[janvier 2009]
Accrocher telle ou telle image (ou telle planche) de bande dessinée sur un mur, la placer face au regard dans un espace permettant une circulation à la fois libre et orientée, n’est apparemment pas une opération simple. Ça ne va pas de soi : la peur que le mur rejette l’image, quelle s’effondre, entrainant le regard dans sa chute peut se manifester très tôt et inhiber sévèrement le processus d’exposition. L’inquiétude de ne pas « tenir » conduit à vouloir en rajouter, donc à s’offrir les services d’un scénographe à qui l’on demande de théâtraliser l’accrochage comme pour s’excuser de n’avoir que si peu à montrer. Loin de moi l’idée de rejeter toute forme de mise en espace de « l’univers bande dessinée » alors que certaines se sont avérées non seulement plaisantes mais réellement opérantes. Mais la question se pose de la possibilité d’une monstration nue, dépouillée, sans entours : montrer l’image, la page, la planche - ou toute forme même très singulière touchant de près ou de loin à ce qu’on entend par bande dessinée -, pour elle-même comme on le fait d’une peinture, d’un dessin, d’une gravure, de Rembrandt comme de Richard Serra, dans une galerie, un musée, tout lieu d’exposition où le regard peut se déployer en liberté et saisir à sa guise son objet.