[Octobre 2015]
Dans les bandes dessinées sans paroles, il n’est pas rare de trouver des phylactères. Même s’ils sont parfois vides (exhibant ainsi l’absence du langage), la plupart du temps ils renferment des signes ou des images. La parole y est ramenée à une pure iconographie, c’est-à-dire une espèce de synthèse hiéroglyphique où la chose représentée vaut pour le mot ; celle-ci s’inscrit dans une syntaxe absente que la situation permet de reconstruire partiellement. Dans Les Gris colorés, de Victor Hussenot (La 5ème Couche, 2015), on ne trouve pas un seul mot mais beaucoup de bulles ; et dans ces bulles, pas un seul signe, pas un seul référent tangible. Elles ne sont pas vides pour autant, elles ne sont pas complètement désertées par le sens, elles ne se contentent pas de creuser le blanc atone de la page : elles sont gorgées de couleur. Les petites saynètes de l’album reposent sur une délicate synesthésie chromatique faisant des tonalités de l’aquarelle le plus vibrant des bavardages visuels.