Le musée est un lieu de mémoire, de patrimoine, de culture, un lieu où sont conservées, classées, triées les œuvres de l’homme ou de la nature, un lieu de la culture noble par tradition.
La bande dessinée, quant à elle, est une forme de création foisonnante, difficile à définir, à cheval entre les arts graphiques et les arts littéraires, un art populaire longtemps cantonné au monde de l’enfance et perçu en tant que tel comme une sous-culture.
Cela ne l’a pas empêché ensuite de devenir synonyme d’une forme de subversion et de contre-culture. La bande dessinée, c’est également un phénomène culturel complexe dont les dimensions économiques, techniques, sociologiques et idéologiques n’ont cessé de varier avec les époques.
C’est enfin une forme artistique qui semble ne pas pouvoir se laisser dompter, se laisser apprivoiser si facilement par une quelconque définition ou classification. C’est pourtant la mission que se sont donnés tous ceux qui ont forgé le projet du musée de la bande dessinée, et œuvré à son accomplissement.
exposer de la bande dessinée, qu’est-ce que cela signifie ?
L’original de bande dessinée présente à bien des égards un statut particulier : ce n’est qu’une matrice, un moule destiné au produit final qu’est l’imprimé (revue, album, etc.).
En outre, la planche ne constitue généralement qu’un fragment d’une œuvre plus vaste. Mais elle est également une œuvre en soi et un formidable témoignage du travail de l’auteur, permettant de revenir à l’acte créateur initial, révélant les repentirs, corrections, retouches, « rustines », qui sont autant de signes du parcours qu’effectue l’auteur dans la construction de ses images, de sa page, de son récit.
À ce sujet, le musée opère sur les planches de bande dessinée le même effet que sur tout autre objet de musée : il le détourne de sa fonction initiale .
Ici la planche, qui n’est supposée être qu’une étape dans la création de l’imprimé, est détournée, afin d’être admirée en soi, pour le travail de l’auteur, la qualité du trait qui y apparaît. Plus qu’un simple feuillet prélevé dans un manuscrit, la planche est une création artistique à part entière, qui obéit à une composition interne parfois très sophistiquée.
La faire entrer au musée, c’est reconnaître sa qualité intrinsèque et sa valeur patrimoniale. (AL)

















