le lianhuanhua : déjà mille ans !
S’il apparait que dans le concert international la voix chinoise est devenue prépondérante et qu’aucune industrie ne semble pouvoir échapper à son emprise, il est un domaine dans lequel la Chine brillait jusqu’à présent par son extraordinaire absence : la bande dessinée.
Silence assourdissant au regard de la place occupée aujourd’hui par la bande dessinée asiatique dans la production mondiale, dominée par le manga, rejoint depuis peu par le manhwa venu de Corée et la bande dessinée en provenance de Hong-Kong, dont certains s’étaient empressés de conclure qu’il n’existait sans doute pas de bande dessinée en Chine continentale. Au fond cela n’aurait rien eu de surprenant : comment la bande dessinée, divertissement futile et emblématique de la si décadente culture capitaliste, aurait-elle pu s’imposer dans la Chine de Mao ? C’est ignorer que le Grand Timonier, loin de condamner la narration par l’image dessinée dont la forme traditionnelle, le lianhuanhua, remonte à près de mille ans, en avait fait le fer de lance de sa propagande, favorisant ainsi une production énorme et établissant la bande dessinée dans l’orthodoxie des pratiques culturelles. Sur place on peut encore aujourd’hui mesurer l’importance quantitative et la richesse des récits en « images enchaînées » dont le lecteur occidental ne sait pratiquement rien, exception faite des trop rares traductions de l’œuvre du grand artiste He Youzhi (Mes années de jeunesse et Cent métiers du vieux Shanghai aux éditions de l’An 2, 2005 et 2006). Le lianhuanhua constitue la forme principale de bande dessinée traditionnelle en Chine Populaire. Il s’agit de récits d’une image par page commentée par un court texte. Dès la prise du pouvoir par Mao, les lianhuanhuas ont été diffusés en masse pour un prix très faibles. Tous les artistes étant encouragés à en produire. Pour de nombreux Chinois, ce fut longtemps la seule source de divertissements disponible et un moyen pour se familiariser avec la culture officielle. La plupart des histoires sont des adaptations de romans ou de pièces de théâtre et témoignent d’une créativité graphique extraordinaire.
Avec le temps, le lianhuanhua s’est ouvert aux grands événements politiques, aux grands héros et aux grandes batailles. Des générations de Chinois en seront imprégnées. A partir des années 1950, He Youzhi s’affirmera comme le plus important artiste de l’histoire du lianhuanhua moderne et comme un des plus grands maîtres du dessin en Chine (le Shanghai Art Museum lui consacre même une exposition permanente).
Avec la Révolution culturelle qui voit la fermeture des librairies, le genre décline. Durant ces années sombres beaucoup d’artistes se verront interdire de pratiquer leur art et devront détruire leurs travaux et seuls les huit opéras modernes autorisés par le pouvoir pourront être adaptés en lianhuanhua. Après la disparition de Mao Zédong (1976), le lianhuanhua trouve un nouveau souffle. Les artistes jouissent d’une plus grande liberté graphique. Certains même s’inspireront de la bande dessinée francophone qu’ils découvrent lors d’une exposition à Pékin, en 1983. Si l’ouverture du marché de l’art en 1985 porte un mauvais coup au lianhuanhua - il est beaucoup plus lucratif pour un artiste de vendre une toile, voire un dessin que de travailler sur un livre entier -, le lianhuanhua est un genre toujours en vigueur dans la Chine contemporaine.
Né en 1957 Wei Xiaoming a commencé à publier dans la presse de bande dessinée chinoise dans les années 1970. Auteur reconnu de lianhuanhua, il est aussi sculpteur c’est d’ailleurs à cet art qu’ il semble aujourd’hui se consacrer, non sans succès.
planche du mois de septembre 2012
musée de la bande dessinée
quai de la Charente
Angoulême

















