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la lune de jupiter

Jupiter holdja
Hongrie - 2017 - 2h03
sorti en France le 22 novembre 2017
compétition Cannes 2017 - grand prix nouveau genre L'Étrange festival 2017 - prix du meilleur film Sitges 2017
film - version originale sous-titrée en français
de

Kornél Mundruczó

scénario : Kornél Mundruczó, Kata Wéber
direction de la photographie : Marcell Rév
musique ou chansons : Jed Kurzel
avec : Merab Ninidze (Gabor Stern), Zsombor Jéger (Aryan Dashni), György Cserhalmi (László), Majd Asmi (un réfugié), Szabolcs Bede Fazekas (un policier), Ákos Birkás (György), Soma Boronkay (serviteur de Györg)
séances : semaine du mercredi 13 décembre 2017
mercredi 13 jeudi 14 vendredi 15 samedi 16 dimanche 17 lundi 18 mardi 19
21:00
18:45
séances : semaine du mercredi 20 décembre 2017
mercredi 20 jeudi 21 vendredi 22 samedi 23 dimanche 24 lundi 25 mardi 26
20:45
11:00*
18:45
18:30*
séance spéciale :
* samedi 11h00 matinale 3,50 €
* mardi 18h30 dernière séance

synopsis

Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu'il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre qu'il a maintenant le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s'en échappe avec l'aide du Dr Stern qui nourrit le projet d'exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d'argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l'incroyable don d'Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s'achètent...

notes de production

La Lune de Jupiter mêle drame social et fantastique. C’est pourquoi le réalisateur a choisi un titre qui évoque la science-fiction tout en inscrivant son histoire dans un contexte précis : la planète Jupiter (1) a plusieurs lunes, qui ont été découvertes par Galilée (2), et l‘une d‘elles s‘appelle Europe. Il était important pour moi de considérer ce film comme une histoire européenne, ancrée dans une Europe en crise, notamment en Hongrie. Il ajoute : nous avons aussi creusé la notion d‘étranger, en nous demandant qui est le véritable étranger. Tout est question de point de vue. Jupiter est suffisamment éloignée de nous pour qu‘on puisse se poser de nouvelles questions sur la foi, les miracles, et la différence.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jupiter_(plan%C3%A8te)
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Galil%C3%A9e_(savant)

A l’origine, La Lune de Jupiter devait être une histoire de sf (3) se déroulant dans le futur. Mais le temps de trouver les financements nécessaires, la situation des migrants racontée dans le film était devenue réelle, comme l’explique le réalisateur : nous avons débattu pendant longtemps sur la question de savoir si le sujet des réfugiés n‘était pas devenu trop actuel. Personnellement je me méfie des récits idéologiques qui s‘inscrivent dans une actualité brûlante. Je crois davantage en l‘idée d‘un art classique, agissant comme l‘eau sur le béton : elle le ronge et le fait s‘effriter peu à peu. À mes yeux, l‘art fondé sur des faits réels et des opinions politiques est moins intéressant, alors quand nous avons retravaillé le scénario, nous avons tenté de prendre de la distance, au niveau du récit comme du langage du film.
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Science-fiction

Si le héros de La Lune de Jupiter a la capacité de voler, ce qui intéressait surtout le réalisateur n’était pas tant de mettre en scène un conte fantastique mais de s’interroger sur la foi : d‘une certaine façon, j‘ai toujours pensé qu‘il existe une foi plus grande, totale et universelle, au-delà de la foi relative dictée par une culture et une période données, une foi qui peut avoir un réel impact sur les gens, en particulier à une époque où nous semblons vouloir régler nos comptes avec la religion traditionnelle, ou avec Dieu. Au lieu de cela, nous sommes définis par l‘argent et la réussite, par le dieu omniprésent du populisme et de la satisfaction immédiate. Et bien sûr, mettre en avant un individu capable de voler soulève des interrogations sur la possibilité de ce en quoi nous croyons (…). Le film parle des réfugiés, mais c‘est aussi une quête de Dieu, au sens où nous devons reconnaître que nous rencontrons parfois des choses absolues ou mystérieuses. Le personnage d‘Aryan en est en réalité la matérialisation : une figure christique dans le corps d‘un réfugié, qui pourrait être un ange. Les miracles ne surgissent jamais où on les attend, et peut-être ne les utilisons-nous jamais comme on le devrait.

Nombreux sont les récits à mettre en scène un homme capable de voler, du mythe d’Icare (4) aux comics (5) et films mettant en scène des super-héros. En ce qui concerne le réalisateur Kornél Mundruczó, c’est un roman d’Alexandre Beliaïev (6) intitulé Ariel qui a bercé son enfance et qui l’a influencé. Cette histoire de petit garçon qui sait voler l’a poussé à s’interroger sur les contrastes et tensions fantastiques qui pourraient naître autour d’un être doté de pouvoirs surnaturels.
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Icare
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Comics
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Belia%C3%AFev

En ce qui concerne le personnage du docteur Stern qui aide le héros dans sa fuite, le réalisateur s’est penché sur l’archétype contemporain du praticien, ici un médecin en train de perdre la foi, qui n‘a plus envie de soigner les gens et qui, désabusé, se contente de survivre. Kata Weber, la scénariste, compte par ailleurs beaucoup de médecins dans sa famille.
Mais ce qui intéressait surtout le réalisateur, c’était la relation qui lie Stern à Aryan, le héros : (...) l‘histoire s‘inspire aussi d‘une véritable amitié qui m‘est chère. J‘aimerais que Stern transmette aux spectateurs le message que l‘on peut toujours changer si quelque chose en vaut vraiment la peine, et si l‘on arrive à dépasser l‘aveuglement causé par trop de rationalité. Nous avons rendu Stern réellement aveugle. Même lorsqu’il découvre Aryan et son don miraculeux, il pense d‘abord à son propre profit. Il a toutes les peines du monde à comprendre que c‘est seulement en se montrant capable de sacrifice qu‘il pourra enfin gagner en retour.

Kornél Mundruczó a pris la pleine mesure du problème des réfugiés lorsqu’il a mis en scène Le Voyage d’hiver (7) de Schubert. La crise n’en était qu’à ses débuts en Europe : pendant le travail préparatoire et la construction des décors, nous nous sommes installés dans un camp de réfugiés à Bicske, en Hongrie, durant une ou deux semaines. Ce que j‘ai vu là-bas m‘a bouleversé. J‘ai eu l‘impression qu‘être étranger, différent, était un état d‘être. Il y avait une étrange forme de sainteté chez ces gens, car on les avait placés hors du temps et de l‘espace. L‘image ou l‘allégorie de la privation est très proche de la liturgie chrétienne, que je connais bien car elle m‘a été inculquée dans mon enfance. Vous n‘avez ni passé, ni avenir, vous n‘avez que le présent, mais même ce présent est incertain. Vous ne savez même pas si vous êtes encore vous-même, si vous êtes la personne que vous étiez en partant, ou si vous êtes devenu quelqu‘un d‘autre durant le voyage. On ne peut pas être témoin de cela sans se sentir solidaire. Ce serait inhumain.
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Winterreise

C’est avec son précédent film, White god (8), que Kornél Mundruczó a acquis une reconnaissance internationale. Sélectionné au festival de Cannes en 2014, le long-métrage était reparti avec le Prix Un Certain Regard. On y suit une bande de chiens errants qui se révoltent contre la cruauté des hommes. Si le film ne basculait jamais ouvertement dans le fantastique, il empruntait néanmoins des codes au film de genre. Avec La Lune de Jupiter, le cinéaste franchit un cap supplémentaire et mêle drame et sf (3) : pour moi, la vérité réside dans le mélange des genres, pas dans une forme grandiloquente, mais dans l‘analyse parabolique de réalités entremêlées. Je trouve cette voie très intéressante, et aujourd‘hui je constate que ça valait la peine de l‘emprunter.
(8) http://www.citebd.org/spip.php?film1348

Le personnage principal de La Lune de Jupiter se déplace à trente ou quarante mètres au-dessus du sol. Un défi pour le réalisateur qui a pris soin de ne pas abuser d’effets numériques : à mes yeux, les effets spéciaux n‘ont pas la même valeur selon ce qu‘on choisit d‘en faire. Utilisés à bon escient, ils peuvent constituer un immense espace de création. Dans le cas contraire, le résultat fait kitsch et artificiel. Ce film est un mélange de classique et de moderne, tourné en 35 mm (9). Nous n‘avons eu recours aux effets spéciaux que lorsque nous l’avons jugé nécessaire, toujours en lien avec le réel.
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Format_35_mm

La Lune de Jupiter est le sixième long-métrage de Kornél Mundruczó. Il était présenté au Festival de Cannes, à l’instar des quatre précédents films du réalisateur hongrois : Johanna (10), Delta (11), Tender son : the Frankenstein project (12) et White god (8). Son premier long-métrage, Pleasant days, a quant à lui remporté le Léopard d’argent au festival de Locarno (13) en 2002.
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Johanna_(film)
(11) http://www.citebd.org/spip.php?film225
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Tender_Son:_The_Frankenstein_Project
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Locarno_Festival

Parallèlement à sa carrière sur les plateaux de tournage, Kornél Mundruczó se consacre également à la mise en scène de pièces de théâtre et d’opéras. Il a fondé sa propre compagnie théâtrale en Hongrie appelée Proton théâtre : à ce stade, j‘ignore combien de temps encore je pourrai conserver cette harmonie entre mon travail pour la scène et pour l‘écran, mais les deux exercices se nourrissent mutuellement, permettent d‘équilibrer les réussites et les échecs, et ce dialogue permanent est pour moi extrêmement productif et inspirant.

A l’instar de La Lune de Jupiter, Les Fils de l’homme (14) d’Alfonso Cuarón traite de la question de l’immigration à travers le prisme de la science-fiction. Cette adaptation du roman de P.D. James nous plonge dans une dystopie où une jeune réfugiée, première femme enceinte au monde depuis dix-huit ans, devient l’objet de toutes les convoitises.
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Fils_de_l%27homme_(film)

(...) Il y a souvent chez Mundruczo une tension mystique qui sous-tend l’action et ses enjeux. C’est une nouvelle fois vrai ici - les scènes de lévitation sont d’une grande beauté, et l’environnement sonore joue un rôle important dans ce film pris dans une étrange suspension. Les longs plans séquences parviennent à nous plonger dans un chaos à la fois métaphorique et pourtant tout à fait réel.
http://www.filmdeculte.com/cinema/film/Lune-de-Jupiter-La-6565.html

Kornél Mundruczó
voir fiche du film White god
http://www.citebd.org/spip.php?film1348

Kata Wéber
voir fiche du film White god
http://www.citebd.org/spip.php?film1348

Marcell Rév
voir fiche du film White god
http://www.citebd.org/spip.php?film1348

Jed Kurzel
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jed_Kurzel

Merab Ninidze
Né le 3 novembre 1965 à Tbilissi.
http://www.imdb.com/name/nm0632457/

Zsombor Jéger
http://www.imdb.com/name/nm3320676/

György Cserhalmi
http://www.imdb.com/name/nm0190691/

Szabolcs Bede Fazekas
http://www.imdb.com/name/nm1039405/

extrait(s) de presse

Bande à part - "La Lune de Jupiter" est une œuvre dense et perçante sur les réalités sombres de l’Europe contemporaine et confirme l’indéniable talent de mise en scène de Kornél Mundruczó.
Culturopoing - "La Lune de Jupiter" est une terra incognita qui propose des découvertes passionnantes, pourvu qu’on lâche le Googlemaps mental et la boussole rationnelle ; Kornel Mundruczo ose explorer de nouvelles formes de narration.
Ecran large - Le cinéma hongrois explose encore une fois par son originalité et son brio. "La Lune de Jupiter" est un film très important et qu'il ne faut pas manquer, ne serait-ce que pour les moments de grâce qu'il trace tout au long de ses 123 minutes.
Télérama - Il faut saluer le courage politique de Kornél Mundruczó, artiste en résistance dans un pays dirigé par le gouvernement le plus xénophobe, le plus réactionnaire d’Europe.