acquisition 2012 : hp de guido buzzelli - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
FR | EN
accueil > nos ressources > collections > vie des collections > acquisition 2012 : hp de guido buzzelli

acquisition 2012 : hp de guido buzzelli

une œuvre de premier plan entre dans les collections du musée

Paru en 1973 en Italie, HP (pour « Horse Power ») a été publié l’année suivante en France par Charlie Mensuel, où Georges Wolinski avait déjà publié La révolte des ratés du même auteur, Guido Buzzelli. Le musée de la bande dessinée vient de faire l’acquisition de l’intégralité des planches de ce chef-d’œuvre de la bande dessinée transalpine auquel des noms aussi prestigieux que Georges Wolinski, José Muñoz, Blutch, Charles Berberian ou Edmond Baudoin ont rendu hommage.

Fils de peintre, Guido Buzzelli, né à Rome en 1927 et décédé en 1992, débute à 18 ans comme caricaturiste, puis se spécialise dans l’illustration de couvertures de fascicules de bande dessinée. Il se tourne vers la peinture au milieu des années cinquante, mais revient à la bande dessinée à la fin de la décennie suivante. La Révolte des ratés, publié en Italie, est remarqué par Georges Wolinski, traduit et repris en 1970 dans Charlie Mensuel, qui fit connaître dans notre pays son dessinateur et contribua puissamment à établir sa gloire en Europe. Paru en 1973 en Italie, HP (pour « Horse Power ») a été publié l’année suivante en France, également par Charlie Mensuel. La traduction dans cet organe de presse du travail de Buzzelli se poursuivit par Les Labyrinthes et Zil Zelub, qui marquèrent profondément les lecteurs et les professionnels de l’époque.

Décrivant des sociétés inégalitaires et violentes, où le cynisme des dirigeants n’a d’égal que la soumission des opprimés, Buzzelli met le plus souvent en scène des héros qui lui ressemblent de façon troublante, dont la révolte face à la brutalité et l’injustice naît moins d’une analyse politique que de la conscience douloureuse d’une inadaptation foncière au monde dans lequel ils vivent. Traitée sur le mode bouffon voire grotesque dans La Révolte des ratés, cette thématique réapparaît dans plusieurs récits d’anticipation qui se signalent par leur noirceur et leur impressionnante maîtrise graphique, soit la quasi-totalité de son œuvre postérieure, dans des contextes fantastiques ou de science-fiction. Buzzelli dessinera une demi-douzaine d’histoires dans cette veine avant de répondre à des commandes plus alimentaires, puis de revenir à la peinture, qui fut son premier métier et à l’illustration pour la presse italienne. Il a été l’une des grandes signatures de La Repubblica.

HP est sa dernière œuvre « spéculative », qui rassemble tous les grands thèmes parcourant sa création : dans un monde qu’on devine post-atomique, une société de réprouvés qui vit de chasse et de rapines côtoie une ville ultramoderne et oppressante, dirigée par une oligarchie militaro-scientifique. Les dirigeants de cette ville ont mis au point un cheval-robot perfectionné, HP, qu’ils lancent comme un leurre aux confins des campements où vivent les exilés. Chassant l’infatigable monture, beaucoup perdront la vie, avant de découvrir la supercherie. Dans le même temps, la décadence de la ville entraîne ses habitants vers les campements des exilés. Dans les dernières pages, une population libérée commence à recréer une nouvelle cité. Sera-t-elle plus libre ? Kostandi et Buzzelli laissent la fin ouverte… Alexis Kostandi, qui avait fourni plusieurs courts scénarios d’une remarquable noirceur à Buzzelli, lui donne avec HP l’occasion de mettre en images quelques-unes de ses obsessions : la décadence de sociétés humaines rongées par la violence et le goût du pouvoir, l’hybridation entre l’homme et l’animal (un épisode de l’histoire met en scène des hommes à tête d’animaux), la rédemption par l’art (Buzzelli s’est distribué dans le rôle d’un peintre qui tente vainement d’exercer son métier)… Doté d’une solide formation classique, celui-ci excelle dans la représentation des chevaux, tout autant que dans la description d’engins futuristes dénués de tout glamour. Son trait puissant, parfois lyrique, donne une force impressionnante à des pages en noir et blanc toujours impeccablement composées. Bien que peu d’ouvrages de Buzzelli soient disponibles aujourd’hui sur le marché francophone, sa réputation est grande parmi les auteurs, et des noms aussi prestigieux que Georges Wolinski, José Muñoz, Blutch, Charles Berberian ou Edmond Baudoin (ce dernier dans une planche de l’exposition Cent pour cent, dont il a fait don au musée), lui ont rendu hommage.

L’entrée de l’intégralité des planches de HP dans les collections du musée de la bande dessinée permet à un fonds italien encore restreint de s’enrichir d’une pièce majeure.