« Quand j’étais un enfant qui dessine des bonhommes sur ses cahiers, j’avais un moment solennel. C’était quand je mettais à mes bonhommes, des yeux. Et quels yeux ! Je sentais que je leur donnais la Vie et je sentais la vie que je leur donnais. J’avais les sensations de celui qui souffle sur la boue. » Ainsi s’exprimait Paul Valéry dans ses Cahiers (1988 : 29-30).
L’expérience rapportée dans ces lignes est sans doute l’une des plus communément partagées par tous ceux qui, à l’âge adulte ou dans l’enfance, en professionnels ou en simples amateurs, se sont mêlés de dessiner. On éprouve un sentiment de miracle devant le fait que quelques traits suffisent à simuler la vie, à donner de l’expression. Et pas n’importe quelle expression mais, Töpffer y insistait, toujours et nécessairement « une expression quelconque parfaitement déterminée ». L’historien d’art Ernst Gombrich validera et baptisera du nom de « loi de Töpffer » cette observation faite par l’artiste genevois : même jetée sur le papier sans intention particulière, une tête humaine, « par le seul fait qu’elle a été tracée », ne peut pas ne pas donner à voir, a posteriori, une expression précise, qu’il est possible de lire, d’identifier, de décrire.