D’emblée plusieurs questions se posent : que recouvre l’appellation "roman graphique" ? En quoi les ouvrages que l’on regroupe dans cet ensemble différent-ils des bandes dessinées ? Selon Joseph Ghosn l’expression désigne des ouvrages dont les thématiques, toujours plus complexes, adultes, sophistiquées, politiques, et dont les formats de moins en moins conventionnels, les placent hors des normes classiques de la bande dessinée. Toujours selon l’ancien chroniqueur bande dessinée des Inrockuptibles, le parangon ultime de la bande dessinée classique serait le Tintin de Hergé qui aurait fixé les standards à partir desquels une BD est aujourd’hui envisagée par un large public. L’ambition littéraire des bandes dessinées regroupées dans ce livre, le travail d’auteur qu’elles offrent, feraient que l’on ne puisse plus les considérer selon les critères qui caractérisent les "bandes dessinées classiques". Quoi de commun en effet entre Persépolis de Marjane Satrapi et les Tuniques bleues, entre Maus d’Art Spiegelman et Michel Vaillant de Jean Graton ? D’où cette tentation de désigner ces livres par cette expression de "roman graphique" qui "dit autre chose que "bande dessinée", emmenant vers une perception plus globale, mêlant art et dessin". A partir de cette approche qui d’ailleurs déborde la définition ordinaire des romans graphiques (dont la tradition est plus ancienne que ne l’écrit l’auteur (sur ce sujet voir ici), Goshn dresse une liste des plus pertinentes, d’ouvrages entiers, européens, américains et asiatiques, qui ont fortement marqué l’art de raconter en images dessinées ces quarante dernières années. Cette compilation de livres, intelligemment commentés, présentés dans la chronologie de leur parution, permet de dresser la carte de la création et apporte des réponses aux questions "que faut-il lire ? ; par quoi commencer ? " (un précieux guide d’achat en somme). La longue introduction justifiant ces choix, les situant dans une perspective historique et esthétique, vaut à elle seule que l’on s’intéresse à Romans graphiques. On pourra toujours déplorer des manques ( on aurait aimé voir Ethel et Ernest de Raymond Briggs, La Nuit de Philippe Druillet, des ouvrages pour la jeunesse...) ou s’étonner de la présence de certains ouvrages un peu surfaits ( ils sont peu nombreux). Que l’on commence à dresser sa propre liste est le signe que l’ouvrage de Joseph Ghosn a tous les atouts pour devenir un livre de référence. (J-Ph M)



























