[juin 2013]
L’histoire des transpositions de textes littéraires en bandes dessinées est ancienne, l’un de ses jalons les plus illustres ayant nom Tarzan, que Harold Foster puis Burne Hogarth « empruntèrent » au romancier-Edgar Rice Burroughs. Mais ce n’est qu’à partir des années soixante que le champ des textes souche adaptés a commencé à s’élargir et à se diversifier, suscitant d’heureux et parfois surprenants mariages : citons seulement, à titre d’exemples, ceux de Lob et Pichard avec Homère (Ulysse), de Gianni De Luca avec Shakespeare, de Dino Battaglia avec Melville, Stevenson et Maupassant, de Guido Crepax avec Bataille (Histoire d’une histoire), un peu plus récemment celui de Tardi avec Malet ou celui de Druillet avec Flaubert (Salammbô). Non seulement l’éventail des genres concernés, longtemps limité aux seuls récits d’aventures, s’est ouvert (entre autres) au répertoire théâtral, à l’érotisme et aux « grands » textes, mais les auteurs de bande dessinée ont manifesté plus de liberté dans le processus d’appropriation des œuvres ; c’est ainsi que la geste d’Ulysse est devenue un récit de science-fiction et que Salammbô s’est teintée d’heroïc fantasy.