LGBTQomics - Lettres d’amour à la bande dessinée
Entrez dans une autre histoire de la bande dessinée longtemps restée à l’ombre de la grande histoire du Neuvième Art, et qui n’attend que d’être dévoilée. L’exposition d’envergure mondiale se propose d’en dessiner un parcours historique et esthétique. Cette histoire est celles des engagements, des amours et des désirs d’artistes LGBTQIA+ ainsi que des représentations qu’iels ont donné à voir.
© Annie Goetzinger, « L’avenir perdu », couverture, Les Humanoïdes Associées, 1992
Si au XXe siècle la bande dessinée a été un art sous surveillance, que les censeurs voulait préserver par une bonne morale, elle a pu, selon certaines conditions, devenir un espace plastique et subversif par l’engagement politique des artistes. Engagé·es, iels font trembler les lignes du genre et de la sexualité en exposant leurs vies, leurs fantasmes, leur révolte, leurs désirs, leurs « amitiés particulières » et leurs amours. La bande dessinée a pu devenir un terrain d’exploration, parfois au risque de la censure mais bien plus souvent par le biais de moyens de publication personnels ou alternatifs, loin des canaux traditionnels. Cela a été l’occasion d’inventer de nouvelles formes d’expression pour la bande dessinée, avec elle et hors d’elle. Le récit de la BD LGBTQIA+ est toujours en devenir : aujourd’hui dans le monde, les récits de vie queer en bande dessinée font encore l’objet d’interdictions comme celles de Maïa Kobabe ou encore d’Alison Bechdel, deux auteurices qui seront à l’honneur sur les cimaises du Musée de la BD d’Angoulême.
© Fabrice Neaud, dans « Collectif Vampires », page 3, Editions Carabas, 2002
L’exposition permet de prendre connaissance du parcours et de l’évolution des représentations et mais aussi des carrières d’auteurices LGBTQIA+ dans le milieu de la presse et de l’édition de bande dessinée. Quels sont les moyens de publication dont disposent ces auteurices et selon quelles conditions ? Lorsque le monde de l’édition de bande dessinée, liée à la publication pour la jeunesse, est dominé par des logiques normatives, quels sont les moyens que trouvent les auteurices pour développer d’autres récits qui leur ressembleraient davantage ? Par la suggestion implicite, par la publication dans une presse communautaire, par la presse et l’édition contre-culturelle, par la formation de collectifs d’auteurices LGBTQIA+, mais aussi au tournant du XXIe siècle par la liberté relative qu’offre le numérique. C’est aussi toute une histoire de la presse et de l’édition de la BD que donne à lire en creux l’exposition, à la lumière queer de ces artistes de bande dessinée. Le partenariat avec le musée de l’histoire contemporaine, La Contemporaine, à Nanterre permet ainsi de croiser ce regard sur la BD avec un ensemble de documents historiques (issus des fonds de Daniel Guérin, Frédéric Martel et de La Ligue des Droits de l’Homme), de collections de presse (Libération, Le Nouvel Observateur, Actuel, Charlie Mensuel, Le Gai Pied, Homophonies) et d’iconographie (affi ches, photographies) pour comprendre dans quels contextes historiques et culturels ces œuvres émergent.
© Michael DeForge, « Big Kids », page 73, Atrabile, 2017
Une centaine de planches et dessins originaux, ainsi que de nombreux documents de travail provenant des collections de la Cité, de musées européens (Reina Sofia à Madrid, IVAM à Valence) et nord-américains (Leather Museum & Archives à Chicago), de collections particulières mais aussi directement des archives des auteurices (Nazario, Olivia Clavel, Ralf König, David Shenton, Alison Bechdel, Fabrice Neaud, Jul Maroh, Hubert) viendront révéler l’esthétique des cultures gaies, lesbiennes, trans et queer au sein du Neuvième Art.
Le parcours, chronologique, propose de traverser l’histoire de la bande dessinée aux XXe et XXIe siècle en posant sur elle un autre regard, celui de l’émergence des représentations queer et l’apparition des artistes de bande dessinée engagé·es à rendre visible et dicible des personnes LGBTQIA+.
Une coproduction avec La Contemporaine
Service inter-universitaire rattaché à l’Université Paris Nanterre, la Contemporaine est une institution de référence pour la recherche en sciences humaines et sociales. Anciennement appelée BDIC (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine), elle change de nom à l’occasion de son centenaire en 2018 et devient « La Contemporaine : bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains », réaffi rmant ainsi sa triple identité. Créée à la fi n de la première guerre mondiale, la Contemporaine a pour vocation depuis son origine de rassembler tous les matériaux et toutes les traces documentaires des événements pouvant servir à interpréter et écrire l’histoire de notre temps. Elle collecte, conserve et communique des collections sur l’histoire européenne des XXe et XXIe siècles.
L’exposition « LGBTQomics Lettres d’amour à la bande dessinée » sera visible de novembre 2027 à mai 2028 à La Contemporaine à Nanterre.
Commissaires
Irène Leroy Ladurie
Commissaire
Jean-Paul Jennequin
Commissaire
Bastien Pepin
Scénographe
Irène Le Roy Ladurie
Irène Le Roy Ladurie est chercheuse à l’Université de Lausanne et spécialiste de l’intimité et des sexualités en bande dessinée et en littérature. Elle a écrit une thèse intitulée Une préférence pour la douceur. Récit(s) de la caresse à l’époque contemporaine et co-dirige également la revue en ligne de la Cité de la Bande dessinée Neuvième Art. Elle y a écrit, édité et publié des articles sur de nombreux sujets comme la bande dessinée pornographique féminine, sur la nourriture dans la bande dessinée, les coloristes ainsi que dans des catalogues d’exposition (Épopées graphiques, Cling !) et des ouvrages collectis (La Destruction des images en bande dessinée).
Jean-Paul Jennequin
Jean-Paul Jennequin, traducteur, historien de la bande dessinée, éditeur et dessinateur est le spécialiste français de la BD LGBT. Il a créé le premier fanzine de à ce sujet, Bulles gaies, en 1989 et plus récemment la revue LGBT BD en 2015. Il a pendant ce temps contribué à faire connaître les auteurices LGBTQIA+ notamment nord-américain•es au public francophone par des conférences et des tables rondes au Festival d’Angoulême et des articles publiés dans Le Bouquin de la bande dessinée (Robert Laffont, 2021) mais aussi dans les revues Art&Fact en 2008 ou encore Inverses. Littérature, Arts. Homosexualités en 2024. Il a également repris et organisé deux éditions du Salon BD & Images LGBT de Paris (2018-2019). Une partie de l’exposition est composée des pièces de sa collection personnelle. Spécialiste du Neuvième Art en général, il a publié en 2003 une Histoire du comic book.






