1999 : Troubs décide d’accompagner en tant que commis Alain, l’un des derniers bouilleurs de cru, dans un parcours mouvementé du Périgord jusqu’aux Charentes. D’octobre à mai, pendant la saison de distillation, ils vont prendre les routes de campagne pour aller de villages en villages avec leur alambic ambulant. Troubs illustre dans son journal des rencontres, des situations et des émotions pour le moins uniques, et nous livre les chroniques de la vie cachée de notre pays : un mode de vie rustique en train de disparaître...
Ce roman graphique sous forme de reportage étonne pour plusieurs raisons. En effet, son sujet est peu commun et inconnu de beaucoup : Troubs n’hésite pas à décrire par le menu ce « monde parallèle », qui peut alors sembler dur et rustique à l’extrême, à travers les anecdotes glanées autoure de « la machine » (certaines sont vraiment ahurissantes) et les divers portraits d’hommes et de femmes de caractères. D’autres part, la forme même du livre surprend : à mi-chemin entre roman graphique et journal intime, la somme de toutes ces petites histoires formant la grande finit par prendre le pas sur les images elles-mêmes, le texte comme les dessins restant tous deux magnifiquement dépeints. Au final, la volonté première et l’intention avouée de Troubs tout au long de ces 70 pages reste profondément touchante. Il nous sensibilise à une forme de vie authentique, emprunte d’une ruralité tantôt alcoolique, tantôt miséreuse, mais toujours riche en saveurs. Il nous rappelle que cette rusticité devenue bien malgré elle obsolète est notre patrimoine et disparaît lentement et en silence, au profit de la modernité, de la « gnôle de supermarché ». Il nous parle de l’extinction inexorable des bouilleurs de cru, tout simplement. (AC)

















