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le premier homme

Il Primo uomo
France, Italie, Algérie - 2010 - 1h41
sorti en France le 27 mars 2013
Prix de la critique internationale Toronto 2011
film - film francophone
de

Gianni Amelio

scénario : Gianni Amelio
d'après l'oeuvre de : Albert Camus
direction de la photographie : Yves Cape
musique ou chansons : Franco Piersanti
avec : Jacques Gamblin (Jacques Cormery, 1957), Catherine Sola (Catherine Cormery, 1957), Maya Sansa (Catherine Cormery, 1924), Denis Podalydès (Mr Bernard), Ulla Baugué (la grand-mère), Nicolas Giraud (l’oncle Etienne, 1924), Nino Jouglet (Jacques Cormery, 1924), Abdelkarim Benhabboucha (Hamoud Abdheramane, 1957), Hachemi Abdelmalek (Aziz Abdheramane), Djamel Saïd (Hamoud Abdheramane, 1924), Jean-Paul Bonnaire (l’oncle Etienne, 1957), Jean-François Stévenin (le fermier), Regis Romele (Le boucher), Michel Cremades (le gardien du cimetière)
séances : semaine du mercredi 28 mai 2014
mercredi 28 jeudi 29 vendredi 30 samedi 31 dimanche 1er lundi 2 mardi 3
16:30*
séance spéciale :
* sam 31 à 16h30 - Cinémétis est organisé en partenariat avec Musiques métisses, le Conseil général de la Charente et Ciné passion 16 - tarif unique à chaque séance 3,5 €

synopsis

Août 1957. Un écrivain célèbre d’une quarantaine d’années, Jacques Cormery, rend visite à sa mère qui demeure à Alger. La ville est en état de guerre. Il se souvient de ses années d’écolier et de collège, de ses amis européens et algériens et de M. Bernard, cet instituteur qui l’a projeté vers une vie inconcevable pour un enfant né dans une famille pauvre et analphabète. Fidèle à son passé, que peut-il faire pour réconcilier ceux qui comme lui, pieds-noirs et algériens, sont nés sur le même sol, mais que le mouvement de l’histoire a transformés en ennemis héréditaires ?

notes de production

L’œuvre, l’itinéraire d’Albert Camus sont revenus en force sur le devant de la scène culturelle et politique. Et la sortie en salles du film de Gianni Amelio, adapté du livre de Camus, Le Premier homme, participe de ce mouvement général. Pourquoi, aujourd’hui, avons-nous encore tant besoin de Camus ?
De sa naissance à Mondovi dans le Constantinois en 1913, jusqu’à l’accident qui, en janvier 1960 jeta contre un arbre la Facel-Vega qui le transportait et le tua sur le coup, la vie d’Albert Camus, traversée par de longues vagues qui le portent et l’épuisent, nous intrigue, nous passionne toujours. Il y a ses liens et ses rapports conflictuels avec le communisme, et sa littérature si forte, célèbre, émouvante ; ses engagements en faveur de l’Espagne républicaine, et sa passion pour le théâtre. Camus nous intéresse encore par son refus du stalinisme, des dogmes qui enferment et appauvrissent la pensée. Et aussi, par son déchirement entre la fidélité à ses origines et le respect des principes d’égalité. Avec au centre de ses pensées, l’Algérie, sa terre natale, dont le destin le bousculera, de l’enthousiasme au désespoir.
Le Premier homme nous raconte cela. Camus évoque son univers si particulier. Sa mère, analphabète, commotionnée par la mort de son mari en 1914, a du mal à parler, s’exprimer. Sa famille vit pauvrement dans un étroit logement de Belcourt, quartier populaire à l’est d’Alger. Nous voilà encore loin de l’assimilation à la France, le rêve républicain d’Albert Camus. Le petit peuple des Français d’Algérie ne mêle pas profondément aux Arabes, même si l’on se croise, se parle au marché, si l’on s’invite pour les fêtes. Même pauvres, Les Européens d’Algérie ont accès à l’école communale. Dans la classe du cours moyen où Camus étudie sous la conduite de l’instituteur Germain (qui déterminera toute son existence), il y a trente-trois élèves, dont trois Algériens. En observant ces derniers, Camus apprend à distinguer la pauvreté qui est celle des Européens, et la misère que subissent les indigènes. Mais pauvres ou miséreux, tous étaient des prolétaires et Camus ne les sépare pas. Il ne considèrera jamais sa famille comme des colons. Il se construit une vision personnelle et pragmatique de l’univers de la colonisation en Algérie. Elle lui valut des inimitiés violentes.....
Il ne sera donc pas un indépendantiste pour l’Algérie, parce que refusant le sort pouvant être refusé aux siens. Il écrit sur la misère de la Kabylie dans le journal Alger Républicain. Pour autant, il ne franchit pas le Rubicon et refusera l’indépendance donc, la séparation. Il fait l’effort de la traversée pour jeter des ponts, non pour séparer. C’est un homme de passerelles, il n’est pas un éradicateur, attaché à une histoire méditerranéenne commune, faite de strates mêlées d’influences européennes et algériennes. Mais avec la guerre d’Algérie, l’histoire s’accélère, l’urgence politique entre en contradiction avec l’élan de Camus vers la compréhension réciproque, la réconciliation. À partir de ce moment-là, une angoisse s’installe en lui, celle de la perte de l’histoire des siens. Est-ce la raison pour laquelle il écrit le Premier Homme, son plus grand livre, pour garder une trace de ce monde qui va disparaître ? Camus nous intéresse aujourd’hui encore, par son effort de réconciliation des mémoires qui restent fermées les unes aux autres, dans un mélange de méfiance, de sentiment de spoliation et de refus de chacun de reconnaître ses torts. La figure de Camus peut aujourd’hui incarner d’une manière ou d’une autre ce souhait de réconciliation entre Français et Algériens.
Camus a toujours été d’une grande honnêteté intellectuelle. Il voulait transmettre, s’expliquer. Quand il ne savait plus, il s’est tu, a adopté le silence - un silence public, car il continuait d’écrire énormément de lettres et de notes. Mais historiquement, sa position dans une guerre cruelle est restée dans un entre-deux problématique. Pour cette raison, il s’est retrouvé écartelé entre des récupérations dénaturant totalement sa volonté de réconciliation. Au-delà des polémiques qu’il suscite (en particulier sur son refus de la violence révolutionnaire), Camus reste toujours un personnage insaisissable, à l’écart parce que lui-même refusait d’être enfermé dans des catégories politiques rigides. Cette position singulière, d’étrangeté parle à la jeunesse actuelle. Nullement parce qu’il est mort à 47 ans. À cet âge- là, un peuple d’écrivains, de musiciens, de peintres, d’artistes de Van Gogh à Schubert avaient donné une œuvre parvenue à maturité. Mais Camus a quelque chose de particulier pour les jeunes. Il procède par vives découvertes suivies d’une réaction presque toujours généreuse, et des générations de lycéens, d’étudiants, ne cessent pas de s’y reconnaître et d’en être bouleversés, éveillés, révélés à eux-mêmes. La brusque mort de ce personnage célèbre renforce ce sentiment d’inachèvement, de dernier mot jamais dit, le tout fixé dans l’image très romantique d’un homme encore jeune. C’était enfin un méditerranéen avec tout ce que cela implique : aimant et aimé des femmes, solaire, émouvant, charnel. Et c’est pourquoi, l’on est si tenté de vouloir lui ressembler aujourd’hui encore.
Benjamin Stora

Le Premier homme est adapté du roman éponyme d’Albert Camus. Autobiographique, ce roman est par ailleurs le dernier écrit par le célèbre écrivain, mort dans un accident de voiture avant de l’avoir terminé. Les 144 pages manuscrites du Premier homme ont été retrouvées sur les lieux de l’accident de Camus. C’est sa fille qui a dactylographié le roman après avoir minutieusement étudié les notes et ajouté la ponctuation manquante.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Premier_Homme

L’adaptation cinématographique du Premier homme, tout comme le roman, met en scène le personnage de Jacques Cormery, interprété dans le film par Jacques Gamblin. Jacques Cormery est en fait l’alter-ego d’Albert Camus lui-même. Le personnage, écrivain, retourne dans son Algérie natale et s’y rappelle son enfance.

C’est le producteur du Premier homme, Bruno Pésery (1), qui a eu l’idée de faire un film à partir du roman inachevé d’Albert Camus, publié pour la première fois en 1994 à titre posthume. Catherine Camus, la fille d’Albert Camus, qui à l’époque avait catégoriquement refusé une quelconque adaptation, est revenue sur sa décision en 2006. Le choix du réalisateur s’était déjà porté sur Gianni Amelio, à cause de sa position assez neutre de metteur en scène italien n’ayant pas d’intérêt à prendre parti dans la narration du conflit franco-algérien. La fille de l’écrivain a ensuite permis à l’équipe du film d’avoir un accès privilégié aux archives de son père, pour faciliter le travail de recherches en amont. Le film était une expérience toute particulière pour Gianni Amelio, qui a tourné son premier film français, avec une équipe et des acteurs français.
(1) http://www.imdb.com/name/nm0702455/

La difficulté propre à l’adaptation de ce roman résidait dans le fait qu’il s’agisse d’une autobiographie de Camus : dans le cas du "Premier homme", le frein que j’ai ressenti à la première lecture, c’est bien qu’il s’agissait d’une œuvre autobiographique. Je pense avoir le droit de trahir un roman, je crois même qu’il faut le faire. Mais, inversement, on doit respecter une autobiographie. C’est un homme qui parle de lui, on ne peut pas mentir, déformer ce qu’il a dit, parce que ce serait trahir l’homme, pas seulement l’écrivain, souligne le réalisateur Gianni Amelio.

Le Premier homme a été tourné en Algérie, presque dans sa totalité, si l’on excepte deux intérieurs qui ont été filmés à Paris, comme le précise le réalisateur. Le quartier Belcourt (2), quartier populaire algérois à l’époque où Camus était enfant, dans les années 1920, a été reconstitué dans une ville côtière algérienne, Mostaganem (3). La réalisation du projet a pris au total plusieurs années, entre les reports et les divers problèmes rencontrés au moment du tournage.
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Belouizdad
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Mostaganem

Les deux comédiens Jacques Gamblin et Denis Podalydès insistent sur le fait que Le Premier homme est un film qui pose la question du retour à ses racines. Par ailleurs, Denis Podalydès est lui-même fils de Pieds-Noirs (4), mais ne s’était jamais rendu en Algérie avant le tournage du Premier homme.
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pieds-Noirs

Gianni Amelio a trouvé des similitudes troublantes entre le personnage de Jacques Cormery/Albert Camus et sa propre histoire : nous avons en commun l’absence du père, le fait d’avoir vécu aux côtés de deux femmes au caractère très fort, comme ma grand-mère et ma mère qui sont un peu les miroirs de celles de Camus. Ensuite, avoir connu une enfant extrêmement pauvre, et malgré cela savoir réagir, du fait d’une ambition personnelle, ou plutôt (...) d’un instinct, d’une rage, d’un refus de la fatalité. Il y a eu un ressort en moi qui m’a poussé à étudier, un peu comme le jeune Camus. Et tout comme lui, j’ai eu la chance de rencontrer un enseignant à l’école élémentaire qui a eu un rôle déterminant, raconte le réalisateur.

Le personnage de M. Bernard, le maître d’école de Jacques Cormery, a une importance toute particulière. En effet, ce professeur, dans la vraie vie, a joué un rôle décisif dans la destinée de Camus, puisqu’il est le premier à avoir repéré son talent. Par ailleurs, lorsqu’Albert Camus a reçu le prix Nobel en 1957, c’est à son enseignant, Louis Germain (5), qu’il a dédié son discours.
(5) http://www.deslettres.fr/lettre-dalbert-camus-son-instituteur-je-vous-embrasse-de-toutes-mes_forces/

Gianni Amelio a pris la liberté d’ajouter des personnages à son adaptation : ainsi, il a créé le personnage d’Amoud, qui est dans le film un camarade de Jacques Cormery, et celui d’Aziz, un terroriste. Le personnage du maître d’école, M. Bernard, a été également beaucoup modifié, rendu plus moderne dans ses positions autant que dans sa manière d’enseigner.

Par rapport au roman, la partie consacrée aux années 50 est beaucoup plus développée dans le film, puisque, comme le soulève Gianni Amelio, dans le livre, il ne consacre que trente pages sur trois cents aux années cinquante ; dans le film, elles représentent à peu près la moitié du métrage. Le cinéaste rappelle que le roman de Camus est resté inachevé et que, peut être, s’il l’avait terminé, les parties 1920 et 1950 auraient été équilibrées davantage.

Pour le réalisateur du Premier homme, le dernier livre de Camus contient un réel propos politique : il constitue une prise de parole de l’écrivain au moment où son absence de prise de position intellectuelle créait la polémique : je me suis complètement éloigné de l’idée (...) que c’était un livre nostalgique. Je pense au contraire que c’était un véritable acte, celui d’un homme, en proie à de violents déchirements, dans un moment historique précis, indique Gianni Amelio, en précisant : pendant la guerre d’Algérie (6), (...) Camus qui est un homme seul, accablé à la fois par l’intelligentsia et par toutes les forces extrêmes engagées dans ce conflit, choisit de parler de son enfance dans cette même Algérie, (...) pour suggérer que cette période portait déjà les germes de ce qui allait s’accomplir dans la violence trente ans plus tard.
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27Alg%C3%A9rie

Le Premier homme a été sélectionné pour être projeté dans plusieurs festivals, en 2011 (à Dubaï et à Toronto) et 2012 (à Los Angeles, à Hong Kong, et à Bari en Italie). Sorti en Italie ainsi qu’au Japon en 2012, ce n’est pourtant qu’au début de 2013 qu’il est sorti en salles en France. Au Festival international du film de Toronto, le film a reçu le prix de la critique.

Gianni Amelio
Né le 20 janvier 1945 à San Pietro di Magisano (province de Catanzaro).
Assistant de Liliana Cavani, Vittorio De Seta et d’autres réalisateurs dans les années 1960, il devient réalisateur pour le petit écran et pendant plusieurs années réalise des téléfilms remarqués par la critique...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gianni_Amelio

Albert Camus
Né le 7 novembre 1913 à Mondovi (Algérie), décédé le 4 janvier 1960 à Villeblevin (Yonne).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Camus
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/le-premier-homme-drame,182709-note-106235

Yves Cape
voir fiche du film Escalade
http://www.citebd.org/spip.php?film679

Franco Piersanti
http://fr.wikipedia.org/wiki/Franco_Piersanti

Jacques Gamblin
voir fiche du film Le Nom des gens
http://www.citebd.org/spip.php?film455

Catherine Sola
http://www.imdb.com/name/nm0812568/

Maya Sansa
voir fiche du film La Belle vie
http://www.citebd.org/spip.php?film1236

Denis Podalydès
voir fiche du film Les Conquérants
http://www.citebd.org/spip.php?film1143

Nicolas Giraud
Né le 12 novembre 1978 à Saintes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Giraud

Jean-Paul Bonnaire
voir fiche du film Mobile home
http://www.citebd.org/spip.php?film879

Jean-François Stévenin
voir fiche du film Comme un lion
http://www.citebd.org/spip.php?film971

Regis Romele
http://www.imdb.com/name/nm0739206/

Michel Cremades
Né le 23 mars 1955 à Kouba (Algérie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Cr%C3%A9mad%C3%A8s

extrait(s) de presse

Le Nouvel obs - Porté par des interprètes formidables de chaleur et de justesse et par une mise en scène vibrante d'empathie, "Le Premier Homme" est un bel hommage à la douleur des deux camps...
Positif - "Le Premier Homme", (...), demeure un film étrange. On est à mille lieues du biopic...
Télérama - Voilà matière à des portraits réussis, les comédiens apportant à la fois une sensibilité et une force à même de faire d'eux les figures marquantes de toute une vie...
Le Monde - (...) Le film de Gianni Amelio suit à la lettre les préceptes les plus désuets de la mise en images. Lumière impeccable, interprétation compassée (...) musique de bon goût donnent au moins envie de revenir au texte...
Fiches du cinéma - Amelio adapte le dernier roman inachevé : le résultat est compassé et scolaire. Mais les acteurs sont excellents...
Abus de ciné - Le film dépasse le simple statut de chronique pour se concentrer sur le sensible et l'humain...
Cinevibe - L’adaptation du roman de Camus, bien qu’imparfaite, reste honorable et donne envie de se plonger ou de se replonger dans son œuvre pour laquelle il a eu le prix Nobel de la littérature en 1957.
Le Télégramme - On ne peut qu'inciter le public à aller voir cette très belle réalisation.