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avant-propos

par Gilles Ciment

Comme le veut la tradition, après s’être vu décerner le Grand Prix du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, Art Spiegelman fera l’objet d’une grande exposition rétrospective de son œuvre, produite par le festival et accueillie par la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, dans ses vastes espaces d’exposition du vaisseau mœbius.

Mais ce n’est pas tout.
Très tôt, Art Spiegelman a manifesté le désir de se rapprocher de la Cité afin de puiser dans les ressources du musée de la bande dessinée et de la bibliothèque pour rendre aussi hommage au patrimoine du Neuvième Art, auquel il a avec constance montré son attachement dans son œuvre. Après avoir envisagé diverses options avec l’artiste, l’idée nous est venue d’entreprendre une opération tout à fait inédite : lui confier l’intégralité des espaces d’exposition permanente du musée de la bande dessinée, de l’autre côté de la Charente, pour une « carte blanche » de grande ampleur. À lui de dresser son panthéon personnel, de fouiller dans les collections de la Cité et solliciter d’autres fonds, pour installer à Angoulême, le temps d’un trimestre, son « musée privé de l’histoire et de l’accomplissement de la bande dessinée », en toute subjectivité.

« Tout grand artiste crée ses précurseurs », se plaît à dire l’auteur de Maus, citant Jorge Luis Borgès. Poursuivant le propos de l’exposition inaugurale du musée de la bande dessinée (Cent pour cent), qui dévoilait un « arbre généalogique » inédit de la bande dessinée, ce que donne à voir cette exposition est donc bien le regard d’un auteur sur ses inspirateurs, comme Winsor McCay, George Herriman, Harvey Kurtzman, mais aussi sur ses contemporains, comme Justin Green, Jacques Tardi, Chris Ware ou Lorenzo Mattotti, pour ne citer qu’eux. Pour ce qui concerne son pays, massivement représenté, Art Spiegelman livre, sinon une contre-histoire de la bande dessinée américaine, en tout cas une version alternative par rapport au canon habituel tel qu’il est admis en France. Ainsi, on ne trouvera pas d’Alex Raymond, d’Harold Foster ou de Burne Hogarth. Et Eisner, Kelly, Caniff, même Herriman, sont moins importants aux yeux de l’artiste new-yorkais que Feininger, Bushmiller, Elder, Wolverton, ou même le très underground Rory Hayes, spécialiste des oursons trash. Les trois quarts des pièces exposées le sont pour la toute première fois en Europe. Un événement.

De ces artistes qui ont compté dans son parcours d’auteur, Art Spiegelman a tenu à ce que l’exposition donne à voir et à lire un certain nombre d’histoires complètes : non seulement Binky Brown de Justin Green (dont les quarante planches sont accrochées dans une salle dédiée), mais d’autres récits de six à onze pages signés Basil Wolverton, Jim Woodring, Jack Davis et Harvey Kurtzman, Rory Hayes, Francis Masse, Peter Pontiac.

Pour permettre à Art Spiegelman de mener à bien cette tâche titanesque, c’est à Thierry Groensteen, grand connaisseur de son travail, que nous avons choisi de confier le commissariat de cette exposition qui regroupe plus de 400 œuvres de 116 artistes, avec l’aide de Bill Kartalopoulos à New York et de l’équipe de la Cité à Angoulême. Jacques Samson, pour sa part, a réalisé la vingtaine de pastilles vidéo ponctuant le parcours de l’exposition. Notre gratitude va à Glenn Bray, qui a généreusement ouvert les trésors de sa collection personnelle, et à Jenny Robb, qui a permis que des pièces essentielles du fonds du Billy Ireland Cartoon Library & Museum puissent traverser l’Atlantique pour cet exceptionnel tribut à l’histoire du Neuvième Art.

Un immense merci à Art Spiegelman, pour avoir consacré un temps précieux, avec patience et minutie, à la conception de ce « musée privé » inoubliable.

Gilles Ciment
directeur général de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image

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Little Jimmy par James Swinnerton<br>Distribué par l'International Feature Service en 1926 <br>Encre de Chine et crayon bleu sur papier, 243 x 29 mm. <br>Collection musée de la bande dessinée, Inv. 95.32.1