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Heimat 2, l’exode

Die andere Heimat, chronik einer Sehnsucht (part 2)
Allemagne - 2013 - 2h08
sorti en France le 23 octobre 2013
film - version originale sous-titrée en français
de

Edgar Reitz

séances : semaine du mercredi 15 janvier 2014
mercredi 15 jeudi 16 vendredi 17 samedi 18 dimanche 19 lundi 20 mardi 21
14:00*
20:45
séance spéciale :
* Festival Télérama / Afcae du 15 au 21 janvier 2014. En échange du Pass, complété de vos noms et adresses, une carte valable pour 2 personnes durant toute la durée de la manifestation vous sera remise à la caisse du cinéma. Sur présentation de cette carte, tous les films du festival Télérama / Afcae sont au tarif de 3 euros la place (par personne). Tarif unique 3 euros pour tous grâce au Pass (valable pour 2 personnes) à découper dans le magazine Télérama des 8 et 15 janvier 2014 - séances Ciné passion 16 au Club de Barbezieux le 18 à 18h00, le 19 à 16h00, le 21 à 18h00.

synopsis

voir fiche du film [{Heimat 1, chronique d'un rêve}->http://www.citebd.org/spip.php?film1191]"

notes de production

Propos de Edgar Reitz
On a souvent répété que les causes de l’émigration étaient la faim et la misère sociale. Mais nous savons aujourd’hui que c’est seulement une partie de la vérité. Il est exact qu’autour de 1840, il y a eu des récoltes catastrophiques, que la faim, l’absence de liberté, les impôts insupportables et les privilèges exorbitants des seigneurs locaux torturaient les gens – mais dans ces années-là on vit aussi apparaître une idée totalement nouvelle qui s’empara des esprits et les incita à l’action : l’idée que chacun a droit à son propre bonheur. Pendant des siècles, il avait fallu s’accommoder du sort que le destin avait réservé à chacun. On ne connaissait pas autre chose. L’Eglise et les autorités avaient constamment inculqué l’humilité et la soumission, jusqu’à ce que l’annonce de la Révolution des Français atteigne le pays, bientôt suivie des troupes de Napoléon qui mirent à bas les vieilles structures de pouvoir et gouvernèrent pendant des années le Hunsrück, le Palatinat et la Rhénanie selon les règles rationnelles de l’état français.
Notre film parle de sentiments et de faits. De la capacité de l’homme, à diriger sa vie en fonction de ses utopies, de l’image intérieure d’un paradis, à se libérer du cadre prédéterminé de son existence et des contraintes sociales apparemment imposées par le destin, voilà qui est à nos yeux un de ses élans les plus productifs.
Nous dédions ce film à tous ceux qui suivent leurs rêves.

Lorsque j’eus terminé la trilogie Heimat, j’écrivis en 2007 un avant-projet dans lequel je cherchais une forme narrative qui conviendrait à ce sujet historique. Au fil de mes investigations, je me suis retrouvé face à un aspect auquel les historiens n’avaient guère accordé d’attention : les allemands qui ont émigré au milieu du 19ème siècle, appartenaient à la première génération de ruraux alphabétisés. La Prusse, dont les frontières englobaient depuis 1815 le Hunsrück (1), avait introduit immédiatement la scolarité obligatoire généralisée. La plupart des enfants nés après 1810 apprirent donc à lire et à écrire. Dans les régions rurales en particulier, l’alphabétisation progressa tellement en quelques années, qu’on vit apparaître une génération nouvelle : ces jeunes gens en savaient plus sur le monde que ce que tradition, catéchisme et malice paysanne pouvaient leur transmettre. Les connaissances en géographie, en histoire, et en politique avaient depuis lors considérablement augmenté, tandis qu’en même temps les gens étaient de plus en plus conscients de l’étroitesse de leur propre pays et de son absence de perspectives. A l’époque du romantisme allemand et de l’éveil des idéaux de liberté régnait un climat intellectuel et social nouveau dans lequel la grande vague d’émigration puisa sa dynamique.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Hunsr%C3%BCck

À l’aide de ces connaissances, j’ai essayé de trouver le ton juste pour parler de ce mouvement d’émigration. Mon hypothèse est que la connaissance a été radicalement modifiée par la lecture. Même le paysan du Hunsrück savait dorénavant que la terre était ronde, qu’il existe d’autres climats et des pays où les régimes de propriété étaient différents. Ce savoir nouveau au sujet des peuples lointains a également stimulé l’imagination des gens : on a vu se répandre un imaginaire caractérisé par le romantisme et l’idéalisation du réel, qui trouvait ses sources dans la très abondante "littérature de voyage". S’ajoutait à cela le fait que le Brésil cherchait à attirer des émigrants.

L’empereur Dom Pedro II (2) envoyait ses troupes de recruteurs en Europe, et en particulier en Allemagne, dans les régions où vivaient des agriculteurs qui étaient en même temps des artisans qualifiés. Ceux-là étaient à même de faire face aux défis de la colonisation. Dans le Hunsrück, il y avait de nombreux petits exploitants agricoles indépendants qui peinaient à se nourrir avec la production de leurs fermes et devaient donc exercer un deuxième métier : ils étaient paysans et en même temps cordonniers, boulangers, forgerons, menuisiers, selliers, charrons ou tonneliers. Ces paysans - artisans étaient des colons parfaits dont le Brésil avait besoin.
Nous avons du mal, aujourd’hui, à nous représenter ce que signifie réellement l’émigration, car nous ne connaissons actuellement, en Allemagne, que l’autre face du problème : nous sommes nous-mêmes devenus un pays d’immigration. Nous voyons arriver chez nous une foule de gens originaires des régions pauvres de l’Afrique et de l’Asie, qui cherchent à se construire ici une nouvelle vie. Quitter son monde de toujours demande une force énorme. Couper le lien affectueux non seulement avec ses proches, mais aussi avec le paysage familier et avec toutes ses habitudes de vie, c’est très difficile et tout le monde n’en est pas capable. Mais lorsque le départ devient un mouvement de masse, tous se rendent compte que ce lien est devenu plus faible. Ce jour, ils sont capables de dire tout simplement : "moi aussi, je pars". Cette pensée a donné une direction nouvelle à mon travail sur le sujet : le personnage de Jakob Simon, un jeune paysan du Hunsrück, qui lit des livres et se crée son propre univers de savoir et de rêves. Ma première version avait pour titre Le Paradis dans la tête. Je ne voulais pas seulement faire ainsi allusion aux rêves de Jakob mais aussi à ces représentations d’un monde meilleur, que la lecture des romans d’aventure fait naître dans sa tête.

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_II_du_Br%C3%A9sil

Dans mon journal, on trouve à la date du 3 février 2011 la note suivante : LE SCÉNARIO EST FINI ! Je me souviens très bien de l’atmosphère du jour où j’ai osé écrire cette phrase si lourde de conséquences. Plus de deux ans s’étaient écoulés depuis que j’avais noté les premières esquisses et commencé mes recherches sur le sujet. Depuis un an, j’élaborais avec Gert Heidenreich la forme narrative appropriée. Enfin nous pouvions considérer le scénario comme achevé et le présenter aux producteurs.

Que signifiait pour nous de tourner un film historique ? Fin juillet 2011, nous entreprîmes le premier voyage de repérages dans le Hunsrück. Quelques jours plus tard, nous revenions à Munich, très affectés par le dur retour à la réalité : nous n’avions pas trouvé un seul décor nous donnant le sentiment qu’à l’aide des corrections et compléments habituels il était possible d’obtenir une image crédible de l’époque concernée. Il y avait bien là quelques maisons à colombages, églises ou murs de château des XVIIIème et XIXème siècles en bon état, mais à chaque fois, il manquait l’environnement. Nulle part on ne voyait l’ensemble organique d’une vie de village et, plus décourageant encore, de zélés protecteurs du patrimoine avaient transformé, par des restaurations à la mode, des édifices historiques en coulisses nostalgiques qui auraient poussé notre film vers une idylle insupportable.
Les multiples repérages des mois suivants donnèrent des résultats encore plus décourageants. Nous en arrivâmes à nous demander sérieusement si nous ne devions pas chercher un village approprié en Europe de l’est, et s’il y avait encore sur cette planète des régions où le temps se serait arrêté, il y a un siècle. Il nous parvenait même une légende selon laquelle les descendants actuels des paysans émigrés du Hunsrück, au fin fond du Brésil, auraient conservé les anciennes coutumes et seraient restés à l’écart des progrès de la civilisation. La réalité était tout autre : même les villages du Rio Grande do Sul étaient autant marqués par les bienfaits de la technologie moderne que n’importe quel village du Hunsrück d’aujourd’hui.

C’est le résultat de cette accumulation d’expériences qui nous a fait prendre conscience du fait – pourtant assez évident - qu’il est impossible de revenir vers une époque passée par les moyens de notre film. Mais nous voulions davantage encore : nous voulions trouver notre propre point de vue et redéfinir le concept de film historique. Nous connaissions bien sûr la façon dont la tradition internationale du cinéma a traité les sujets historiques. Qu’avaient à voir avec la Rome antique des films comme Spartacus (3) ou Cléopâtre (4) ? Qu’est-ce qui était exact, en termes d’images de la vie d’une époque, dans des films tels que Birth of a nation (5) de Griffith ou La Prise de pouvoir par Louis XIV (6) de Rossellini ? Plus un film nous semblait convaincant sur le plan artistique, plus nous doutions que le réalisme ait une importance quelconque. Même des films historiques se passant au XXème siècle, comme le merveilleux La Nuit de San Lorenzo (7) des frères Taviani, montrent bien que la question "est-ce que c’était vraiment comme ça ?" est au fond sans objet.
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Spartacus_%28film,_1960%29
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9op%C3%A2tre_%28film,_1963%29
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Naissance_d%27une_nation
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Prise_de_pouvoir_par_Louis_XIV
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Nuit_de_San_Lorenzo

La seule chose que l’on remarque en visionnant des films du genre "historique", c’est le style historisant des images. Presque tous ces films se complaisent dans la séduction des couleurs, des costumes, des uniformes, des attelages de chevaux et des décors imposants. Il existe depuis longtemps un univers historique parallèle, installé dans notre conscience par le cinéma. L’esthétique des studios américains et européens a davantage effacé les images historiques qu’elle n’a contribué à combler les lacunes de la mémoire par des souvenirs cinématographiques. Un film historique est la plupart du temps un document sur notre façon actuelle de considérer l’histoire. La plupart des films sont des falsifications. Il se contente de transposer nos angoisses et désirs actuels dans le décor d’une autre époque.

Arrivés à ce point de nos réflexions, nous décidâmes en août 2011 de construire le décor du village de "Schabbach" au village de Gehlweiler, et par conséquent de transformer tout le village en décor de cinéma. Notre chef décorateur Toni Gerg nous encouragea également à fabriquer tous les intérieurs présents dans le scénario avec ses moyens d’un art artisanal. L’ambition de Toni était d’exploiter la connaissance intime des traditions villageoises et des savoir-faire artisanaux pour recréer tous les détails, comme seuls les gens d’autrefois auraient pu le faire. Une attention toute particulière devait être portée aux matériaux disponibles dans le Hunsrück, tels que la glaise, l’ardoise, la paille, l’osier, le bois ou encore le fer forgé à la main, les outils ou les chariots. Ces travaux ont été une véritable aventure, et pas seulement pour notre équipe de construction dirigée par Toni : tous les habitants de la commune de Gehlweiler ont dû renoncer pendant six mois à l’usage de la grand-rue et leurs chemins habituels.

Pour notre reconstruction, nous nous sommes basés sur le cadastre, héritage du passé de Gehlweiler : nous avons recouvert les maisons existantes avec nos éléments anciens : façades, portes, fenêtres et toitures. Ainsi, ces bâtiments actuels sont devenus de guingois, imbriqués entre eux d’une façon qu’on ne peut plus expliquer, parce qu’elle relève d’un mode d’occupation des sols datant d’un passé inexploré.

Mais pour moi ce qui a vraiment fertilisé cette atmosphère, c’est que ce village de "cinéma" était réellement habité. Les habitants des maisons transformées se sont impliqués de manière admirable dans le tournage, et presque tous sont devenus en tant que seconds rôles ou figurants, des "co-habitants" de ce Schabbach fictif.
Toni Gerg et son équipe ont travaillé jour et nuit pendant des mois. Et au premier jour du tournage, ils ont pu mettre à notre disposition le village complet. Et ce n’était pas seulement des façades, des rues et des cours : il y avait aussi de la vie dans les maisons. Dans les étables et dans la rue vivaient les vaches, les cochons, les chevaux, les chèvres, les brebis. Il y avait aussi les animaux de basse-cour : oies, canards et poules qui vagabondaient librement entre les acteurs et qu’il fallait nourrir, soigner et surveiller en dehors des heures de tournage
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http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/heimat-2-l-exode-drame,301088