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le jeune karl marx

France, Allemagne, Belgique - 2017 - 1h58
sorti en France le 27 septembre 2017
film - version originale sous-titrée en français
de

Raoul Peck

scénario : Raoul Peck, Pascal Bonitzer
direction de la photographie : Kolja Brandt
musique ou chansons : Alexei Aigui
avec : August Diehl (Karl Marx), Stefan Konarske (Friedrich Engels), Vicky Krieps (Jenny von Westphalen), Olivier Gourmet (Pierre-Joseph Proudhon), Hannah Steele (Mary Burns), Alexander Scheer (Wilhelm Weitling), Elsa Mollien (Sybille Hess), Rolf Kanies (Moses Hess), Éric Godon (le contremaître)
séances : semaine du mercredi 18 octobre 2017
mercredi 18 jeudi 19 vendredi 20 samedi 21 dimanche 22 lundi 23 mardi 24
16:00
séances : semaine du mercredi 25 octobre 2017
mercredi 25 jeudi 26 vendredi 27 samedi 28 dimanche 29 lundi 30 mardi 31
16:00
20:30
18:30
16:15
11:00*
16:00
20:45*
séance spéciale :
* dimanche 11h00 matinale 3,50 €
* lundi 20h45 dernière séance

synopsis

1844. De toute part, dans une Europe en ébullition, les ouvriers, premières victimes de la “Révolution industrielle”, cherchent à s'organiser devant un “capital” effréné qui dévore tout sur son passage. Karl Marx, journaliste et jeune philosophe de 26 ans, victime de la censure d’une Allemagne répressive, s’exile à Paris avec sa femme Jenny où ils vont faire une rencontre décisive : Friedrich Engels, fils révolté d’un riche industriel Allemand. Intelligents, audacieux et téméraires, ces trois jeunes gens décident que “les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, alors que le but est de le changer". Entre parties d'échecs endiablées, nuits d'ivresse et débats passionnés, ils rédigent fiévreusement ce qui deviendra la “bible” des révoltes ouvrières en Europe : “Le manifeste du Parti Communiste”, publié en 1848, une œuvre révolutionnaire sans précédent...

notes de production

Le réalisateur Raoul Peck a voulu s’attaquer à un monument tel que Karl Marx suite à son implication sur son dernier film, I am not your negro (1). En effet, ces deux œuvres coïncident avec un moment de réflexion et d’inquiétude chez le cinéaste.
Une inquiétude par rapport à ce que je ressentais du Zeitgeist (2) ambiant, en cette période de fin de l’Histoire et de fin des idéologies. Une époque qui se manifeste également par une suspicion de toute science ou de philosophie et un rejet de tout ce qui est politique. Ce qui a existé jusque-là est sensé être dépassé et on semble vouloir créer du nouveau à partir de rien. Ce qui, me semble-t’il, est utopique. Nous n’avons ni peuple de rechange, plus pur plus sain plus avancé avec lequel tout serait plus simple. Il nous faut malheureusement partir du réel. Ma réponse en tant qu’artiste et citoyen engagé, c’est de revenir aux fondamentaux. Pour moi, ce sont d’abord Baldwin, que j’ai lu très tôt dans ma jeunesse, et Marx (3), que j’ai longuement étudié très jeune aussi, explique le metteur en scène.
(1) http://www.citebd.org/spip.php?film1926
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Zeitgeist
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Marx

C’est Pierrette Ominetti (4) d’Arte qui a contacté Raoul Peck pour lui proposer de se pencher sur un film autour de Karl Marx selon une approche mixte mi-documentaire / mi-fictionnelle : je n’ai pas hésité une seconde. J’ai commencé à travailler mais ce n’était pas satisfaisant. Il m’est vite apparu que faire un film sur ce thème serait plus lourd, plus complexe, plus déterminant que je ne l’avais pensé au départ. Et que c’était aussi pour moi, à ma manière, une occasion de « changer le monde » avec un film qui aille plus loin, tant dans la forme que dans le contenu ainsi que sur l’impact politique potentiel. Le projet prenant de l’envergure, j’ai décidé de le reprendre totalement à mon compte et de le développer moi-même au sein de ma société Velvet film, confie le réalisateur.
(4) http://www.imdb.com/name/nm2900018/

Raoul Peck a écrit le scénario du Jeune Karl Marx en collaboration étroite avec le réalisateur et scénariste Pascal Bonitzer, son complice sur L’Affaire Villemin (5), Lumumba (6) et Meurtre à Pacot (7) : Pascal Bonitzer est sûrement l’un des meilleurs scénaristes d’Europe aujourd’hui, d’une extrême érudition, avec une capacité d’assimilation extraordinaire et la faculté de traduire avec finesse, légèreté et humour des situations parfois très “chargées” et de les rendre compréhensibles, s’enthousiasme Peck.
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Affaire_Villemin
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Lumumba_(film)
(7) https://www.arte.tv/fr/videos/052762-000-A/meurtre-a-pacot/

Raoul Peck revient sur sa décision d’évoquer les jeunes années de Karl Marx (3), loin de l’imagerie populaire du vieux sage barbu connu de tous : je savais qu’il ne fallait pas essayer d’expliquer le grand Marx barbu, l’icône en statue de granit qui a servi de prétexte à des monstres pour commettre leurs crimes. C’est une bataille que je n’aurais jamais pu gagner avec un film, sauf si on me donnerait une vingtaine d’heures pour le faire. Car avant d’expliquer, je dois déconstruire des décennies de propagandes, d’inexactitudes, d’inventions pures, de contradictions, etc. sans compter les crimes et méfaits de la guerre froide et des autres confrontations idéologiques. Il y a des combats que l’on ne peut pas gagner dans un médium qui est maîtrisé de bout en bout par le capital, par une industrie plutôt conservatrice et tournée vers le « divertissement ». Alors j’ai choisi de parler du jeune Marx, dans cette période de sa vie où il est en train de se transformer de manière fondamentale. J’essaie de montrer quelles sont les étapes de cette transformation et ce qu’il en résulte.

Raoul Peck évoque sa jeunesse berlinoise et son chemin vers le cinéma, passé par l’engagement politique : je suis venu au cinéma par le politique. C’est l’engagement qui m’y a mené. C’était à Berlin au cours de mes études d’économie, une ville extrêmement cosmopolite et engagée, une ville de réfugiés politiques où tous les combats du globe se retrouvaient. J’ai pu y côtoyer tous les mouvements et organisations qui existaient alors, issus du Nicaragua, du Chili, du Brésil, d’Iran, d’Afrique du Sud… Berlin était en perpétuelle effervescence, avec des manifestations régulières contre l’apartheid, contre l’installation des missiles américains en Allemagne, pour la paix. J’ai commencé à faire des films avant même d’aller à l’école de cinéma, des films politiques mais qui dès l’origine voulaient échapper au cinéma militant - où le verbe prime - pour arriver à un cinéma où l’on questionne la forme, la qualité artistique, pour mieux atteindre le public.

Raoul Peck a voulu s’éloigner du biopic (8) conventionnel comme Hollywood (9) sait si bien nous servir en privilégiant une approche critique proche du documentaire : si je fais un biopic classique, je reproduis ce qu’ Hollywood sait très bien faire et qui consiste à maintenir le spectateur dans sa bulle d’un monde maitrisé, heureux, parfois confronté à un méchant mais que l’on parvient toujours à vaincre à la fin. J’oppose à cela une approche « marxiste » (et non dogmatique ! ) : quand on fait quelque chose qui est critique, on est obligé de critiquer les instruments dont on se sert et le processus lui-même. Je dois essayer d’atteindre ce public qui est habitué à une certaine vision du cinéma et à une vision de lui-même et de son histoire, en lui donnant suffisamment d’éléments pour qu’il me suive y compris là où il n’est jamais allé. C’est bien sûr un exercice complexe. Dans Le jeune Karl Marx, j’ai une approche presque documentaire afin de faire ressentir le moment où les choses se passent, ressentir les hommes et les femmes, sentir les odeurs, la réalité humaine. Donc, il faut s’éloigner du dogmatisme et du politique stricto sensu. Ce n’est pas du cinéma militant ! En revanche, je fais un cinéma de citoyen engagé.
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Film_biographique
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Hollywood

Raoul Peck évoque le travail de recherche nécessaire à l’élaboration d’un scénario autour d’une grande figure célèbre comme Karl Marx (3) : lorsque nous avons décidé d’écrire un scénario original nous avons choisi deux sources principales : les cours sur Marx de Raymond Aron (10) au Collège de France, qui sont d’une extrême rigueur et d’une grande honnêteté intellectuelle, et les correspondances entre Marx et Engels (11) et Marx et sa femme Jenny, entre les années 1843 jusqu’à 1849 (d’ailleurs je recommande notamment les « Lettres d’amour et de combat » de Jenny et Karl Marx éditées chez Rivages Poche). Il s’agit d’échanges de jeunes entre eux, qui sont un mélange de politique, de blagues, de ragots parfois, d’ironie, de théories et d’engagement politique. Ce ne sont pas des discours. On a affaire directement à des hommes et des femmes, qui parlent de problèmes d’argent, de l’éditeur qui ne paie pas un article… et l’on est au plus proche de la vraie vie. Le travail d’écriture doit permettre d’arriver à un film et non à un document didactique. Tous mes films sont basés sur la réalité, c’est à dire sur des recherches extrêmement fournies, précises et solides. La réalité est mon combustible. Dans “Marx”, c’était une obligation absolue de rester au plus près de la réalité de l’histoire, du “Zeitgeist” (2) de l’époque, et même du langage. On ne fabrique pas du faux ! On utilise le vrai et on le met dans des situations cinématographiquement plausibles.
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Aron
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Engels

Raoul Peck
voir fiche du film I am not your negro
http://www.citebd.org/spip.php?film1926

Pascal Bonitzer
voir fiche du film Gemma Bovery
http://www.citebd.org/spip.php?film1397

Kolja Brandt
http://www.imdb.com/name/nm0104951/

Alexei Aigui
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexe%C3%AF_A%C3%AFgui

August Diehl
voir fiche du film Diamant noir
http://www.citebd.org/spip.php?film1707

Stefan Konarske
https://fr.wikipedia.org/wiki/Stefan_Konarske

Vicky Krieps
voir fiche du film Une Histoire d’amour
http://www.citebd.org/spip.php?film969

Olivier Gourmet
voir fiche du film La Fille inconnue
http://www.citebd.org/spip.php?film1775

Hannah Steele
http://www.imdb.com/name/nm3791851/

Alexander Scheer
http://www.imdb.com/name/nm0770449/

Elsa Mollien
http://www.imdb.com/name/nm2308101/

Rolf Kanies
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rolf_Kanies

Éric Godon
voir fiche du film Les Ardennes
http://www.citebd.org/spip.php?film1709

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - Raoul Peck n’a jamais cherché à établir un objet de propagande, on ne peut donc pas lui reprocher ce point. Il est cependant impossible de nier les caractères humaniste et moderne qu’il parvient à insuffler à cette révolte sociale qui couve depuis la Révolution industrielle. L’espoir est là, à chacun de s’y accrocher s’il veut y croire.
Télérama - August Diehl et Stefan Konarske (formidables l’un et l’autre) interprètent les deux révolutionnaires en débatteurs rompus à toutes les subtilités de la dialectique, convaincus de leur supériorité, voire même arrogants.
Bande à part - Le portrait d’une jeunesse largement idéaliste qui fait beaucoup défaut à notre époque. Inspiré et inspirant.
La Croix - Ce petit rappel historique ne manque pas d’intérêt en soi et les constats d’hier résonnent encore, d’une manière ou d’une autre, avec les réalités d’aujourd’hui...
Le Figaro - Classique et honnête.
Le Monde - Le cinéaste Raoul Peck signe une vivifiante évocation de la jeunesse de l’auteur du "Capital".
Paris match - Après le succès de "I am not your negro" qui revenait sur les luttes sociales et politiques afro-américaines, Raoul Peck revisite avec rigueur l'origine de la révolte ouvrière en s'attaquant aux écrits d'un autre mythe (avant le mythe)...
Première - Avec ce carburant de buddy-movie, Peck trouve un bel équilibre dramaturgique, loin des sempiternels écueils du biopic (violons souffreteux, enluminures hagiographiques), sans qu'on reste non plus dans la reconstitution amidonnée : l’indignation sourd ici derrière chaque plan.