le ventre de l’architecte - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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le ventre de l’architecte

The Belly of an architect
Gb, Italie - 1987 - 1h58
sorti en France le 23 septembre 1987
compétition officielle Cannes 1987
film - version originale sous-titrée en français
de

Peter Greenaway

scénario : Peter Greenaway
direction de la photographie : Sacha Vierny
musique ou chansons : Wim Mertens
avec : Brian Dennehy (Stourley Kracklite), Chloe Webb (Louisa Kracklite), Lambert Wilson (Caspasian Speckler), Vanni Corbellini (Frederico), Sergio Fantoni (Io Speckler), Stefania Casini (Flavia Speckler), Claudio Spadaro (Mori), Marne Maitland (Battistino), Marino Masé (Trettorio), Francesco Carnelutti (Pastarri), Alfredo Varelli (Julio), Geoffrey Copleston (Caspetti), Rate Furlan (violoniste), Julian Jenkins (docteur), Enrica Maria Scrivano (mère), Ricardo Ussani (petit garçon), Stefano Gragnani (homme), Andrea Prodan (Dr Artuso Amansa), Fabio Sartor (policier)
séances : semaine du mercredi 8 juin 2011
mercredi 8 jeudi 9 vendredi 10 samedi 11 dimanche 12 lundi 13 mardi 14
19:00*
séance spéciale :
* Archiciné Soirée-conférence organisée en partenariat avec Via patrimoine. Tarif unique : 3.5 €

synopsis

Un architecte américain est invité à Rome pour réaliser une exposition sur une de ses idoles, l'architecte visionnaire français Etienne-Louis Boullée. Stourley Kracklite arrive avec sa charmante épouse Louisa. Obsédé par son travail, il souffre de maux de ventre et devient paranoïaque tandis que sa femme se tourne vers un jeune architecte italien...

notes de production

Le héros qui mange littéralement une œuvre de Boullée (1), consommation trop goulue pour ne pas indiquer son impuissance créatrice, attribue aux figues ses premiers maux d’estomac. Il s’identifie à Auguste (13) qu’il déclare mort empoisonné par sa femme Livie (2) à l’aide de ces fruits. Il tire argument d’un passage de César (3) à ce propos. Les médias répandent si vite l’ignorance et l’inattention que cette séquence n’amuse personne. Or l’autorité de César est irrecevable (et pour cause). De plus ni le méchant Suétone (4) ni Tacite (5), qui insinue pourtant (Annales, I, 5) que Livie pourrait bien avoir tué son époux, ne mentionnent les fameuses figues. Comme les grenades de Meurtre dans un jardin anglais (6), ce leurre trompe l’artiste. Deux thèmes iconographiques sont pourtant associés aux figues : le suicide de Cléopâtre (7), dont la grandeur présage la mort théâtrale de Kracklite (autant que la césarienne, cela expliquerait la présence du nom de César) et le symbolisme du Nouveau testament (8) qui fait de ce fruit, par excellence, celui de l’épreuve et de la reconnaissance (et si on reconnaît l’artiste à ses œuvres, que peut montrer l’architecte ?). Par ailleurs, dans un registre familier, figs signifie des riens. C’est bien sa mort que dévore Kracklite, mais précisément parce que son œuvre (néo-néo classique) fait proliférer en lui le passé. De même les cellules cancéreuses. Boullée, lui, saluait Newton (9), comme un tableau obscur de Meurtre dans un jardin anglais. Mais comme son nom d’éclat bref et lumineux l’indique, Kracklite ne transforme-t-il pas sa mort en œuvre - à l’instar des frères Deuce (10) ? Ce happening conceptuel tient lieu d’exposition Boullée...
Alain Masson in Positif (n° 320 - octobre 1987)
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne-Louis_Boull%C3%A9e
(2) Les sources antiques se font l’écho de rumeurs accusant Livie d’avoir empoisonné les différents successeurs potentiels qui faisaient obstacle à la nomination de son fils Tibère, ainsi qu’Auguste lui-même...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Livie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_d%27Auguste_et_de_Livie
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_C%C3%A9sar
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Su%C3%A9tone
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Tacite
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Meurtre_dans_un_jardin_anglais
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Mort_de_Cl%C3%A9op%C3%A2tre
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouveau_Testament
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Isaac_Newton
(10) protagonistes du film Zoo de Peter Greenaway
https://fr.wikipedia.org/wiki/Zoo_(film,_1985)

(...) Peter Greenaway donne un nouveau regard sur l’art. Si certains enjeux de l’installation de Duchamp (11) sont malmenés, il la montre avec certain recul, ce qui permet, par exemple, de voir l’attitude du voyeur et le regard des autres sur ce dernier. De plus, plutôt que de prendre l’œuvre dans son entier, le cinéaste se focalise souvent sur un élément (comme le ventre par exemple). Cette fascination pour le détail est une manière de regarder très contemporaine. Walter Benjamin (12) écrit : dans le cas de la photographie, par exemple, elle peut faire ressortir des aspects de l’original qui échappent à l’œil et ne sont saisissables que par un objectif librement déplaçable pour obtenir divers angles de vue ; grâce à des procédés comme l’agrandissement ou le ralenti, on peut atteindre des réalités qu’ignore toute vision naturelle. Il en est de même pour le cinéma. L’œil mécanique permet de voir des choses que l’œil humain ne peut pas voir. Il voit ce qui ne peut être vu et c’est pourquoi, le spectateur a constamment l’impression que le réalisateur refait les scènes pour mieux analyser et décortiquer les œuvres sources, afin de voir ce qui pourrait être resté jusqu’à présent caché dans l’ensemble. Mais ce goût pour le détail peut également s’expliquer par son envie de pointer du doigt une tare de notre société. Kracklite ne cesse de comparer son ventre à celui d’Auguste (13), lequel est vu comme un ventre standard et parfait. Cela devient une obsession chez l’architecte. Plus tard, des centaines de photocopies de différents ventres sont étalés au sol ; le ventre de l’architecte s’est perdu dans la masse. La reproduction standardise les choses, ce qui crée un malaise chez les individus. En se focalisant sur les éléments, le réalisateur montre que la société supprime la singularité d’un être au profit d’une généralité. Autrement dit, elle détruit l’individu.
Comme Raphaël (14), Peter Greenaway considère le cinéma comme une science et une vision singulière du monde. C’est pourquoi, lorsqu’il reprend les traits d’œuvres précédentes, il les insère toujours dans un espace-temps structuré et géométrique. Il serait facile de rapprocher cette structure aux travaux d’Etienne-Louis Boulée (1), mais il faudrait, pour cela, oublier que Peter Greenaway est un homme rigoureux, amoureux des formes géométriques (The Baby of Mâcon) (15)...
https://lepetitfugitif.wordpress.com/2013/09/07/le-ventre-de-larchitecte-1987-de-peter-greenaway-lecole-des-beaux-arts/
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Duchamp
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Benjamin
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Rapha%C3%ABl_(peintre)
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Baby_of_M%C3%A2con

(...) Plus simplement, ce sont trois figures essentielles du ventre qui s’imposent à la lecture initiale du film, en premier lieu celui de Rome, ville musée, foyer de l’art occidental et de la Renaissance, cité palpitante où chaque statue, chaque marbre, chaque monument, résonnent des échos de la culture et des civilisations passées. Ensuite celui de l’architecte, rongé par un cancer qui va donner la mort, puis enfin celui de sa femme, enceinte, qui va donner la vie ; vie et mort ainsi synchroniques, en osmose lors de l’inauguration de l’exposition, le bébé surgissant au monde dès lors que Kracklite s’y soustrait. Les thèmes de la reproduction et de la filiation (et leur contraire) irriguent, de fait, la structure narrative du film : accouplement et dépossession, enfantement et mort, reproduction à travers l’art (l’hommage à Boullée) (1) ou à travers l’homme (le nouveau-né à paraître), et la recension des deux sous diverses formes créatives (peintures, sculptures, photographies et photocopies).
Greenaway juxtapose et confronte ces différents vecteurs esthétiques qui, au fil de l’Histoire, ont évolué de techniques de reproduction à systèmes de duplication, et rend compte de toute entreprise artistique (de la plus élémentaire à la plus magistrale) souffrant invariablement de la moindre influence, subjectivité et/ou remise en question. Lignes, circonférences, figures, symboles, séquences, narration, et jusqu’aux métaphores responsives sur le principe de permanence et de renouvellement, tout dans cette œuvre gigogne, esthétiquement superbe, conduit à une réflexion labyrinthique et référentielle sur l’artiste face à ses angoisses, ses doutes et ses inspirations.
http://www.seuilcritiques.com/article-ventre-l-architecte-82273451.html

Entretien avec Peter Greenaway
Pourquoi, parmi les architectes utopistes français du XVIIIème siècle, avez-vous choisi Boullée plutôt que Lequeu ou Ledoux ?
D’abord je connaissais mieux Boullée (1). Ensuite la structure du film est librement fondée sur le chiffre 7 (16) qui est une référence aux sept collines de Rome (17), aux sept âges de l’homme, et aussi à ce que je considérais comme les sept périodes de l’histoire architecturale de Rome (époque impériale, la Renaissance, la Hate Renaissance, le baroque, le maniérisme, l’art fasciste, etc) (2). Boullée se prêtait d’une certaine façon à cette division. Ledoux pour moi est plus anecdotique, fantasque. Il n’a pas la rigueur de Boullée. J’aime la façon dont Boullée conçoit son architecture en fonction des formes platoniciennes, la pyramide étant reliée au triangle, le cube au carré, le globe au cercle. Or il est probable que le bâtiment le plus admiré en Europe pour sa perfection géométrique est le Panthéon à Rome (18) : une sphère parfaite à l’intérieur d’un cylindre parfait. Cette rationalité, ce souci de perfection chez Boullée, que ne partageaient pas à un tel degré Ledoux (19) et Lequeu (20), m’intéressaient particulièrement.
Par ailleurs ce qui me frappait aussi à Rome, c’est à quel point l’individu est éphémère. La civilisation s’y manifeste depuis des millénaires sans presque prêter attention à l’individu, d’une façon quasiment neutre. Rome a été envahie constamment par les étrangers : qu’ils soient soldats ennemis, pèlerins ou touristes, c’est un vrai pôle magnétique, et toutes ces vagues de visiteurs attirés par l’argent, la religion, la notoriété, n’ont pas changé son devenir. Ce qui est intéressant aussi, c’est que Boullée n’y est jamais allé et que ses connaissances venaient de livres très onéreux que lui ramenaient les voyageurs. Par ailleurs, il a dessiné ces extraordinaires bâtiments mais aucun d’entre eux n’a été construit. C’est, poussé à l’extrême, ce qui arrive à nombre d’architectes qui font des plans sans pouvoir les concrétiser. C’est là où l’on rencontre une analogie avec le monde du cinéma. Beaucoup de scénarios ne sont pas filmés. Ainsi dans Le Ventre de l’architecte on retrouve les mêmes problèmes qu’au cinéma : Cracklite ressemble à un metteur en scène entouré de producteurs et de financiers. L’architecte comme le cinéaste est un obsédé et parfois son obsession interfère avec la fabrication de l’œuvre d’art. De même lorsqu’un film est terminé, tout comme un bâtiment, il arrive que vous en soyez dépossédé et que vous perdiez ainsi le contrôle final de votre création...

Michel Ciment in Positif (n° 320 - octobre 1987)
(16) http://fr.wikipedia.org/wiki/7_%28nombre%29
(17) http://fr.wikipedia.org/wiki/Sept_collines_de_Rome
(18) https://fr.wikipedia.org/wiki/Panth%C3%A9on_(Rome)
(19) http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Jacques_Lequeu
(20) http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Nicolas_Ledoux

Peter Greenaway
voir fiche du film Que viva Eisenstein !
http://www.citebd.org/spip.php?film1489

Sacha Vierny
voir fiche du film Mon oncle d’Amérique
http://www.citebd.org/spip.php?film2054

Wim Mertens
Né le 14 mai 1953 à Neerpelt.
Compositeur de musique de concert et de film, son style va du classique à l’avant-garde...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Wim_Mertens

Brian Dennehy
Né le 9 juillet 1938 à Bridgeport.
Notamment connu pour son rôle de shérif borné dans Rambo...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Brian_Dennehy

Chloe Webb
Née le 25 Juin 1956 à Manhattan.
Débute sa carrière au cinéma dans la peau de Nancy Spungen aux côtés de Gary Oldman (Sid Vicious)...
https://www.imdb.com/name/nm0916050/

Lambert Wilson
voir fiche du film L’Échange des princesses
http://www.citebd.org/spip.php?film2035

Vanni Corbellini
https://www.imdb.com/name/nm0179116/

Sergio Fantoni
Né le 7 août 1930 à Rome.
Entame sa carrière d’acteur au théâtre dans Comme il vous plaira (Shakespeare) sous la houlette de Luchino Visconti, aux côtés de Vittorio Gassman et Marcello Mastroianni...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sergio_Fantoni

Stefania Casini
voir fiche du film Suspiria
http://www.citebd.org/spip.php?film2086

Claudio Spadaro
https://www.imdb.com/name/nm0816517/

Marne Maitland
https://www.imdb.com/name/nm0537962/

Marino Masé
Né le 21 mars 1939 à Trieste.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marino_Mas%C3%A8

Francesco Carnelutti
Né à Venise le 8 avril 1936 où il est décédé le 26 novembre 2015.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Francesco_Carnelutti

Alfredo Varelli
Né Alfredo Ciavarella à Saracinesco le 31 août 1914.
https://www.imdb.com/name/nm0889658/

Geoffrey Copleston
voir fiche du film L’Homme puma
http://www.citebd.org/spip.php?film1571

Rate Furlan
https://www.imdb.com/name/nm0298928/

Julian Jenkins
https://www.imdb.com/name/nm0420890/

Enrica Maria Scrivano
https://www.imdb.com/name/nm0780141/

Stefano Gragnani
https://www.imdb.com/name/nm0333868/

Andrea Prodan
https://www.imdb.com/name/nm0698438/

Fabio Sartor
https://www.imdb.com/name/nm0765648/

extrait(s) de presse

Culture et révolution - À voir absolument. Et par pitié, regardez-le jusqu'au bout !
Allociné - Savoureux mélange de dosages et d'excès...
Positif n°317-318 (juillet-août 1987) - Le film possède une charge émotionnelle plus directe que les précédents films de Greenaway. Il confirme en tout cas son auteur comme l'un des réalisateurs les plus inventifs d'aujourd'hui.