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un nom pour le site castro : le vaisseau mœbius

en hommage à Jean Giraud/Mœbius (1938-2012)

Qu’Angoulême rende hommage à cet immense artiste qu’était Jean Giraud/Mœbius (1938-2012) s’impose comme une évidence.
Voilà un cas unique de double identité artistique : sous son vrai nom (ou son diminutif Gir), Jean Giraud a déployé un talent de dessinateur puissant, dont la générosité s’illustre avec éclat dans la série Blueberry, western de référence scénarisé par Jean-Michel Charlier et paru dans Pilote à partir de 1963. Parallèlement, sous le pseudonyme de Mœbius, il développe des univers plus spéculatifs (Arzach, Le Garage hermétique de Jerry Cornélius, la série John Difool avec Alexandro Jodorowsky), servis par un graphisme épuré et incroyablement élégant qui lui assure rapidement une réputation internationale.
Le Conseil d’Administration de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, réuni le jeudi 11 octobre 2012, a décidé de baptiser l’immeuble de son siège social, site historique du CNBDI, du nom de Vaisseau Mœbius. Cette décision a été confirmée par une délibération à l’unanimité du Conseil municipal de la Ville d’Angoulême, propriétaire du bâtiment, le mardi 11 décembre 2012.

Nombreuses sont les raisons qui légitiment un tel choix :
- la forme du bâtiment, alliant classicisme et futurisme, évoque le double visage de l’artiste ;
- sa double vocation (bande dessinée et cinéma) illustre la variété des talents de celui qui, parallèlement à son œuvre de bande dessinée, a travaillé pour le cinéma (affiches, costumes, décors…) et l’animation ;
- la présence en ses murs de la salle d’activités Le Garage hermétique (titre d’un livre phare de Mœbius) et de la salle de cinéma Laloux (du nom du réalisateur avec lequel Mœbius a collaboré sur Les Maîtres du temps) sont autant de références marquantes ;
- l’ancien musée a accueilli en 2000 la première grande rétrospective consacrée à Giraud/Moebius (Trait de génie), plus de dix ans avant celle de la Fondation Cartier à Paris ;
- la façade de l’avenue de Cognac est encore ornée d’une reproduction géante d’un dessin de Mœbius, « le Gardien », qui fut un temps le logo du CNBDI ;
- enfin, Jean Giraud a été le tout premier visiteur du nouveau musée de la bande dessinée, en 2009.

Par un tel « baptême », se présente une opportunité à multiples facettes :
- rendre hommage à un artiste majeur, Grand Prix de la Ville d’Angoulême en 1981 ;
- répondre au souhait formulé par de nombreux Angoumoisins et auteurs de bande dessinée ;
- enfin échapper à l’appellation (énigmatique pour le grand public) « Castro », du nom de l’architecte qui en a réalisé la transformation à la fin des années 80, Roland Castro.
Plutôt que « site », « bâtiment » ou « immeuble », « espace » ou « pôle », peu conformes à la nature exceptionnelle du bâtiment, la dénomination « vaisseau mœbius » est adaptée à l’édifice, évoquant les vaisseaux spatiaux de l’œuvre de Mœbius. C’est un nom fort, à la hauteur du caractère et de la personnalité du bâtiment. Par ailleurs, il ne manque pas de cohérence avec le nom d’une institution proche, le Pôle Image Magelis, dont le nom vient en partie de Magellan. Le navigateur et son collègue Corto Maltese (dont la statue se dresse sur la passerelle qui sépare le Vaisseau Mœbius du Musée de la bande dessinée) ont désormais leur vaisseau...

Une formalisation plus solennelle de ce baptême se déroulera en présence d’Isabelle Giraud à l’occasion du 40ème Festival international de la bande dessinée, le mercredi 30 janvier 2013, avec une programmation spécifique au cinéma de la Cité et l’exposition de portraits photographiques de Jean Giraud par Nicolas Guérin, qui l’a placé à plusieurs reprises devant son objectif.

les occupants du vaisseau

L’édifice conçu par Roland Castro à la fin des années 80, qui fut le bâtiment du CNBDI avant de devenir le siège de la Cité à partir de 2008, n’a rien perdu de sa vitalité depuis le déménagement en 2009 du musée de la bande dessinée et de la librairie de l’autre côté de la Charente, dans les Chais. Le Vaisseau Mœbius, propriété de la Ville d’Angoulême et mis à disposition de la Cité jusqu’en 2037, est une ruche où s’activent toute l’année près de deux cents personnes, fréquentée par des dizaines de milliers de visiteurs. 700 personnes s’y croisent donc quotidiennement.
Données 2011, issues du bilan d’activités de la Cité :

les espaces et leur affectation
bureaux : direction, administration, communication, technique…
bibliothèque : salle de lecture, prêt
cinéma : deux salles
restaurant et salle de réceptions
locaux techniques et réserves
écoles : enjmin, créadoc
espaces d’exposition : ancien musée, rotonde, galeries des niveaux un et deux

près de 200 personnes y travaillent
42 salariés de la Cité + gardiens, stagiaires, vacataires...
8 salariés des écoles + les enseignants et intervenants
130 étudiants des écoles
3 employés du restaurant + extras

plus de 500 personnes par jour le fréquentent

la bibliothèque
29 188 entrées
98 295 prêts
30 000 bandes dessinées en libre accès

le cinéma
55 796 entrées
223 films
2 246 séances

le restaurant
10 000 couverts le midi (hors privatif traiteur)

les expositions
Plus de 45 000 visiteurs sur le site

15 expositions gratuites sur le site dans l’année
Portraits d’auteures, photographies de Nicolas Guérin (5 janvier - 30 avril 2011)
Dominique Goblet : histoires invérifiables (26 janvier - 3 avril 2011) - avec l’Éesi
Baru : DLDDLT (27 janvier - 24 avril 2011) - 9eArt+
R’n’R antédiluvien : le rock à Baru (27 janvier - 24 avril 2011) - 9eArt+
Petite histoire des colonies françaises (27 janvier - 30 avril 2011) - 9eArt+
Portraits d’auteurs #4, photographies de Nicolas Guérin (3 mai - 28 août 2011)
Archipel, les auteurs en résidence (24 mai - 13 novembre 2011)
Chercher la vie : migrants en Guyane, photographies de Frédéric Piantoni (10 juin - 2 octobre 2011) - avec le Musée d’Angoulême
Regards d’école 2011 : I. ateliers de bande dessinée (5 juillet - 2 octobre 2011) - avec l’Éesi
Portraits d’auteurs #5, photographies de Nicolas Guérin (30 août 2011 - 6 janvier 2012)
Le Tableau : l’aventure du film (12 octobre 2011 - 2 janvier 2012)
Le Pays des images (21 - 23 octobre 2011) - 16000 Images
La Galaxie de l’animation (21 octobre - 13 novembre 2012) - 16000 Images
Mémoires de l’esclavage : les cases de Caraïbéditions (27 octobre - 31 décembre 2011)
Regards d’école 2011 : II. If Los Angeles don’t need you... (25 novembre - 15 déc 2011) - avec l’Éesi

les festivals et événements accueillis sur le site en partenariat
Global Game Jam (48 heures du jeu vidéo) (Enjmin)
Rencontres internationales (FIBD)
Forum des actions éducatives et culturelles (Cesca)
Film francophone d’Angoulême (FFA)
16000 Toons (16000 Images)
Ciné & Archi (Via Patrimoine)
Festival du Film court d’Angoulême
Festival Télérama / Afcae
Télécoles
Rencontres de mai des plieurs de papier

les formations sur le site
Stage bibliothécaires
Séminaire enseignants (avec le Preac BD – CDDP)
Masterprod (avec TigoboAnimation)
Faire de la médiation avec la bande dessinée (avec les Francas)

l’activité congrès sur le site
16000 images
Association des collectifs enfants parents professionnels (Acepp 16),
Antefilms Studio,
Association pour le droit de mourir dans la dignité (Admd),
Les Belles lettres,
Charente développement,
Charente tourisme,
Clinique Saint-Joseph,
Coop Atlantique,
DCNS,
ERDF-GRDF,
France Iron Tour,
Labio 16,
Logelia,
Macif,
Magelis,
Omega,
Pohlm Studio,
Véolia
...

jean giraud / mœbius

Jean Giraud (Fontenay-sous-Bois, 1938 – Paris, 2012), c’était cet auteur bicéphale dont le dessin virtuose ne s’est pas contenté de traverser la bande dessinée de ces cinquante dernières années mais en a anticipé et précipité les mutations. Auteur surdoué, il aurait pu être un personnage d’une de ses histoires d’univers symboliques et parallèles ressemblant à « un éléphant, un champ de blé ou une flamme d’allumette soufrée » dont il a eu le secret. En effet - cas unique en bande dessinée - tandis qu’à partir de 1963 sous un diminutif de son patronyme de naissance, Gir, il entreprenait de conquérir les lecteurs du journal Pilote comme dessinateur des Aventures du Lieutenant Blueberry, son double Mœbius naît simultanément dans les pages d’Hara-Kiri où il signe une série d’histoires courtes. Tout semble opposer les deux auteurs, au point que rares sont ceux qui devinent que sous Giraud, Mœbius vient de poindre !
Jean Giraud par Nicolas Guérin
Cousine du Jerry Spring de Jijé, qui fut le mentor de Giraud, Blueberry est une série qui s’inscrit dans la veine du western hollywoodien. Aux côtés de son scénariste Jean-Michel Charlier, il va la porter au faîte du genre, encore aujourd’hui indépassable, lui conférant avec le temps une dimension épique et crépusculaire d’un vérisme quasi photographique.
Mœbius, lui, investit la science-fiction, dévoile des mondes improbables nichés au plus profond de l’inconscient. En 1963 ses hachures et ses points serrés modèlent les formes. Douze ans plus tard Métal Hurlant, qu’il vient de créer avec Philippe Druillet et Jean-Pierre Dionnet, publiait l’envoûtante bande muette Arzach, avant d’enchainer, au fil des numéros un récit fleuve en noir et blanc sans queue ni tête dont le graphisme époustouflant changeait à vue : Le Garage hermétique de Jerry Cornélius, une performance artistique et le manifeste d’une nouvelle approche de la bande dessinée.
À la fin des années 1970, c’est la rencontre déterminante avec Alejandro Jodorowsky, un ancien du groupe Panique, sur un projet d’adaptation du Dune de Frank Herbert au cinéma. Le film ne verra pas le jour mais Mœbius venait de trouver le sage-homme capable de l’aider à accoucher du meilleur de lui-même tout en canalisant son génie. Ensemble ils feront Les Yeux du chat, remarquable récit muet empreint de mystique comme seul le géant saura en produire, et, à partir de 1981, L’Incal, saga de SF cosmico-symbolique relatant le destin messianique de John Difool et dans laquelle Mœbius atteint à la plénitude de son art.
Mœbius par Nicolas Guérin
Au sortir des années 1980 sa gloire est internationale : il a dessiné les costumes d’Alien de Ridley Scott, conçu le story-board des Maîtres du Temps de René Laloux, et s’est investi dans le film de Disney, Tron – une collaboration ininterrompue avec le cinéma comme en témoigne sa participation au film de Luc Besson, Le Cinquième élément. Une partie de ses ouvrages a été traduite et publiée aux États-Unis par Marvel et Stan Lee, figure historique du comic book, lui a même écrit des histoires du célèbre Silver Surfer.
Mu par une fascination quasi exaltée pour le trait, sa quête esthétique ne paraît jamais trouver matière à être apaisée : en 1983, concevant une bande dessinée publicitaire pour Citroën, Sur l’étoile, il engendrait déjà un nouveau Mœbius au dessin débarrassé des hachures, d’une pureté lumineuse qu’il imposera durant la décennie suivante avec la série Le Monde d’Edena (Casterman) ou ses travaux d’illustrateur (L’Alchimiste de Coelho), contaminent Blueberry et rendent moins étanche les deux univers. Ces dernières années la passion de Giraud-Mœbius pour l’œuvre du japonais Hayao Miyazaki et pour le manga devait enfanter de nouvelles expériences graphiques et narratives qui imprégneront la bande dessinée à un degré tel que l’œuvre de l’immense auteur qui vient de nous quitter incarnera encore longtemps une grande partie des possibles qui s’offrent toujours à elle.

jean giraud / mœbius et la cité

Grand Prix d’Angoulême en 1981, Jean Giraud était un familier du CNBDI puis de la Cité. Trois souvenirs nous viennent spontanément à l’esprit.
Le premier, c’est celui de la grande exposition que lui avait consacré le CNBDI en 2000, au titre si approprié (Trait de génie), qui s’attachait précisément à mettre en lumière les deux facettes de ce grand Janus du 9ème Art : Giraud/Mœbius, et pour laquelle il avait été d’une grande disponibilité. Il donnera aussi à l’établissement son « Gardien », qui orne encore le vitrage de la façade avenue de Cognac.
Le deuxième, c’est lorsqu’il fut en 2009 le tout premier visiteur du nouveau Musée de la bande dessinée d’Angoulême à peine achevé, quelques jours avant son ouverture. Il avait alors une nouvelle fois montré qu’il était non seulement un dessinateur de génie, mais aussi un grand amoureux du dessin des autres, qu’il savait admirer et commenter. « C’est magnifique. Un musée dans des chais… Les spiritueux mènent vers le spirituel. On passe d’une ivresse à l’autre. Mais celle de la bande dessinée est moins dangereuse pour le foie ! » avait-il déclaré avec malice.
Le troisième, c’est l’arrivée, en décembre dernier, le jour même de l’ouverture de l’exposition Une autre histoire, du tableau qu’il avait mis tant de temps à choisir pour représenter dans cette exposition cette autre facette de son talent. En guise de clin d’œil, il nous avait finalement remis une toile représentant son personnage d’Arzach, le pinceau à la main…
Nous aimons l’idée de rester sur cette dernière impression, celle d’un artiste souvent facétieux, toujours généreux.

pour aller plus loin

neuvièmeart 2.0, la revue en ligne de la Cité, a publié cette année un volumineux dossier sur l’artiste.