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le vagabond de tokyo

ciné répertoire
東京流れ者, Tōkyō Nagaremono
Japon - 1966 - 1h22
sorti en France le 13 juillet 1994
film - version originale sous-titrée en français
de

Seijun Suzuki

scénario : Kawauchi Kôhan
direction de la photographie : Mine Shigeyoshi
musique ou chansons : Kaburagi Hajime
avec : Tetsuya Watari (Tetsuya Hondo), Chieko Matsubara (Chiharu), Hideaki Nitani (Kenji Aizawa), Ryuji Kita (Kurata), Tsuyoshi Yoshida (Keiichi), Hideaki Esumi (Otsuka), Tamio Kawaji (Tatsuzo), Eiji Go (Tanaka), Tomoko Hamakawa (Mutsuko),
séances : semaine du mercredi 30 mai 2018
mercredi 30 jeudi 31 vendredi 1er samedi 2 dimanche 3 lundi 4 mardi 5
19:30*
séance spéciale :
* ciné sushi : séance précédée d’une conférence de Pascal-Alex Vincent, professeur à la Sorbonne Nouvelle et spécialiste du cinéma japonais (accès libre à la conférence dans la limite des places disponibles) - tarif préférentiel 2 films = 7 € (film couplé avec "Perfect blue") ou tarifs habituels du cinéma de la Cité - soirée en partenariat avec l’Afcae, l’Adrc, la Human academy et Hidden circle

synopsis

Tetsu, jeune et redoutable yakuza au service du chef de clan Kurata, reste fidèle à celui-ci au point de se laisser tabasser sans réagir par le clan rival d'Otsuya, parce que son patron a décidé de revenir dans la légalité. Il aide également Kurata à renégocier sa dette auprès de Yoshii et fréquente Chiharu, une charmante chanteuse. Mais Otsuya s'en prend à Yoshii et le tue après avoir repris la dette de Kurata, ce qui lui donne l'espoir de récupérer un immeuble hypothéqué par l'ancien chef de clan. Ces incidents obligent Tetsu à participer à plusieurs bagarres pour protéger son patron ; il est même prêt à endosser la responsabilité du meurtre accidentel de la secrétaire de Yoshii, commis en réalité par Kurata...

notes de production

Le Vagabond de Tokyo déplaisait fortement aux dirigeants de la Nikkatsu (1), le studio qui l’avait produit, au point que sa sortie en salles fut menacée. N’ayant aucun autre film à proposer à la place, ils diffusèrent tout de même le long métrage. À cette époque, Seijun Suzuki est loin d’être apprécié par la Nikkatsu, ses précédents films ayant provoqué la controverse en raison de l’impertinence de sa mise en scène.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikkatsu

Seijun Suzuki a été confronté à une double coupe budgétaire pour Le Vagabond de Tokyo : d’une part, parce que l’ensemble des budgets alloués aux films d’exploitation de la Nikkatsu (1) étaient revus à la baisse pour faire face à la crise financière et d’autre part, parce que les dirigeants avaient voulu punir le réalisateur pour avoir osé signer le délirant La Vie d’un tatoué (2).
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_d%27un_tatou%C3%A9

Le Vagabond de Tokyo n’aurait jamais dû sortir en salles - c’est en tout cas l’avis des dirigeants de la Nikkatsu (1), qui n’ont autorisé sa diffusion que parce qu’ils n’avaient aucun film de rechange au moment de la sortie du film. Le métrage marquait en tout cas le début… de la fin de la carrière de Seijun Suzuki. Le réalisateur n’avait
plus été en odeur de sainteté depuis le controversé Détective bureau 2-3 (3), qui
avait provoqué un tollé pour l’impertinence de sa mise en scène. La Barrière de chair (4) aurait dû lui coûter la tête, mais il avait été soutenu par son supérieur, Seijuro Emori, qui lui vouait une profonde admiration… Un dernier soutien, que Suzuki
perdit après avoir commis La Vie d’un tatoué (2). Le Vagabond de Tokyo était
un nouveau clou dans le cercueil de sa carrière artistique.
(3) https://www.psychovision.net/films/critiques/fiche/267-detective-bureau-2-3
(4) https://www.avoir-alire.com/la-barriere-de-chair-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray

Sur le papier, ce 38e long de Suzuki semblait pourtant parfaitement remplir le
cahier de charges : un énième film-véhicule pour la vedette du moment (l’acteur
et chanteur en devenir Tetsuya Watari) sur la trame archi-revisitée du yakuza repenti
traqué à la fois par ses adversaires et par ses anciens amis. L’archétype même du
film que le public ne souhaitait plus voir et qui allait bientôt provoquer la chute de
la Nikkatsu, incapable de se renouveler.
Pour ne rien arranger, Suzuki était confronté à une double coupe budgétaire :
d’une part, parce que l’ensemble des budgets alloués aux films d’exploitation de
la Nikkatsu étaient revus à la baisse pour faire face à la crise financière et d’autre
part, parce que les dirigeants avaient voulu punir le réalisateur pour avoir osé signer
le délirant La Vie d’un tatoué (2). Le réalisateur redouble donc d’inventivité pour
signer son film le plus fou. Comme à son habitude, Suzuki ne retient du scénario que
le postulat de base en réduisant les dialogues à leur strict minimum. La traque du
héros ne sert que de vague excuse pour un enchaînement de séquences surréalistes
sans queue ni tête, mêlant à la fois happening, pop art et situations parodiques
du yakuza eiga (5).
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Yakuza_eiga

Le manque de moyens pousse Suzuki à repenser entièrement sa mise en scène.
Il privilégie l’enchaînement de plans courts pour dynamiser l’action (et faire
l’économie de plans supplémentaires) ; mais il se réapproprie surtout totalement
l’espace en imaginant plusieurs séquences pouvant se tourner sur un plateau de
studio pour rogner sur ses dépenses. Il doit une nouvelle fois une fière chandelle à
son fidèle directeur artistique Takeo Kimura (6), qui est à l’origine de l’incroyable décor de la séquence finale et notamment de cette sculpture particulière en forme de
donut géant, qui prend des coloris différents en fonction de l’éclairage.
Un objet filmique non identifié, qui a dû décontenancer grand public, comme
amoureux du film de yakuzas de l’époque - alors qu’il préfigurait avec plusieurs
années d’avance le ninkyo eiga, sous-genre du yakuza eiga (5), dépeignant les voyous mafieux de manière réaliste, comme dans la légendaire franchise des Combat sans code d’honneur (7) de Kinji Fukasaku.
(6) https://www.imdb.com/name/nm0454118/
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Combat_sans_code_d%27honneur

Grand spécialiste du film de yakusa, le cinéaste Seijun Suzuki n’a eu de cesse d’explorer de nouveaux territoires visuels afin d’échapper au genre qui lui a apporté le succès. Ainsi, après avoir tenté des incursions dans le film historico-érotique avec La Barrière de chair (4) et Histoire d’une prostituée (8), le réalisateur retourne à son genre de prédilection au milieu des années 60, même si l’on sent une certaine insatisfaction à tourner ces œuvres de commande à la chaîne. Afin de varier les plaisirs, Suzuki s’empare ici d’un sujet extrêmement classique, à savoir la lutte entre deux clans yakusas et la relation filiale entre un boss et son homme de main, se débrouillant pour dynamiter tous les codes par le biais d’une mise en scène proprement extravagante. La nouveauté et l’originalité de ce Vagabond de Tokyo ne sont donc pas à chercher du côté du scénario, un rien paresseux et basique dans son recyclage d’archétypes connus de tous, mais bien du traitement opéré par un cinéaste désireux de sortir des ornières d’un genre trop codifié.
Capable de filmer des séquences de baston réalistes dans des extérieurs superbes, comme de tourner dans des décors expressionnistes qui dénoncent sans cesse leur appartenance à un studio de cinéma, Seijun Suzuki clame ici son amour immodéré pour l’artifice cinématographique. Il réussit par exemple la gageure de mêler tous les genres possible au sein d’un même objet filmique protéiforme. Débutant comme un polar hard boiled (9) tourné dans un noir et blanc stylisé, le métrage prend des couleurs dès le générique et enchaîne par la suite les digressions improbables vers la comédie musicale - le héros pousse la chansonnette de manière régulière - mais aussi vers la comédie, le western lors d’une séquence de saloon totalement cartoonesque et même le film pop à travers les couleurs bariolées de la boîte de nuit où se déroule une partie de l’action...
https://www.avoir-alire.com/le-vagabond-de-tokyo-la-critique-du-film-et-le-test-blu-ray
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_d%27une_prostitu%C3%A9e
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Hard_Boiled

Seijun Suzuki
Né Seitarō Suzuki le 24 mai 1923 à Tōkyō et décédé le 13 février 2017.
Considéré comme l’un des réalisateurs marquants du cinéma japonais par des auteurs célèbres comme Jim Jarmusch, Wong Kar-wai ou encore Quentin Tarantino...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Seijun_Suzuki

Kawauchi Kôhan
https://www.imdb.com/name/nm0975309/

Mine Shigeyoshi
https://www.imdb.com/name/nm0591098/

Kaburagi Hajime
https://www.imdb.com/name/nm0434120/

Tetsuya Watari
Né Michihiko Watase le 28 décembre 1941.
https://www.imdb.com/name/nm0913911/

Chieko Matsubara
https://www.imdb.com/name/nm0559385/

Hideaki Nitani
https://www.imdb.com/name/nm0632967/

Ryuji Kita
https://www.imdb.com/name/nm0457492/

Tsuyoshi Yoshida
https://www.imdb.com/name/nm0972710/

Hideaki Esumi
https://www.imdb.com/name/nm0261967/

Tamio Kawaji
https://www.imdb.com/name/nm0442709/

Eiji Go
https://www.imdb.com/name/nm0323530/

Tomoko Hamakawa
https://www.imdb.com/name/nm3030623/

Pascal-Alex Vincent
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal-Alex_Vincent
voir aussi fiche du film Donne-moi la main
http://www.citebd.org/spip.php?film51

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - "Le Vagabond de Tokyo" est une œuvre qui ne peut qu’étonner par son caractère hybride totalement assumé...
Ciné Asie - Un film à voir et encore plus à revoir tant il est riche. Un monument.
Chronique du cinéphile... - Un objet inclassable à l’influence considérable dont la plus récente et assumée sera "La la land" de Damien Chazelle....