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À perdre la raison

Belgique, Luxembourg, France, Suisse - 2012 - 1h51
sélection Un certain regard Cannes 2012 prix d'interprétation féminine (Emilie Dequenne)
film - film francophone
de

Joachim Lafosse

scénario : Joachim Lafosse, Thomas Bidegain, Matthieu Reynaert
direction de la photographie : Jean-François Hensgens
avec : Niels Arestrup (André Pinget), Tahar Rahim (Mounir), Emilie Dequenne (Murielle), Baya Belal (Rachida), Stéphane Bissot (Françoise), Mounia Raoui (Fatima), Redouane Behache (Samir), Yannick Renier (médecin), Nathalie Boutefeu (Dr. De Clerck)
séances : semaine du mercredi 17 octobre 2012
mercredi 17 jeudi 18 vendredi 19 samedi 20 dimanche 21 lundi 22 mardi 23
21:45
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séances : semaine du mercredi 24 octobre 2012
mercredi 24 jeudi 25 vendredi 26 samedi 27 dimanche 28 lundi 29 mardi 30
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synopsis

Murielle et Mounir s’aiment passionnément. Depuis son enfance, le jeune homme vit chez le Docteur Pinget, qui lui assure une vie matérielle aisée. Quand Mounir et Murielle décident de se marier et d’avoir des enfants, la dépendance du couple envers le médecin devient excessive. Murielle se retrouve alors enfermée dans un climat affectif irrespirable, ce qui mène insidieusement la famille vers une issue tragique...

notes de production

Le film s’inspire librement d’un tragique fait divers survenu en Belgique : le quintuple infanticide commis par Geneviève Lhermitte le 28 février 2007 (1). Cependant, les lieux et les noms ont été changés et il ne s’agit pas d’une reconstitution minutieuse, mais d’une reconstruction portée par le regard artistique et la subjectivité du réalisateur Joachim Lafosse.
(1) http://www.parismatch.com/Actu-Match/Monde/Actu/La-veritable-histoire-d-A-perdre-la-raison-420665/

Quand il a entendu parler de ce fait divers, le cinéaste Joachim Lafosse a rapidement imaginé une adaptation cinématographique du drame. Il confie : j’ai pensé tout de suite que cela renvoyait à la tragédie antique, et que ce fait divers m’offrait la possibilité d’approfondir ce dont je parlais dans mes films précédents : le trop-plein d’amour, ses conséquences, la dette, le lien pervers, les dysfonctionnements familiaux, la question des limites…

Pour le réalisateur Joachim Lafosse, son rôle n’est pas de rechercher la vérité judiciaire. Mon rôle, c’est de faire partager au spectateur la vie des personnages que j’ai mis en scène et de leur permettre d’appréhender le drame à travers un autre prisme. Je voulais montrer qu’un tel acte, dépeint comme monstrueux, ne peut pas être le fruit du hasard. On dit que le crime infanticide est "impensable" : mon objectif est d’amener le spectateur à réfléchir sur ce qu’on qualifie trop souvent d’inexplicable, à poser un autre regard en me servant de l’outil fictionnel pour susciter un questionnement sur la perception de la réalité, tant par mon propre regard que par celui des spectateurs qui voient le film, explique-t-il.

Le film ne déresponsabilise pas, mais il ne juge pas non plus, aucun des personnages. Il pose des questions et cherche des réponses au travers du seul médium qui permet de le faire de cette façon : un récit fictionnel, déclare Joachim Lafosse à propos de son film.

Le réalisateur confie que d’autres films l’ont aidé à construire ses personnages : si on a pensé à L’Ombre d’un doute pour André Pinget, pour [Murielle] notre référence était Une femme sous influence de John Cassavetes, avec sa façon de courir tout le temps après sa vie de famille. Une femme dépassée, épuisée, maltraitée, en proie au doute, à la peur, et qui craque.

Murielle, la mère infanticide qu’interprète Emilie Dequenne, est un personnage complexe : au début, c’est une jeune femme élevée dans le renoncement. Une fille seule. Ses parents ne sont pas ceux dont elle avait rêvé, et avec André, elle rencontre le père qu’elle aurait aimé avoir. C’est un homme qui la protège, la sécurise, déclare le réalisateur à son propos. Dans le film, Murielle et son mari Mounir vivent donc chez André avec tout le confort possible. Le réalisateur considère que ...la tragédie se fabrique dans l’assurance, le confort. Et l’émancipation, c’est la prise de risques. Le plaisir et le désir meurent puisqu’il n’y a plus de risque. Dans le confort, la mort s’installe.

Joachim Lafosse a voulu que sa mise en scène soit capable de susciter à la fois l’émotion et la réflexion, sans tirer sur la corde du sensationnalisme. Il a donc utilisé de nombreux plans-séquences et a filmé à hauteur d’homme et d’enfant. Il a également soigné son cadre en faisant un lien entre le cadre familial et le cadre cinématographique : je vois chaque plan comme une maison, et je me demande qui y vit, qui va en être éjecté, qui y étouffe…, raconte-t-il.

A perdre la raison se concentre sur une famille nombreuse, et il y avait donc beaucoup d’enfants sur le plateau de tournage : avant le tournage, j’ai réalisé un court métrage [Avant les mots] dans une crèche, pour préparer le film, et j’ai découvert que quand on ne s’occupait pas des enfants, ils nous oubliaient au bout de trois quarts d’heure. C’est une stratégie que j’ai utilisée : seulement deux personnes de l’équipe parlaient aux enfants. Les autres, y compris moi, n’étions que des ouvriers qui travaillaient autour d’eux. C’est mon premier assistant qui les a dirigés, explique Joachim Lafosse.

Dans A perdre la raison, Niels Arestrup incarne un médecin, protecteur et père de substitution du personnage joué par Tahar Rahim. Les deux comédiens s’étaient déjà donné la réplique en 2009 dans le multi-césarisé Un prophète de Jacques Audiard. Dans ce film, leurs personnages entretenaient une relation quelque peu similaire à celle que l’on peut voir dans le film de Joachim Lafosse (Rahim incarnant le protégé du parrain corse campé par Arestrup). Tous deux avaient obtenu un César (deux pour le plus jeune !) pour leurs magistrales interprétations de ces deux prisonniers. Les voir à nouveau réunis à l’écran représente donc un véritable évènement.

La musique a une grande importance dans le film : le langage musical est d’une grande utilité pour faire entendre la perversion qui s’immisce, se dissimule derrière les images et les gestes. Filmer le lien pervers, c’est filmer ce qui se cache. La musique peut servir à le faire voir sans le dire, déclare le réalisateur avant de continuer : j’utilise la musique chaque fois qu’il se produit une transgression. Scarlatti souligne ce lien. La musique baroque est parfaite car elle nous embarque au-delà de la psychologie.

Pour expliquer le titre de son film, qui s’intitulait au départ Aimer à perdre la raison, Joachim Lafosse déclare : je ne crois pas qu’il y en ait d’autre possible ! Murielle ne peut pas passer à l’acte sans avoir perdu la raison.

A perdre la raison a été présenté dans la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2012. Emilie Dequenne y a d’ailleurs été récompensée du Prix d’interprétation féminine pour sa composition de mère, que de malheureux événements ont poussée à commettre un acte tragique.

Joachim Lafosse
Né à Uccle le 18 janvier 1975.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Joachim_Lafosse

Thomas Bidegain
http://www.evene.fr/celebre/biographie/thomas-bidegain-53608.php
http://www.unifrance.org/annuaires/personne/325882/thomas-bidegain
http://www.scenarioaulongcourt.com/bios/bidegain_thomas.html

Jean-François Hensgens
http://www.unifrance.org/annuaires/personne/334491/jean-francois-hensgens

Niels Arestrup
Né à Montreuil le 8 février 1949.
Bénéficie au fil des années d’une reconnaissance comparable à celle qu’il connaît sur les planches...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Niels_Arestrup

Tahar Rahim
Né le 4 juillet 1981 à Belfort.
Son premier grand rôle lui sera donné par Jacques Audiard en 2009 pour Un prophète...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tahar_Rahim

Emilie Dequenne
Née le 29 août 1981 à Belœil (Belgique).
Décroche son tout premier rôle à 18 ans dans Rosetta des frères Dardenne...
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89milie_Dequenne

Baya Belal
http://fr.wikipedia.org/wiki/Baya_Belal

Stéphane Bissot
http://fr.wikipedia.org/wiki/St%C3%A9phane_Bissot

Yannick Renier
Né le 29 mars 1975 à Bruxelles.
Demi-frère aîné de Jérémie Renier...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yannick_Renier

Nathalie Boutefeu
Née en 1968 à Dijon.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nathalie_Boutefeu

extrait(s) de presse

Elle - Emilie Dequenne est saisissante dans l’aliénation et l’émotion qu’elle transmet...
Les Inrocks - Une œuvre superbe de maîtrise, de justesse et de sensibilité...
Positif - La forme, c'est le fond, et peu de films l'illustrent aussi bien que celui-ci par la rigueur de sa mise en scène, l'extrême justesse de la longueur de chaque plan et la richesse du travail de cadre...
Télérama - Une tension est savamment entretenue, qui contracte le coeur, du début à la fin...
Critikat - C’est un film anxiogène d’une implacable maîtrise, porté avec maestria par un trio d’acteurs remarquables...
La Croix - Tendu de bout en bout, jamais complaisant, rude et dérangeant, À perdre la raison doit aussi beaucoup à la qualité de son interprétation...
Le Monde - La puissance d'évocation du film, qui fait de la douceur une arme plus destructrice que la violence, est indéniable...
Libération - Dans "A perdre la raison", personne n’est jugé, et tout se passe à la lumière...