[août 2013]
Les grandes œuvres de Chris Ware, à ce jour au nombre de trois (Jimmy Corrigan, Building Stories et Rusty Brown encore inachevé), auront été des chantiers ouverts pendant des années avant de trouver leur état définitif. L’auteur américain travaille par séquences, livre des variations sur un même thème, accumule les strates narratives et les digressions, et pour finir doit se résoudre à faire œuvre, c’est-à-dire à boucler son récit et à le doter d’une forme, ce qui implique de prendre une série de décisions touchant à la mise en intrigue, à l’ordination des épisodes, au chapitrage, au format, etc. Jimmy Corrigan conservait des traces de ce processus de création évolutif, pour ne pas dire erratique, mais offrait néanmoins l’apparence rassurante, classique, d’un livre. Building Stories, au contraire, innove radicalement. Sa forme, loin de chercher à dissimuler la disparité de ses éléments constitutifs (des livraisons ont été publiées dans Acme Novelty Library, d’autres dans The New Yorker, The New York Times magazine, Nest Magazine, Kramers Ergot, The Chicago Reader, Hangar 21 Magazine et McSweeney’s Quarterly Concern, autant de supports de dimensions différentes), propose une expérience de lecture inédite.