who’s that knocking at my door - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
FR | EN
accueil > à l'affiche au cinéma > who’s that knocking at my door

who’s that knocking at my door

ciné répertoire
Who's that knocking at my door
USA - 1967 - 1h30
sorti en France le 10 juin 2009
inédit en France
film - version originale sous-titrée en français
de

Martin Scorsese

scénario : Martin Scorsese, Betzi Manoogian
direction de la photographie : Richard H. Coll, Michael Wadleigh
avec : Harvey Keitel (J.R), Michael Scala (Sally Gaga), Susan Wood (Susan), Harry Northrup (Harry), Catherine Scorsese (la mère de J.R), Martin Scorsese (un gangster), Lennard Kuras (Joey)
séances : semaine du mercredi 7 octobre 2009
mercredi 7 jeudi 8 vendredi 9 samedi 10 dimanche 11 lundi 12 mardi 13
21:40
19:45
21:40
19:45
21:40

synopsis

Le quartier de Little Italy, à New York. JR, âgé de 18 ans, est un petit voyou sans envergure, marqué par une éducation catholique rigide. Sur un ferry, il fait la connaissance d'une jeune intellectuelle, issue d'un milieu bourgeois. JR est fasciné par la sophistication et la culture de la jeune femme. Les deux jeunes gens tombent amoureux et projettent de se marier. Bien que profondément épris de sa fiancée, JR n'en applique pas moins les préceptes de l'Eglise et refuse toute relation sexuelle avant le mariage. Aussi, lorsque la jeune femme lui révèle qu'elle a été victime d'un viol, JR la rejette, dégoûté. Après avoir passé une soirée désastreuse avec ses amis de Little Italy, il réalise qu'il aspire à une tout autre vie...

notes de production

La génèse de Who’s that knocking at my door est assez singulière. Le film prend sa source dans le film de fin d’étude que réalise le cinéaste, Bring on the dancing girls, tourné en 35 mm avec un budget dérisoire de 30 000 $. Entouré d’une équipe très réduite, Martin Scorsese se lance dans la réalisation de ce premier long, après trois courts métrages accueillis favorablement. Narrant les déambulations d’une bande de malfrats dans Little Italy (2), Bring on the dancing girls se tourne au gré des disponibilités fluctuantes du casting, notamment celles d’Harvey Keitel, encore jeune inconnu. Mais le projet ne plaît pas à Haig Manoogian (3), le professeur de cinéma de Martin Scorsese. Le professeur encourage alors Scorsese à réécrire le scénario et à développer le personnage principal incarné par Harvey Keitel. Martin Scorsese se lance dans une nouvelle réalisation, cette fois en 16 mm (4), avec Zina Bethune (5) dans le rôle féminin principal. Les aléas de la création oblige Scorsese à revoir une nouvelle fois la structure narrative de son film, et mélange les scènes précédemment tournées en 35 mm avec les nouvelles tournées en 16 mm. En 1967, le film, devenu Who’s that knocking at my door, est présenté au festival du film de New York, mais sous un autre titre : I call first, sans toutefois trouver de distributeur. En 1969, le film sera finalement distribué aux Usa, mais sous un quatrième titre : JR, soit les initiales du personnage incarné par Harvey Keitel.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Format_35_mm
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Little_Italy_(New_York)
(3) https://www.imdb.com/name/nm1058896/
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Format_16_mm
(5) https://www.imdb.com/name/nm0079203/

Devant les difficultés que rencontra Martin Scorsese pour trouver un distributeur pour son film, Joseph Brenner (6), alors célèbre producteur de films érotiques auteurisants, lui suggéra d’ajouter au film des scènes...de nu, à la manière d’un film de la sexploitation (7), alors très en vogue à la fin des années soixante - début des années 70. C’est pour cette raison que l’on retrouve dans le film la scène du rêve onirique de J.R (Harvey Keitel), lorsqu’il rencontre plusieurs prostituées. Martin Scorsese racontera plus tard : la scène fut bouclée en deux jours avec Anne Colette, la comédienne de Tous les garçons s’appellent Patrick (8). Elle n’a aucun rapport avec le reste du film. Sans transition, au milieu d’un dialogue sur les filles, les bonnes et les mauvaises, les vierges et les salopes, bang ! On enchaîne sur cette séquence de masturbation, délibérément surexposée, et sur laquelle j’ai plaqué la musique des Doors. (9)
(6) https://www.imdb.com/name/nm0107485/
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sexploitation
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Tous_les_gar%C3%A7ons_s%27appellent_Patrick
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Doors

Les plus attentifs d’entre vous l’aurons peut-être remarqué : il n’y a pas de point d’interrogation dans le titre du film : Who’s that knocking at my door. Il ne s’agit pas pour autant d’un oubli. Il faut en effet savoir que, dans les croyances hollywoodiennes, mettre un point d’interrogation à un film est supposé porter malheur ! C’est ainsi par exemple que l’on ne trouve également pas d’interrogation dans le titre Who framed Roger Rabbit (10).
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Qui_veut_la_peau_de_Roger_Rabbit

Dès son premier film, Scorsese met en place des éléments qui marqueront l’ensemble de sa filmographie. Ainsi, le film se déroule dans Little Italy (2), quartier natal du cinéaste. De même, la religion a une place majeure dans le film tout comme dans la vie de son auteur. Dans la scène de la gare, Scorsese affiche clairement sa cinéphilie : J.R. tente de séduire Susan en lui parlant du réalisateur John Ford (11). Le style documentaire du film renvoie au néoréalisme italien mais surtout à la Nouvelle vague (12) qui influence l’œuvre du jeune Scorsese. Tout comme les réalisateurs français, il veut ancrer ses personnages dans un contexte bien réel tout en soignant l’esthétique du film (mobilité de la caméra, montage en contre point, ...). Dans une scène de sexe entre Harvey Keitel et deux femmes (tournée en 1969 à Amsterdam et montée sur la chanson The End (13) de The Doors (9)), le cinéaste a recours à une mise en scène expérimentale qui montre l’attrait de Scorsese pour la modernité.
(11) http://www.citebd.org/spip.php?film1442
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_Vague
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/The_End_(chanson_des_Doors)

- Martin Scorsese apparaît brièvement dans le film. Il offre également un petit rôle à sa mère Catherine (14), chose qu’il refera dans beaucoup de ses films, jusqu’au décès de celle-ci.
(14) https://www.imdb.com/name/nm0778734/
- ce film est l’un des derniers tournés par l’actrice française Anne Colette, qui préféra se retirer du cinéma à la fin des années 1960.
- Martin Scorsese et Harvey Keitel se retrouveront quelques années plus tard dans Mean streets (15), Alice n’est plus ici (16), Taxi driver (17) et un peu plus tard pour La Dernière tentation du Christ (18).
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mean_Streets
(16) http://www.citebd.org/spip.php?film917
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Taxi_Driver
(18) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Derni%C3%A8re_Tentation_du_Christ_(film)
- dès ce premier film, Scorsese entame sa collaboration de très longue durée avec la monteuse Thelma Schoonmaker (19).
(19) https://fr.wikipedia.org/wiki/Thelma_Schoonmaker

On trouve le nom de Michael Wadleigh à la direction de la photo. Deux ans plus tard, ce dernier réalisera le célèbre documentaire sur Woodstock (20) où on retrouvera au générique un certain... Martin Scorsese.
Gilles Marchal - la Cité
(20) https://fr.wikipedia.org/wiki/Woodstock_(film)

(...) Who’s that knocking at my door est une mine. Tiraillé entre les carcans d’une éducation que l’on suppose rigoriste et les plaisirs adultes, JR a déjà en lui tous les germes des grands héros Scorsesiens. Le Travis Bickle de Taxi driver (17) n’est en effet pas bien loin lorsqu’explosent les contradictions de JR dans une scène de frustration sexuelle étonnante, mélange détonant de soumission à la culture catholique italienne et de poussées de sève viriles. Est-ce vraiment un hasard si, reflétée par un miroir (la double-culture), cette grande séquence d’impuissance met en scène nos deux héros peinant à s’embrasser sur le lit maternel, surveillés par une Vierge en bord de cadre ? Tout Scorsese est déjà là, tiraillé entre ses racines et son pays, entre la Madone et la putain, la piété et la férocité.
Haig Manoogian (3), mentor de Scorsese, avait vu juste lorsqu’il demanda à son poulain d’insister trois ans plus tôt. Enfin distribué en 1969 (sous un quatrième titre - JR - pour finalement retrouver son titre d’aujourd’hui) Who’s that knocking at my door, magnifique petit film bancal et approximatif, n’allait pas tarder à révéler aux yeux du monde l’un des plus grands artistes du cinéma américain.
http://www.dvdclassik.com/critique/who-s-that-knocking-at-my-door-scorsese

(...) Le film, commencé en 1965, connut de fait de sévères avanies et mit quatre ans à sortir en salles. L’homme providentiel qui permit cette sortie fut Joseph Brenner (6), spécialisé dans la production de films érotiques. L’ajout d’une séquence assez chaude fut la condition de sa participation. Le jeune Scorsese tourna une scène de lit onirique, sans dialogue et très dénudée, des diverses femmes possédées par JR, accompagnée sur la bande-son d’un des plus envoûtants morceaux des Doors (9) : The End (13).
Placée comme un cheveu sur la soupe au milieu d’un dialogue entre JR et sa fiancée, cette séquence est un bon exemple de l’hétérogénéité du film, de sa dimension expérimentale, entre contrainte et liberté. C’est aussi tout le charme de cette œuvre de jeunesse, qui révèle au passage à travers Harvey Keitel l’un des premiers héros masculins typiquement scorsésiens, autrement dit, l’un des premiers doubles fantasmés de l’auteur.
https://www.lemonde.fr/cinema/article/2009/06/09/who-s-that-knocking-at-my-door-martin-scorsese-retour-a-la-source-d-une-oeuvre_1204720_3476.html

(...) Malgré certaines critiques dithyrambiques lors de sa présentation au festival de New York, les producteurs ne se bousculent pas au portillon. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux entre en scène (spécialisé dans le cinéma érotique), bien décidé à le sortir sur grand écran mais à la seule condition d’y inclure une scène de sexe pour parfaire la mouture finale qui constituera l’apothéose de Who’s that knocking at my door (titre définitif), et cela grâce à la caméra virevoltant au plus près des corps enlacés durant les ébats amoureux. Probablement insatisfait du résultat à l’écran, Scorsese livrera quelques années plus tard une variante bluffante de maîtrise (la maturité aidant) à la structure narrative fluide en retournant filmer dans ce lieu familier, lequel se dessine comme un personnage à part entière dans son premier film d’envergure, Mean streets (15) ; avant de connaître la consécration internationale à Cannes en obtenant la Palme d’or pour le traumatisant et époustouflant Taxi driver (17). Quoi qu’il en soit, tout cinéphile qui se respecte se doit de découvrir les prémices annonciateurs de ces deux futurs chefs-d’œuvre... Un très très grand réalisateur est né !
https://www.avoir-alire.com/who-s-that-knocking-at-my-door-la-critique

(...) La mentalité italienne ainsi que cette posture machiste qui travaille l’ego, impose finalement à J.R. une lente conversion au doute et à la culpabilité. De même, la violence verbale qui façonne tous les comportements de son clan (celui où l’on passe en un éclair d’un Je vais la frapper à Je vais la tuer cette garce) signera la défaite de sa relation amoureuse et la chute tragique du héros scorsesien. Synonyme de pêché et d’offense à la figure paternelle, le parcours de J.R. impose alors l’étape de l’église où le héros s’en remet à la morale catholique et finit par boire le sang christique. L’image qui se répétera inlassablement chez Scorsese vaudra alors mille fois la séquence orgiaque sur fond de Doors (9) que le cinéaste a dû réaliser trois ans plus tard sur ordre de son producteur et qui se retrouve greffée aléatoirement en plein milieu du film. Mais pour Who’s that knocking at my door, on retiendra d’abord une première ébauche technique et les tentatives charmantes d’un film qui contient là, prêt à exploser, les premiers battements d’un cinéma aussi fêlé qu’incandescent. Enfin, Scorsese reviendra cinq ans plus tard avec l’électrochoc Mean streets (15) et ce qui constituera le manifeste de son talent incommensurable. Mais tout cela est une autre et finalement toujours même histoire.
https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/who-s-that-knocking-at-my-door/

(...) Tout est donc possible, et tout Scorsese est déjà dans ce premier film. La description du folklore machiste des petites frappes immatures qui se battent à la moindre occasion, s’amusent comme des gosses avec des armes à feu, s’aventurent dans des joutes verbales et des coups foireux verra son accomplissement dans Mean streets (15) puis Les Affranchis (21). Les signes et les effets du catholicisme imprègnent le film et le comportement du personnage central, taraudé par son puritanisme et son désir sexuel.
La longue scène de drague entre J. R. (le double de Scorsese joué par le débutant Harvey Keitel, dans un rôle programmatique de toute sa carrière) et la jeune fille blonde, belle et cultivée (Zina Bethune) annonce celles de Taxi driver (17) et New York, New York (22). La séquence dans Who’s that knocking at my door est sans doute plus autobiographique puisque Harvey Keitel accoste la fille en lui parlant de John Wayne et La Prisonnière du désert (11) de John Ford. Six ans plus tard, Scorsese signera avec Taxi driver une sorte de remake urbain du chef-d’œuvre de Ford, où il s’agit de sauver une jeune fille de la souillure, avec des relents de racisme et de paranoïa chez le héros de cette croisade...
https://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/whos-that-knocking-at-my-door/
(21) http://www.citebd.org/spip.php?film636
(22) http://www.citebd.org/spip.php?film633

Martin Scorsese
voir fiche du film Shutter island
http://www.citebd.org/spip.php?film578

Betzi Manoogian
https://www.imdb.com/name/nm1058895/

Richard H. Coll
https://www.imdb.com/name/nm0171605/

Michael Wadleigh
Né le 24 septembre 1939 à Akron.
Outre le doc consacré à Woodstock, on lui doit également Wolfen, excellent et surprenant film narrant l’invasion de loups à New York...
https://www.imdb.com/name/nm0905579/

Harvey Keitel
voir fiche du film L’Île aux chiens
http://www.citebd.org/spip.php?film2096

Susan Wood
https://www.imdb.com/name/nm0940021/

Harry Northrup
voir fiche du film Blue collar
http://www.citebd.org/spip.php?film1382

extrait(s) de presse

Wikipedia - Dès son premier film, Scorsese met en place des éléments qui marqueront l'ensemble de sa filmographie...
Le monde - Ce sont ces moments extrêmement inspirés qui font tenir la route à un film par ailleurs disparate...
Dvd classik - Amoureux du cinéma, de tous les cinémas, Scorsese est à l’époque un homme sous influence.
Toujours raison - D'une modestie émouvante et d'une vraie violence morale, le film est en plus parfaitement stylisé, compensant un manque certain de moyens par ce qu'on appelle le talent...
Evene - "Who's that knocking at my door" s'impose comme une première tentation magnifique d'un prophète du septième art.
Panorama - Déjà, Scorsese s'impose comme un réalisateur marquant.
Critikat - "Who's that knocking at my door" laisse entrevoir la naissance d’un cinéaste riche d’une identité métissée et d’une jeunesse passée à observer autant les caïds de son quartier que les westerns de l’âge d’or hollywoodien...
Culturopoing - "Who's that knocking at my door", par son propos, son inventivité et sa liberté incroyables, est toujours d’une modernité et d’une actualité rares...