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label images : un colloque sur les êtres contrefaits dans la bande dessinée

appel à communications, jusqu’au 15 avril 2015

Après Bulles sanglantes, le crime dans la bande dessinée La Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de l’Université de Poitiers, en collaboration avec la Cité propose un nouveau colloque international dans le cadre du Label image « Rencontres à Angoulême ». Intitulé "Les êtres contrefaits" il portera sur la représentation des corps difformes et corps grotesques dans la bande dessinée et se tiendra à la Cité les 2, 3 et 4 décembre 2015. Retrouvez ici l’appel à communications.

les êtres contrefaits

Corps difformes et corps grotesques dans la bande dessinée
colloque international
Angoulême – 2, 3 et 4 décembre 2015
Organisé par Frédéric Chauvaud et Denis Mellier
MSHS (axe 3) – Université de Poitiers
Label image « Rencontres à Angoulême »
Cité internationale de la Bande dessinée et de l’image
Avec le soutien du Criham et du Forell

appel à communications
Les corps bossus, estropiés, grimés abondent dans la bande dessinée mais ils n’ont jamais fait l’objet d’une étude spécifique. Si les zombies prolifèrent depuis peu, les super héros envahissent les planches depuis plusieurs décennies, quant aux cirques et à leur cortège d’êtres singuliers, ils n’ont pas été absents des planches des années 1920. Sans doute peut-on faire l’histoire de la bande dessinée, par genre, par période, par support, par mise en pages. Mais qu’elle soit histoire en images ou récit graphique, la bande dessinée est un objet culturel de plus en plus visible. Le décor, les personnages, les couleurs peuvent retenir l’attention mais il est possible de faire l’histoire de la bande dessinée par rapport aux représentations visuelles du corps. Dénudés, engoncés dans des vêtements trop amples, esthétisés, présentés de manière hyperréaliste les corps humains se succèdent d’une case à l’autre. Le corporel, qui peut être défini comme le discours sur le corps, informe sur les sensibilités d’une époque. L’entrée la plus révélatrice est sans aucun doute celle des représentations hors normes, c’est-à-dire ici des corps difformes ou grotesques. Dans les planches de Winsor McCay, Flip et Impy qui accompagnent souvent Nemo, peuvent apparaître comme des êtres contrefaits, ce qui pose la question des limites. De même, nombre de personnages dessinés à la fin du XXe siècle par Jacques Tardi ou Enki Bilal appartiennent assurément à cette catégorie.

La présente manifestation n’entend pas se consacrer aux gnomes et aux monstres. Les corps difformes et grotesques sont d’abord ceux qui ne se situent pas dans la norme. Usuellement, la norme peut être considérée comme un « modèle juridique d’exclusion ». Selon Michel Foucault devenir sujet c’est s’exposer à la production d’une norme ; être sujet c’est appartenir à un groupe ou à une collectivité, « à un certain “ nous” ». Nul doute qu’une norme biologique ou physionomique correspond souvent à une norme sociale et culturelle. Mais la norme correspond aussi à un principe d’intégration. Il faut être dans la norme, mais il existe aussi des microsociétés d’êtres infâmes ou difformes qui s’opposent à la société des corps ordinaires ou normaux. A l’intérieur, il n’y a pas d’exclusion, seulement des différences.

Pour examiner cet univers des êtres contrefaits, quatre entrées ont été retenues.

I. Corps dangereux.
Les corps difformes et grotesques sont d’abord perçus comme incarnant un risque. Leur seule existence, par leur étrangeté, constitue une menace. Énormes, atrophiés, bancals... ils semblent vouloir se jeter sur les plus isolés ou les plus vulnérables. La peur de ce qui est différent s’avère une constante des attitudes, mais davantage que l’étranger ou l’Autre, ils représentent une menace. Druillet, Moebius mais aussi Jean-Claude Mézières et Pierre Christin ont empli leurs planches de ces personnages qui peuvent s’avérer redoutables.

II. Corps ridicules.
Incongrus, maladroits, inadaptés, des corps à peine fonctionnels mais pourtant là, font sourire. Mais il s’agit souvent d’un rire mauvais, gêné, à moins que derrière le ridicule, ne se loge l’émotion plus ambivalente du grotesque. Ce sont alors des corps repoussants mais fascinants, mêlant des éléments hétérogènes, des corps composites que le dessin suscitent entre norme et animal, empruntant aux règnes et aux catégories pour nourrir alors l’ambiguïté foncière des regards que nous posons sur eux : des regards faits tout à la fois de désir et de crainte, d’attraction et de répulsion. Le corps du Blast de Mathieu Larcenet est de ceux là, les incarnations nombreuses des villains des comic books également, Joker ou Pingouin.

III. Corps rejetés.
Parce qu’ils ne répondent pas aux attentes et aux stéréotypes, les corps jugés adipeux, étiques, rabougris, tordus sont toujours des corps en trop. Trop penchés, trop gros, trop petits... ils ne correspondent pas aux normes usuelles. Ils peuvent prêter à sourire, mais trop juvéniles, trop vieux, trop bizarres, trop laids, ils sont soit dissimulés soit relégués. Les corps malades, accidentés ou amputés sont également masqués ou ostracisés. Dans des genres très différents, les strips de René Pellos, de Fred ou Gotlib apportent nombre d’illustrations de corps rejetés.

IV. Corps recherchés.
Il est aussi des corps singuliers, des corps d’exception qui excèdent la norme et les formes communes. Leur rareté fait le prix de leur proximité. Le désir qu’il suscite n’est pas à confondre avec celui d’une perfection formelle, mais provient plutôt d’un état autre de la chair. Leur séduction est intense et les formes nouvelles qu’ils révèlent attisent le voyeurisme, le désir de possession ou de collection. Les néocorporalités qui parsèment l’œuvre de Jodorowsky en sont en exemple tout comme les hyperboles corporelles que fantasment la bande dessinée érotique ou les corps appareillés des imaginaires steampunk.


Les propositions de communication (une page avec une courte présentation bio/biblio de 5 lignes) sont à adressée pour le 15 avril 2015 à :

- Frédéric Chauvaud (frederic.chauvaud@univ-poitiers.fr)
- Denis Mellier (denis.mellier@univ-poitiers.fr)
- Catherine Mâle (catherine.male@univ-poitiers.fr)

Les organisateurs prennent en charge les nuitées, les repas, les droits d’inscription et la publication des actes sous la forme d’un véritable livre.