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les trois soeurs du yunnan

三姊妹, San Zimei
Hong kong, France - 2012 - 2h33
sorti en France le 16 avril 2014
prix Orizzonti Mostra de Venise 2012 - Montgolfière d'or, prix du public Festival des Trois Continents
documentaire - version originale sous-titrée en français
de

Wang Bing

séances : semaine du mercredi 21 mai 2014
mercredi 21 jeudi 22 vendredi 23 samedi 24 dimanche 25 lundi 26 mardi 27
18:00
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synopsis

Trois jeunes sœurs vivent dans les montagnes de la Province du Yunnan, une région rurale et isolée, loin du développement des villes. Alors que leur père est parti en ville pour chercher du travail, Ying,10 ans, s’occupe seule de ses soeurs Zhen, 6 ans, et Fen, 4 ans...

notes de production

Le réalisateur chinois Wang Bing s’intéresse de nouveau à la condition humaine dans une Chine à deux facettes. Après l’historique A l’ouest des rails (1) traitant de la condition des ouvriers dans un quartier pauvre (le film dure plus de neuf heures !), et des films de fiction comme Le Fossé (2), il s’intéresse ici à la condition des paysans en suivant le chemin de trois petites filles qui doivent trouver leur place dans une Chine qui s’industrialise.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_l%27ouest_des_rails
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Foss%C3%A9_%28film%29

Le geste documentaire de Wang Bing est d’une simplicité déconcertante. Voilà pourtant maintenant dix ans qu’il nous fascine avec sa façon de regarder la Chine en face et, plutôt que de simplicité, c’est de tact cinématographique dont il faudrait parler, celui qui lui a permis de s’infiltrer dans des collectivités pour mieux révéler la déliquescence d’une certaine frange du peuple chinois (les ouvriers de A l’ouest des rails ou les chauffeurs routiers et négociateurs de L’Argent du charbon (3) mais aussi d’approcher des individualités, tantôt pour combler un déficit d’histoire de la parole (Fengming, chronique d’une femme chinoise) (4), tantôt pour dresser le portrait d’un ermite travaillant à sa survie, par le mutisme (L’Homme sans nom) (5). Dans Les Trois Sœurs du Yunnan, cette question du tact, qui n’est autre que celle de la déontologie, se pose avec d’autant plus d’acuité que Wang Bing filme des enfants vivant dans une extrême pauvreté. (...)
(3) http://www.cineclubdecaen.com/realisat/wang/argentducharbon.htm
(4) http://www.capricci.fr/fengming-chronique-femme-chinoise-2007-wang-bing-13.html
(5) http://cinemadocumentaire.wordpress.com/2011/02/20/lhomme-sans-nom-wang-bing/
(...) Il convient tout d’abord de rappeler l’extrême humilité dont fait preuve le cinéaste. Elle se manifeste à chaque plan du film mais dans la manière de se faire accepter dans le village où il a choisi de tourner, dans la famille privilégiée, enfin auprès des trois jeunes sœurs en question. On sait que Wang Bing s’est rendu pour ce film à plusieurs reprises et sur un laps de temps important à Xiyangtang, village montagneux du Yunnan (province du Sud Ouest de la Chine) perché à 3200 mètres d’altitude, et qu’il y contracta d’ailleurs le mal des montagnes, le contraignant à ralentir son travail. Il y a donc patiemment filmé le quotidien des trois jeunes sœurs vivant quasiment en autonomie et en a tiré un premier film dès 2009. Happy valley est un court métrage (17 minutes) réalisé dans le cadre d’un projet de correspondances filmées initié par le Centre Culturel Contemporain de Barcelone. Wang Bing , pour l’occasion associé à Jaime Rosalès, filme donc Xiyangtang mais sans privilégier les trois sœurs qui n’apparaissent que dans une seule scène, montrant les activités quotidiennes de villageois qui survivent grâce à la pomme de terre et à l’élevage. Dans ce film, comme dans Les Trois Sœurs du Yunnan, il n’est effectivement question que de survie et le cinéaste la restitue sans misérabilisme, avec les qualités du regard qu’on lui connaît, trouvant la bonne distance, se « contentant », prenant le temps, d’observer et d’accompagner ses personnages dans une apparente passivité. Il ne pose certes aucune question, n’apparaît jamais dans le cadre, n’ajoute aucun commentaire off ni aucune musique additionnelle, mais il est bien là. Simplement sa présence s’exprime autrement, subrepticement grâce à une forme d’intuition qui fait qu’il finit toujours par trouver la bonne place, ni trop loin, ni trop près, laissant toujours à ses personnages un espace (vital) ne les contraignant pas à un dispositif dont ils deviendront prisonniers, saisissant au passage toute opportunité d’ordre esthétique. Wang Bing n’est pas un documentariste de la maîtrise absolue d’un réel qu’il ne manipule que très peu. Alors si prises de vue et mise en scène ne suffisent pas, c’est au montage que le regard sera affiné, dans une opération animée par les mêmes préoccupations éthiques. (...)
Antony Fiant in Images documentaires n° 77 (juillet 2013)

Entretien avec Wang Bing
Comment avez-vous rencontré les trois sœurs ?
En 2009, j’ai voulu aller me recueillir sur la tombe d’un ami romancier enterré sur les hauteurs d’un village, Xiyangtan, dans le Yunnan, au Sud-Ouest de la Chine. J’ai rencontré Fen, Zhen et Ying par hasard, sur le chemin de la descente – comme j’avais aussi rencontré au bord de la route « l’homme sans nom ». Je les ai saluées, nous avons commencé à discuter. Ce qui m’a frappé c’est que ces trois petites filles étaient seules, livrées à elles-mêmes. Lorsque j’ai pu aller dans leur maison, cette première impression a été confirmée : il n’y avait pas trace des parents. J’ai été particulièrement impressionné par l’aînée, Ying, qui avait l’air d’une adulte – pas d’une enfant privée d’enfance : ceci est son enfance. Elle est de- venue le personnage principal du film. Lors de ma première visite chez elles, j’étais un peu malade car le village est en haute altitude ; elles m’ont préparé des pommes de terre, – pas de mouton, car elles ne l’élèvent que pour le vendre... Je n’ai pas pu rester longtemps, j’avais de la route à faire. Quand, un an et demi plus tard, la chaîne Arte m’a proposé de réaliser un film, j’ai repensé à ma rencontre avec ces filles dans ce village et décidé d’en faire le sujet du film.2 Elles étaient d’accord, même si elles n’avaient pas vraiment d’opinion sur le fait d’être filmées. Elles savaient ce qu’était une caméra...
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/les-trois-soeurs-de-yunnan-documentaire,267523

Wang Bing
http://fr.wikipedia.org/wiki/Wang_Bing

extrait(s) de presse

Le Monde - Certes, son film est cruel comme peut l'être l'existence de ces fillettes. Mais le documentariste a-t-il pour rôle d'intervenir dans la vie de ceux qu'il filme ? C'est là le sens de la démarche humaniste de Wang Bing, rendre visibles ceux dont l'histoire ignore jusqu'à la présence...
Le Nouvel obs - Mais non, en vérité, car si les images de Wang Bing sont sublimes, et elles le sont absolument, c'est surtout parce qu'en aucune manière elles n'ont vocation à l'être...
Libération - A sa manière habituelle, Wang Bing scrute patiemment cette réalité avec une sidérante ampleur du regard, une intelligence de ce qu’il filme, un sens inouï à faire surgir la douceur face à tant d’indigence et de rudesses...
Critikat - En refusant le morcellement pour, très concrètement, laisser la vie couler à l’écran, Wang Bing fait un peu plus que de seulement synchroniser le déroulement de la pellicule avec celui de la vie : il instaure, comme a son habitude, un rapport direct au monde...
La Croix - Une plongée vertigineuse dans une campagne chinoise reculée, au plus près de la vie d'une famille pauvre de paysans, par l'un des plus grands documentaristes chinois. Ce film époustouflant, porté par des images d’une beauté et d’une texture très particulières, transporte le spectateur (...)
Les Inrocks - Absence totale de jugement moral, sens du cadre, du rythme, du récit, sens de l’humain surtout, Wang Bing est un grand cinéaste de l’ontologie, qui crée une histoire avec du réel (la définition même de la modernité), du romanesque avec des anecdotes et la seule aide de sa caméra.
Positif - Chez Wang Bing, il ne s'agit pas d'une enfance gâchée, mais de la cassure de l'enfance même. Derrière la réalité de l'enfance anéantie se dessine le chagrin enfoui de l'abandon. Cinéma pur.
Télérama - Dépaysement absolu. Impression de basculer dans un autre siècle, d'être loin de tout. Voici une Chine inconnue, la province reculée du Yunnan, à 3 200 mètres d'altitude. [...] la vie ne cesse de circuler. Au-delà du caractère aberrant de certaines situations, c'est bien un sentiment d'énergie qui domine.