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Le Dernier métro

ciné répertoire
France - 1980 - 2h11
sorti en France le 17 septembre 1980
10 César 1981
film - film francophone
de

François Truffaut

scénario : François Truffaut, Suzanne Schiffman, Jean-Claude Grumberg
direction de la photographie : Nestor Almendros
musique ou chansons : Georges Delerue (+ chansons des années 1930-1940)
avec : Catherine Deneuve (Marion Steiner), Gérard Depardieu (Bernard Granger), Jean Poiret (Jean-Loup Cottins), Andréa Ferréol (Arlette Guillaume), Paulette Dubost (Germaine Fabre), Jean-Louis Richard (Daxiat), Maurice Risch (Raymond Boursier), Sabine Haudepin (Nadine Marsac), Heinz Bennent (Lucas Steiner), Christian Baltauss (remplaçant de Bernard), Pierre Belot (réceptionniste), René Dupré (Valentin), Alain Tasma (Marc), Rose Thierry (mère de Jacquot / concierge), Jacob Weizbluth (Rosen), Jean-Pierre Klein (Christian Leglise), Rénata (Greta Borg), Marcel Berbert (Merlin), Hénia Ziv (Yvonne, la femme de chambre), Laszlo Szabo (lieutenant Bergen), Martine Simonet (Martine, la voleuse), Jean-José Richer (René Bernardini), Jessica Zucman (Rosette Goldstern), Richard Bohringer (officier de la Gestapo), Franck Pasquier (Jacquot)
séances : semaine du mercredi 4 mars 2015
mercredi 4 jeudi 5 vendredi 6 samedi 7 dimanche 8 lundi 9 mardi 10
21:00*
séance spéciale :
* mar 10 à 21h00 : ciné mardi : "Truffaut sans Léaud" - tarif préférentiel : 2 films = 7 € (couplé avec "Fahrenheit 451") - soirée en partenariat avec Hidden circle

synopsis

Paris, septembre 1942. Lucas Steiner, le directeur du théâtre Montmartre a dû fuir parce qu’il est juif. Sa femme Marion Steiner dirige le théâtre et engage Bernard Granger, transfuge du Grand Guignol, pour jouer à ses côtés dans « la Disparue », que met en scène Jean-Louis Cottins. Jusqu’au soir de la générale, la troupe subit les menaces du virulent critique de « Je suis partout », Daxiat, dont l’ambition est de diriger la Comédie-Française...

notes de production

Le personnage de Daxiat a réellement existé. Il travaillait effectivement pour le journal Je suis partout (1) et s’appelait Alain Laubreaux (3).
Dès le début de l’Occupation, les critiques collaborationnistes multiplient les dénonciations, mettant en cause l’origine raciale d’Harry Baur (3), de Sacha Guitry (4), et de tant d’autres... Parmi leurs têtes de turc favorites, Jean Cocteau (5) est régulièrement pris à partie. La séquence où Daxiat met en cause la mise en scène efféminée de Jean Loup Cottins et la bagarre qui s’ensuit entre Bernard Granger et le critique renvoie à l’incident qui opposa Jean Marais et Alain Laubreaux à propos de la pièce La Machine à écrire (6) présentée en 1941 par le poète.
http://www.educiné.org/educine/Le_dernier_metro/Entrees/2011/4/29_Le_theatre_sous_lOccupation_Ombres_et_lumieres.html
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Je_suis_partout
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Laubreaux
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Harry_Baur
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Sacha_Guitry
(5) http://www.citebd.org/spip.php?film441
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Machine_%C3%A0_%C3%A9crire

Le couvre-feu était établi généralement à Paris à minuit. Se faire prendre après le couvre-feu par la police, et a fortiori par les polices allemandes, cela voulait dire être retenu toute la nuit dans un commissariat et parfois devenir otage. Quand on devenait otage, on ne savait pas ce qui allait se passer le lendemain. On pouvait donc être fusillé. Il était extrêmement important de ne pas rater le dernier métro.
Jean-Pierre Azéma (historien)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Az%C3%A9ma

Ce film a été récompensé par dix prix lors de la cérémonie des César en 1981 (7), dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleur scénario ou encore meilleure actrice. Seul un autre film réalisera une telle performance, Cyrano de Bergerac (8) dix ans plus tard. Gérard Depardieu tient le rôle principal dans ces deux films…
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/6e_c%C3%A9r%C3%A9monie_des_C%C3%A9sar
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Cyrano_de_Bergerac_%28film,_1990%29

Vous savez... entre Depardieu, si féminin, et Truffaut, si pudique, j’avais presque l’impression que c’était moi, le garçon.
Catherine Deneuve in Elle (2002)

Dès l’écriture, François Truffaut savait qu’il voulait faire jouer Catherine Deneuve, qu’il avait déjà dirigée dans La Sirène du Mississipi (9) avec Jean-Paul Belmondo. En tournant Le Dernier métro, j’ai voulu satisfaire trois désirs : montrer les coulisses d’un théâtre, évoquer l’ambiance de l’Occupation, donner à Catherine Deneuve un rôle de femme responsable, avait-il alors déclaré.
(9) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Sir%C3%A8ne_du_Mississipi_%28film%29

On entend pendant le film plusieurs chansons des années 1930 et 1940. Entre autres, deux chansons interprétées par Lucienne Delyle (10), Mon amant de Saint-Jean (11) et la Prière à Zumba (12).
Les scènes de théâtre ont été tournées au théâtre Saint-Georges (13) à Paris.
Le tournage a ensuite eu lieu dans une usine désaffectée à Clichy transformée en studio de cinéma pour reconstituer Paris sous l’Occupation.
(10) http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucienne_Delyle
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/Mon_amant_de_Saint-Jean
(12) http://www.chansons-net.com/Chansonsretros/index.php?param1=BO00968.php
(13) http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9%C3%A2tre_Saint-Georges_%28Paris%29
Film riche et accompli, Le Dernier métro multiplie les niveaux de lecture et aborde de nombreux thèmes : l’Occupation allemande (lois contre les Juifs et les étrangers pendant le régime de Vichy) (14), les bouleversements et les attitudes qu’elle entraîne, les résonances entre la vie réelle et la fiction théâtrale et comme dans Fahrenheit 451 (15) les mécanismes de défense contre l’oppression et l’obscurantisme. L’homosexualité, masculine et féminine, est abordée avec tolérance. Le principe de mise en abyme (le théâtre dans le cinéma), comme le « film dans le film » de La Nuit américaine (16), permet de superposer l’évocation des contingences matérielles et des aléas de la préparation d’un spectacle à l’exaltation de l’esprit de troupe et à la notion de rôle dans la vie comme en art. Le théâtre devient l’occasion de ressusciter minutieusement une période historique sombre mais drapée d’imaginaire et de fantasmes. Truffaut reste fidèle à ses thèmes de prédilection dans l’idée d’interchangeabilité des masques en société et en scène, télescopée avec le hasard, la séduction, la galanterie, le mensonge, la vérité et le sentiment amoureux. Le triangle central, une femme et deux hommes (comme dans Jules et Jim) (17), est préservé grâce à la ruse, la duplicité et surtout la passion de l’art et de la création qui absorbe les existences entières du microcosme d’individus mis en scène.
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_contre_les_Juifs_et_les_%C3%A9trangers_pendant_le_r%C3%A9gime_de_Vichy
(15) http://www.citebd.org/spip.php?film1411
(16) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Nuit_am%C3%A9ricaine_%28film%29
(17) http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_et_Jim_%28film%29
Ce film s’inspire de la vie de Miss Blubell (18)et de son mari Marcel Leibovici pendant l’Occupation.
(18) http://fr.wikipedia.org/wiki/Margaret_Kelly
Le Dernier métro s’inspire de la pièce de théâtre Carola de Jean Renoir, adaptée à la télévision américaine avec Leslie Caron (19).
(19) http://fr.wikipedia.org/wiki/Carola_%28t%C3%A9l%C3%A9film%29
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dernier_M%C3%A9tro

En écrivant, avec Suzanne Schiffman, le scénario du Dernier métro, mon intention était de faire pour le théâtre ce que j’avais fait pour le cinéma avec La Nuit américaine : la chronique d’une troupe au travail, dans un cadre respectant les unités de lieu, de temps et d’action. Il y avait, entre les deux projets, une différence notable, c’est que ma connaissance du théâtre est superficielle et que, de toute manière, le montage d’une pièce est beaucoup moins riche, visuellement, qu’un tournage de film. [...]
C’est en 1968, après avoir tourné Baisers volés (20), que l’envie m’est revenue de reconstituer cette époque, mais à ce moment j’ai été stoppé net dans mon élan par un film remarquable : Le Chagrin et la pitié (21) de Marcel Ophuls qui, à l’aide de documents et d’interviews, entremêle le passé et le présent avec un bonheur proustien. [...] Après ce choc du Chagrin et la pitié, dix ans ont passé et comme tout le monde j’ai vu une douzaine de films évoquant l’Occupation. Celui-ci me paraissait trop noir, celui-ci trop rose, il y avait trop de soleil dans l’un, trop de musique moderne dans l’autre, bref je restais avec mon désir inassouvi et quelques certitudes valables pour moi seul : un film sur l’Occupation devrait se dérouler presque entièrement la nuit et dans des lieux clos, il devrait restituer l’époque par de l’obscurité, de la claustration, de la frustration, de la précarité et, seul élément lumineux, il devrait inclure, dans leur enregistrement original, quelques-unes des chansons qu’on entendait alors dans les rues et les postes de TSF. [...]
J’avais lu que, pendant la guerre, plusieurs des directeurs de théâtre furent dirigés par des femmes, des actrices ou anciennes actrices. Mon héroïne serait donc une « directrice » et j’ai tout de suite pensé à Catherine Deneuve, actrice passionnante que je n’avais pas utilisée au mieux de ses possibilités dans La Sirène du Mississipi. J’avais lu que Louis Jouvet, afin d’échapper aux pressions de la censure allemande, avait quitté Paris au début de l’Occupation pour gagner l’Amérique du Sud. Je me suis demandé : que se serait-il passé si, par amour pour sa femme, un directeur juif avait fait semblant de fuir la France et était resté dans la cave de son théâtre pendant toute la guerre ? Pour inventée qu’elle fût, la donnée n’était pas invraisemblable, puisque le musicien Kosma (22), le décorateur Trauner (23) ont connu cette situation, travaillant clandestinement sous de faux noms, par exemple pour les films de Marcel Carné (24). [...]
Je savais que les spectateurs de 45 ans et plus seraient sensibles à l’exactitude de ce climat mais comment savoir que les jeunes spectateurs s’y intéresseraient ? [...] Je pensais : le cinéma américain présente constamment des personnages qui vont jusqu’au bout de leur action et ici, je ne montre que des gens empêchés dans la réalisation de leur projet et que les circonstances amènent à se contenter de survivre. Sur ce point heureusement, je me trompais, puisque c’est probablement grâce à tous les obstacles auxquels se heurtent mes personnages, que le public a pu sympathiser avec eux, au point de s’identifier à celui-ci ou à celle-là.

François Truffaut : pourquoi et comment Le Dernier métro ? - L’Avant-scène cinéma (n° 303-304, mars 1984)
(20) http://fr.wikipedia.org/wiki/Baisers_vol%C3%A9s
(21) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Chagrin_et_la_Piti%C3%A9
(22) http://www.citebd.org/spip.php?film1221
(23) http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Trauner
(24) http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Carn%C3%A9

François Truffaut et Nestor Almendros accordèrent une importance primordiale à la couleur. Il s’agissait en premier lieu de rendre l’atmosphère des années 40-45 par la lumière et la couleur. Pour y parvenir, le décorateur Jean-Pierre Kohut-Svelko (25) composa des décors presque monochromes et chercha des costumes et des objets dans des tons dégradés très proches. Comme l’histoire se déroule sur deux plans, le directeur de la photographie, Nestor Almendros (dans ses souvenirs) raconte comment il dut employer deux éclairages différents : l’un réaliste indiquant la vie quotidienne dans les coulisses du théâtre, l’autre délibérément artificiel pour la représentation théâtrale.
Images et loisirs
(25) http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Kohut-Svelko

François Truffaut
voir fiche du film Fahrenheit 451
http://www.citebd.org/spip.php?film1411

Suzanne Schiffman
Née Suzanne Klochendler à Paris le 27 septembre 1929 où elle est décédée le 6 juin 2001.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Suzanne_Schiffman

Jean-Claude Grumberg
Né à Paris le 26 juillet 1939.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Grumberg

Nestor Almendros
voir fiche du film Les Moissons du ciel
http://www.citebd.org/spip.php?film518

Georges Delerue
voir fiche du film Garde à vue
http://www.citebd.org/spip.php?film1224

Catherine Deneuve
voir fiche du film 3 cœurs
http://www.citebd.org/spip.php?film1315

Gérard Depardieu
voir fiche du film Le Grand soir
http://www.citebd.org/spip.php?film839

Jean Poiret
Né Jean Gustave Poiré le 17 août 1926 à Paris, décédé le 14 mars 1992 à Suresnes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Poiret

Andréa Ferréol
Née le 6 janvier 1947 à Aix-en-Provence.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9a_Ferr%C3%A9ol

Paulette Dubost
Née Paulette Marie Emma Deplanque, le 8 octobre 1910, décédée le 21 septembre 2011 à Longjumeau.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paulette_Dubost

Jean-Louis Richard
voir fiche du film Fahrenheit 451
http://www.citebd.org/spip.php?film1411

Maurice Risch
Né le 25 janvier 1943 à Paris.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Risch

Sabine Haudepin
Née le 19 octobre 1955 à Montreuil.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sabine_Haudepin

Heinz Bennent
Né le 18 juillet 1921 à Aix-la-Chapelle, décédé le 12 octobre 2011 à Lausanne.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Heinz_Bennent

Christian Baltauss
http://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Baltauss

Pierre Belot
Né le 13 mars 1919 à Paris.
http://www.imdb.com/name/nm0069439/

Laszlo Szabo
Né le 24 mars 1936 à Budapest.
http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A1szl%C3%B3_Szab%C3%B3

Martine Simonet
http://www.imdb.com/name/nm0800576/

Jean-José Richer
http://www.imdb.com/name/nm0724898/

Richard Bohringer
Né le 16 janvier 1942 à Moulins.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Bohringer

extrait(s) de presse

Dvd classik - "Le Dernier métro" s’impose comme l’une des œuvres de fiction à même de nourrir la réflexion de tous ceux qu’interroge la question de la France - et des Français - sous l’Occupation.
Télédoc - Comme "La Nuit américaine", "Le Dernier métro" est la chronique de la gestation d’un spectacle...
La Cinémathèque française - Dans "Le Dernier métro", le théâtre et la vie se rejoignent et se mêlent...
Cinémarium - Sans aucun doute, Le dernier métro représente pour François Truffaut la concrétisation de l’une de ses plus fortes envies de cinéaste...
Ecran noir - En trois coups - Deneuve, Depardieu et le Théâtre, Truffaut signe avec maestria son oeuvre la plus immobile, la plus référencée, la moins originale. Mais aussi la plus belle. Jusqu'à se perdre dans cette fin ouverte à tous nos fantasmes.
Les Inrocks - "Le Dernier métro" ne comporte aucune facilité et demeure la grande réflexion truffaldienne sur le pouvoir et les limites du spectacle...
Skyrock - Truffaut semble comme reprendre un des enjeux fondamentaux du mouvement de la "Nouvelle vague", plus de vingt ans après : surprendre...
Hellocoton - "Le Dernier métro" est réalisé avec finesse et subtilité en mêlant à l’évocation des conditions de vie durant la Seconde Guerre mondiale à Paris une intrigue amoureuse qu’on ne soupçonne pas devenir un triangle amoureux...