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acquisitions 2011 : nouvelles œuvres

le musée de la bande dessinée enrichit ses collections

Avec le don de 27 planches inédites réalisées pour l’exposition Cent pour cent (voir ici), la collection du musée de la bande dessinée s’est enrichie cet automne d’un nouveau don des Amis du musée et de l’acquisition de cinq Sunday pages de choix.

une affiche signée art spiegelman

Donnée au musée de la bande dessinée en 2011 par l’Association des Amis du Musée de la Bande Dessinée (AMBD), l’affiche « Solliès-Ville » est le 57ème exemplaire d’un tirage limité et signé par son auteur. Elle a été réalisée à l’occasion de la 22ème édition du Festival de bande dessinée de Solliès-Ville, qui se déroule traditionnellement chaque année à la fin du mois d’août.
Il s’agit d’un tirage en offset sur un papier de belle qualité. L’illustration en couleur représente un personnage animalier vu en plongée, une souris, lisant une bande dessinée assis à une terrasse de café (la nappe au motif « vichy » l’atteste), tandis que des badauds d’un genre particulier passent devant lui. De ceux-ci, on ne voit que le bas des jambes, mais il est aisé de reconnaître Tintin (et ses célèbres culottes de golf), Mickey (ses jambes noires filiformes et ses grosses chaussures rondes) et Donald (dont on devine les boutons du costume marin, au-dessus de pattes palmées). Sur la table trône une tasse de café fumant. Sur la tasse, le nom de Solliès-Ville et une image de cette belle bourgade du sud de la France, représentant son clocher typique et un groupe de maisons.

Dans le personnage animalier fumeur de cigarettes qui lit la bande dessinée, on peut facilement reconnaître Art Spiegelman. C’est en effet ainsi qu’il s’est représenté tout au long des deux tomes de Maus, la magistrale œuvre consacrée à la Shoah qui lui a valu une célébrité internationale immense.
Numérotée et signée, cette affiche est typique de la manière et de l’humour d’Art Spiegelman : traits de contour, couleurs en aplat, jeu sur les motifs (la nappe) et les codes (les personnages emblématiques qu’on reconnaît à un détail). Destinée à devenir un collector’s item, elle a toute sa place dans les collections du musée de la bande dessinée auxquelles elle apporte, par sa technique la différenciant des fonds de planches originales et son contenu, un regard particulier de l’auteur sur lui-même et sur une manifestation valorisant sa production. Qui plus est, Art Spiegelman devant être le président du prochain Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, en janvier 2012 et se voir consacrer divers hommages, ce document y trouvera tout naturellement sa place.

cinq pages imprimées de frank king

Après des études à la Chicago Academy of Fine Arts, le dessinateur américain Frank King (1883-1969) travaille à partir de 1901 dans différents journaux de Chicago comme dessinateur professionnel. Il crée ainsi plusieurs strips récurrents : Tough Teddy, The Boy Animal Trainer, Here Comes Motorcycle Mike et son premier grand succès, Bobby Make-Believe (1915).
Sa série phare, Gasoline Alley, apparaît en 1918, à la suite d’une autre série intitulée The Rectangle. D’abord aimable satire des mœurs étranges des premiers mordus de l’automobile, la série devient au bout de quelques mois un feuilleton familial dont la chronique quotidienne est constamment teintée d’humour. Frank King remporte rapidement un très grand succès et travaille à cette série jusqu’à sa retraite, en 1959. Il fut, dans Gasoline Alley, le premier à montrer l’évolution et le vieillissement de ses personnages en temps réel, couvrant sur l’ensemble de la série plus de trois générations de personnages. On reconnaît par ailleurs Gasoline Alley comme l’un des grands feuilletons de la tradition américaine, mêlant avec une science consommée péripéties comiques et rebondissements dramatiques. Frank King est considéré comme l’un des grands auteurs du daily strip américain du XXème siècle, dont l’apport stylistique, moins connu en Europe que ceux de George Herriman ou de Cliff Sterrett, est fondamental dans l’histoire de la bande dessinée américaine. Des auteurs aussi importants aujourd’hui que Robert Crumb ou Chris Ware reconnaissent son influence dans leur travail.
Le musée de la bande dessinée ne possédait à ce jour que deux pièces originales de Frank King : une Sunday page (page du dimanche) de 1932, mise en couleur par l’auteur, et un strip quotidien en noir et blanc de 1936.
Acquises pour une somme très modique, les cinq pages imprimées achetées en 2011 sont parmi les plus connues de la série. Elles mettent en valeur la dimension « rêveuse » d’une bande aux multiples tonalités. Le protagoniste principal de ces cinq pages est le jeune Skeezix se livrant, seul ou avec son « oncle » (en fait son père adoptif) Walt, à des activités où l’imagination se taille la part du lion.

Dans la première page, on le voit seul, à la fin d’une journée d’été, jouer et dialoguer avec son ombre (« compagnon des belles journées »), lui donnant toutes les formes, en une pantomime à la fois charmante et graphiquement époustouflante.
Dans la deuxième, réagissant à une remarque de l’oncle Walt sur le fait que le ciel, qui était autrefois parcouru par les sorcières sur leur balai, est à présent traversé en tous sens par des aéroplanes, il enfourche un balai et vole dans le ciel, croisant des aviateurs… et un policier qui lui dresse une contravention. Revenu sur terre (dans tous les sens du terme), il présente le ticket de son amende à son oncle, qui n’y voit qu’une feuille d’arbre…
La troisième page illustre une des grandes spécialités de Frank King, la double lecture. Cette page, qui se déroule en été au bord d’une plage, peut en effet s’appréhender de deux manières : comme une suite de cases où des personnages s’adonnent avec plus ou moins de bonheur aux joies du bain de mer ou comme une grande composition, où les cases juxtaposées forment une image unique, dont on peut apprécier les multiples détails. Appliquant avec humour les principes de la théorie de la gestalt, Frank King montre ici que le tout est supérieur à la somme des parties.
La quatrième page montre Skeezix et l’oncle Walt faisant une balade dans une forêt à l’automne. Les échanges entre l’enfant et l’adulte sont d’une indéniable poésie. King renforce cette tonalité en traitant ses images comme si elles avaient été gravées sur bois. Les traits sont épais et les couleurs franches.
La dernière page est l’une des plus célèbres, fréquemment reprise dans de nombreux ouvrages de référence sur l’histoire de la bande dessinée. On y voit Skeezix et Walt qui visitent une exposition de peinture moderne et pénètrent à l’intérieur d’un tableau. Cherchant un interlocuteur, puis la sortie, ils sont désorientés par les perspectives déformées et les couleurs inhabituelles. Sortis du tableau à la dernière case, ils en restent marqués. Ils laissent derrière eux la trace d’une longue traîne de peinture colorée comme l’arc-en-ciel.