[janvier 2010]
Pour les chercheurs en quête du patrimoine le plus étrange qu’ait enfanté la bande dessinée, l’œuvre de Fletcher Hanks (1887-1976) s’apparente au Saint Graal. Quinze histoires publiées durant sa très courte carrière ont été réunies dans l’ouvrage I Shall Destroy All the Civilized Planets (Je détruirai toutes les planètes civilisées). Ce titre emphatique ne relève nullement de l’exagération. Le trait est difforme et les scénarios simplistes : invariablement, les responsables d’innombrables morts sont impitoyablement châtiés. Ces récits ne semblent pas s’embarrasser d’une quelconque tradition artistique « civilisée » ni de sentiments de compassion. Lorsqu’il s’agit de qualifier ces bandes dessinées, le terme « art brut » vient immédiatement à l’esprit. Toutefois, Paul Karasik, qui a coordonné l’édition du recueil et déniché ces joyaux dans les coffres aux trésors des collectionneurs, considère que cette notion est inappropriée compte tenu de ce qu’il sait de la vie de Hanks. Son art n’est, certes, peut-être pas brut mais l’artiste était, lui, en revanche, une véritable brute.