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la randonnée

Walkabout
Gb, Australie - 1971 - 1h40
sorti en France le 23 février 1972
film - version originale sous-titrée en français
de

Nicolas Roeg

scénario : Edward Bond
d'après l'oeuvre de : James Vance Marshall
direction de la photographie : Nicolas Roeg
musique ou chansons : John Barry
avec : Jenny Agutter (la fille), Luc Roeg (le garçon), David Gulpilil (l'aborigène), John Meillon (le père), Barry Donnelly (scientifique australien), Noeline Brown (scientifique allemande), Carlo Manchini (scientifique italien), Robert McDara (un homme), Peter Carver ((un homme)
séances : semaine du mercredi 13 décembre 2017
mercredi 13 jeudi 14 vendredi 15 samedi 16 dimanche 17 lundi 18 mardi 19
16:30
séances : semaine du mercredi 20 décembre 2017
mercredi 20 jeudi 21 vendredi 22 samedi 23 dimanche 24 lundi 25 mardi 26
16:30

synopsis

Deux adolescents Australiens, un frère et une sœur, se retrouvent abandonnés dans le bush. Survivant tant bien que mal dans le désert hostile, ils rencontrent un jeune Aborigène en plein « walkabout », une errance initiatique rituelle...

notes de production

- la scène où Jenny Agutter nage nue dans le lac a été très dure à tourner pour la jeune femme. Afin de la mettre le plus à l’aise possible, le réalisateur demanda à la majorité de l’équipe de s’en aller. Lorsqu’ils revinrent, ils se déshabillèrent tous et allèrent se baigner pour décomplexer l’actrice !
- la scène où le jeune aborigène met de la graisse de sanglier sur le dos de Luc Roeg ne devait pas être dans le film. L’acteur avait en fait un coup de soleil et se faisait soigner par le jeune homme. Trouvant que la situation ferait une bonne scène, Nicolas Roeg prit sa caméra et les filma !
- à l’origine, La Randonnée avait été classé R par la commission de la Motion picture association of America (1), rendant le film interdit aux mineurs de moins de 17 ans à moins qu’ils soient accompagnés d’un adulte. Après que le réalisateur ait fait appel, le film fut classé PG (accord parental souhaitable).
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Motion_Picture_Association_of_America
- le scénario final ne faisait que 14 pages. Les répliques des acteurs furent majoritairement improvisées.
- David Gulpilil ne parlait pas un mot d’anglais au moment du tournage. Il apprit la langue progressivement au contact des acteurs. Ce film marque son baptême du cinéma. On le retrouvera des années plus tard dans un rôle similaire dans le film Australia (2) de Baz Lhurmann.
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Australia_(film,_2008)
- ce film fait partie de la liste du Bfi (3) des 50 films à voir avant d’avoir 14 ans établie en 2005 par le British film institute.
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/British_Film_Institute

Pour sa première réalisation en solitaire, Nicolas Roeg, déjà notoirement réputé dans le milieu du cinéma britannique comme monteur, caméraman ou surtout directeur de la photographie, se rendit en Australie pour y adapter (avec le dramaturge Edward Bond, auteur d’un traitement d’une quinzaine de pages) le roman The Children, écrit sous le pseudonyme de James Vance Marshall par Donald G. Payne. Si la grande ligne directrice de l’intrigue de ce roman de littérature jeunesse est conservée par Roeg et Bond (deux enfants perdus dans le bush rencontrent un adolescent aborigène en plein walkabout), l’esprit en est lui substantiellement modifié. En effet, comme son titre original l’indique, le roman de Marshall s’attarde avant tout sur le parcours initiatique des deux enfants, livrés à eux-même suite à un accident d’avion, et qui apprennent grâce à leur impromptu guide à découvrir les dangers et les trésors de la nature pour y survivre. L’essentiel du film est manifestement ailleurs, et comme souvent, les intentions se révèlent dans les différences voulues par les adaptateurs : alors que la société occidentale est totalement absente du roman, elle encercle le film de Nicolas Roeg par un prologue et un épilogue signifiants. ; de plus, les enfants ne se retrouvent pas seuls dans le désert par accident, mais s’y trouvent abandonnés par le suicide de leur père ; enfin, alors que les relations avec l’enfant aborigène sont dans le roman essentiellement axées sur l’initiation et la découverte de la nature, le film y ajoute de manière appuyée une dimension découverte de soi, érotisation des corps et perte de l’innocence comprises. Pour résumer, et avant donc d’entrer dans le détail, il est donc évident que loin du gentil périple initiatique imaginé par Marshall, le film de Roeg dresse un dur portrait de la société des hommes, qui détruit et corrompt ses enfants comme ceux qui lui sont étrangers...
Symboliquement, le film s’ouvre donc (et d’ailleurs se clôt aussi) sur un mur, ou plutôt sur un dédale de murs. Les hommes y courent, se croisent sans se voir, se marchent presque dessus… Quand ils lèvent les yeux, leur horizon est bouché par le béton ; quand ils tendent la main, c’est pour toucher des barrières. De l’autre côté du mur, il y a la virginité aride de la nature, dont le fragile silence peut à tout instant être dévoré par l’intrusion humaine : c’est après avoir éteint sa bruyante radio que le père tirera sur sa fille - laquelle radio demeurera longtemps dans le désert le seul lien des enfants avec leur ancien monde - et le petit garçon n’aura ensuite de cesse d’occuper le vide sonore par des chansons ou des histoires. L’homme peut ainsi presque se voir comme un parasite, dévorant l’espace autour de lui, l’asservissant pour y abandonner ses sinistres vestiges (outre ce paysage sublime griffé par un immonde lotissement entraperçu au détour d’un plan, le film est hanté par les sinistres squelettes de voitures, d’usines ou de maisons abandonnées). Il y a de l’amertume sociale dans ce constat, indubitablement. Mais là où le film de Nicolas Roeg devient carrément cruel, c’est qu’il a laissé entrevoir à ses protagonistes un bout de paradis, pour ensuite l’en priver. L’allégorie de la perte de l’innocence liée au passage à l’âge adulte a pris de multiples formes dans l’histoire du cinéma, mais celle-ci possède une force d’autant plus poignante qu’il s’agit d’entrevoir la beauté, l’innocence ou la volupté dans sa forme la plus pure, pour ensuite redescendre froidement dans un monde laid, cynique et matériel. Si l’épilogue - qui alterne le regard évasif de l’enfant devenue femme (et donc à jamais perdue, en quelque sorte), ces murs désormais infranchissables et ce retour en arrière mental vers l’idéal, le tout sur un poème de A. E. Housman (4) évoquant le pays du bonheur perdu - est l’irrémédiable point final du film, la séquence-clé en est évidemment le bain nu de la jeune femme dans cette vasque paradisiaque, cet instant évanescent où le monde s’offre dans ce qu’il a de meilleur pour mieux ensuite s’enfuir à jamais. Mentionnons également ces mystérieuses phrases, « en français dans le texte », qui encerclent le film : au mystérieux faites vos jeux, messieurs dames, s’il vous plaît ouvrant la première séquence post-générique répond un rien ne va plus en panneau de fin. Évidemment, le film se délecte de l’équivoque sémantique de cette dernière tournure. S’agit-il d’évoquer la société humaine comme un incertain jeu de roulette ? S’agit-il de dire que le monde ne tourne plus rond ? S’agit-il de prétendre qu’il est trop tard pour revenir en arrière ? Ou s’agit-il d’attendre que la boule s’arrête enfin, pour enfin constater le résultat de nos mises aveugles ? On se gardera bien ici d’apporter une réponse formelle à cette énigme.
http://www.dvdclassik.com/critique/la-randonnee-roeg
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Edward_Housman

Ironiquement, le jeune aborigène est incarné par David Gulpilil, aujourd’hui star locale, alors débutant en 1970, ignorant même la langue anglaise. On le reverra dans les années 80 dans Crocodile dundee (5), ou récemment dans Australia (2) de Baz Luhrmann, et surtout Charlie’s country (6) où son personnage de vieux guerrier, contraint à dépérir dans une réserve, malade d’un style de vie qui ne lui réussit pas, aspire à retrouver la vie sauvage.
Plusieurs décennies après sa sortie, La Randonnée, mélange les thèmes de Charlie’s country de Rolf de Heer, avec les visions surréalistes et magnifiques d’un Jodorowsky (7), celui d’El Topo (8), et se documente aussi comme un monde propre à cette époque de découverte, notamment dans l’exposition régulière d’animaux insolites qui côtoient placidement les humains. Bref, l’on ressort encore aujourd’hui enivré et fasciné par cet objet cinématographique venu d’ailleurs et d’un autre temps, celui d’une décennie démente, propice à l’étrange et à l’extravagance.
https://www.avoir-alire.com/la-randonnee-walkabout-la-critique-du-film
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Crocodile_Dundee
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Charlie%27s_Country
(7) http://www.citebd.org/spip.php?film1683
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/El_Topo

Walkabout s’inscrit dans cette lignée de films australiens qui se réappropriait le désert comme un lieu propice à la fiction, après des années de dissimulation par l’historiographie officielle et de destruction par l’homme. Où l’on pouvait revisiter l’Histoire du pays à travers le prisme cinématographique et ses différentes ramifications liées au genre. Où l’on pouvait également donner un cadre, un écrin visuel, aux exclus du cinéma australien classique et, partant, de l’imagerie officielle : les aborigènes, les ploucs (Wake in fright (9) de Ted Kotcheff). Dans les deux films, l’outback australien constitue un lieu pur, libre, régi par des forces irrationnelles, non compréhensibles par le monde capitaliste et industriel dont le caractère matérialiste et protestant (sous l’effet de l’empire britannique de jadis ) s’accommode mal avec les croyances païennes des aborigènes. Symbole d’une liberté vis-à-vis de l’aliénation industrielle et de ce paradigme occidental incitant à la consommation, au travail et à la propriété privée, trois aspects inhérents au mode de vie libéral (au sens économique). Le culte de l’éphémère et de l’argent face à la force libératrice et désinhibante de la Nature. Il n’est pas surprenant que c’est le petit garçon, figure candide, qui communique le plus facilement avec l’aborigène, comme chez Voltaire (10).
http://www.critique-film.fr/critique-la-randonnee-walkabout/
(9) http://www.citebd.org/spip.php?film1546
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Voltaire

De film en film, Nicolas Roeg a su bâtir une œuvre d’une indéniable cohérence, tant stylistique que thématique, qui parvient dans sa diversité même à se centrer autour d’une obsession : la nature humaine et ses failles, l’individu, sa place au sein de l’univers, son rapport à ses propres pulsions. Réalisé en 1971 et écrit par Edward Bond (qui adapte le roman de James Vance Marshall), Walkabout, son deuxième film, prend la forme d’un récit initiatique évoquant le périple de deux jeunes anglais - une jeune fille et son petit frère perdus dans le désert australien - et leur rencontre avec un adolescent aborigène devant faire son walkabout soit l’apprentissage de la vie en apprenant à survivre seul au sein du territoire. De cette réunion impossible de deux civilisations, va naître une communication au-delà du langage, la découverte de l’univers se faisant l’écho du passage d’un âge à un autre. Humaniste désabusé, Roeg conçoit le cinéma comme un vecteur de réflexion philosophique sur le comportement humain. Qu’il aborde le fantastique (Don’t look now) (11), la science fiction (L’Homme qui venait d’ailleurs) (12) ou le drame passionnel (Bad timing) (13), il raconte la même histoire, la nôtre, avec un attachement quasi ethnologique à la dichotomie entre homme primitif et homme civilisé, libre ou sociabilisé, entre l’instinct et l’intellect. Ici, il confronte l’image du modèle social à celle du bon sauvage à travers la rencontre entre celui qui ne connaît pas la civilisation et celle qui en est le produit. Bad timing déclinera le même thème lorsqu’il dissèquera le sentiment amoureux en opposant l’hédonisme instinctif de son héroïne au bon sens intellectuel d’un héros bien sous tout rapport, parfait citoyen dissimulant la pulsion la plus animale, symbole de la supercherie sociale...
https://www.culturopoing.com/cinema/reprises/nicolas-roeg-walkabout-la-randonnee-1971-reprise/20150602
(11) http://www.citebd.org/spip.php?film1231
(12) http://www.citebd.org/spip.php?film1445
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Enqu%C3%AAte_sur_une_passion

Nicolas Roeg
voir fiche du film L’Homme qui venait d’ailleurs
http://www.citebd.org/spip.php?film1445

Edward Bond
voir fiche du film Blow-up
http://www.citebd.org/spip.php?film1866

James Vance Marshall
http://www.imdb.com/name/nm0131597/

John Barry
voir fiche du film Starcrash : le choc des étoiles
http://www.citebd.org/spip.php?film1351

Jenny Agutter
Née le 20 décembre 1952 à Taunton.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jenny_Agutter

Luc Roeg
http://www.imdb.com/name/nm0736312/

David Gulpilil
Né David Gulpilil Ridjimiraril Dalaithngu le 1er juillet 1953 à Maningrida.
https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Gulpilil

John Meillon
voir fiche du film Wake in fright
http://www.citebd.org/spip.php?film1546

Barry Donnelly
http://www.imdb.com/name/nm0232685/

Noeline Brown
http://www.imdb.com/name/nm0114356/

Carlo Manchini
http://www.imdb.com/name/nm0541396/

Robert McDara
http://www.imdb.com/name/nm0567460/

Peter Carver
http://www.imdb.com/name/nm0142575/

extrait(s) de presse

Dvd classik - Plus que jamais, Walkabout demeure une œuvre assez unique, porteuse d’un regard singulier et toujours énigmatique
àVoir-àLire - Un trip hallucinant dans l’Outback australien des années 70, psychédélique, transgressif et virtuose. Le cinéma libertaire que l’on aime !
Critique film - D’une force visuelle évidente, "Walkabout" est, en plus du travail sur la bande-son, une expérience totale qui se doit d’être vue au sein d’une salle de cinéma afin d’être appréciée à sa juste valeur.
Chronique du cinéphile... - Un des joyaux du cinéma anglais, ce qu'on appelle un chef d'oeuvre.
Culturopoing - (...) "Walkabout" évoque la fin de l’enfance et l’entrée dans l’âge adulte, comme la fin de la beauté et l’entrée dans le quotidien.
Le Monde - (...) "La Randonnée reste un objet difficile à appréhender dans sa totalité, tant les courants qui parcourent le film se croisent, s’affrontent, se contredisent - sans jamais se neutraliser...
Mad movies - (...) un petit bijoux d'émotion et de beauté comme on en fait plus.
Cinergie - "Walkabout" se présente comme une allégorie grinçante et tragique de cette disparition de formes de vie incompatibles avec le processus de civilisation, formes de vie qui rendent manifeste, dans leurs cris d’agonie, la logique mortifère d’un tel processus, tant pour ceux qui y sont confrontés que pour ceux qui y participent.