[janvier 2010]
Il y eut le Concombre, “mais alors, pas du tout sympathique”, de Robert Pinget qui “se dorait” sans masque “sur la plage”. “Il se gonflait, l’œil mi-clos, le pédoncule provoquant. Les concombresses en étaient folles” [1]. Il y eut les figures érémitiques que l’on rencontrait jadis à la lisière – des villes, des forêts, des déserts – où la mort lente est aux aguets. Il y eut ces personnages de fiction : justiciers masqués, héros chastes mais bien montés, marginaux excentriques se nourrissant de substances génératrices d’étrangeté – inquiétante, parfois, mais le plus souvent doucement hallucinante. Il y eut enfin le Concombre Masqué - légume animal-humanoïde (humano-animaloïde ?) – que Nikita Mandryka dessinait depuis l’enfance et qui surgit le 1er avril 1965, dans l’hebdomadaire Vaillant (“— Qui êtes-vous ? — Je n’en sais rien : je suis masqué”) : une créature des plus complexes et cependant d’une simplicité presque enfantine, parlant droit au cœur des plus jeunes (mais aussi de biais et en tous sens, ce que révèle l’analyse la plus immédiate et plus précisément encore celle, ô combien interminable, dont l’inventeur du Concombre masqué a semble-t-il tiré quelque lumière).