherchant pas, ou si peu, à faire dialoguer le roman national, lissant toutes les aspérités du passé à coup de batailles et de grands hommes, avec le présent complexe et problématique des années 1970.
Un Bicentenaire éducatif (un peu) et amusant (surtout) : les comic books pour jeunes lecteurs
Dans les années 1970, les titres Marvel et DC vendaient beaucoup moins d’exemplaires que les comic books destinés aux plus jeunes lecteurs et lectrices. Richie Rich, Dennis the Menace, Archie et la bande de Riverdale, ainsi que les personnages de séries publiées par Gold Key, s'emparèrent eux aussi du Bicentenaire américain de 1976 au travers d’histoires courtes qui, en mêlant humour, aventure et pédagogie, faisaient résonner auprès des enfants les grands moments de la Révolution américaine. Derrière ces récits souvent très fantaisistes transparaît un imaginaire historique hérité du XIXe siècle, où la célébration patriotique se décline selon les publics visés, entre divertissement, transmission mémorielle et échos encore embryonnaires des évolutions culturelles issues des années 1960.






