« lever l’ambiguïté » - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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« lever l’ambiguïté »

par Jean-Marc Thévenet

Ils sont près d’une quarantaine d’auteurs européens de bande dessinée, dont l’œuvre couvre la période 1950-2011. Leur histoire commune est bien sûr la bande dessinée, socle de leur univers. Leur chemin se sépare, peut-être, lorsque l’idée de peindre devient une certitude, un temps de pause, une opportunité, une recherche formelle ou l’extrême nécessité de passer à autre chose quand le lecteur se fait rare. Certains abandonnent tout pour la peinture, d’autres effectuent des allers et retours impératifs à leur imaginaire.
L’exposition Une autre histoire : bande dessinée, l’œuvre peint révèle que la bande dessinée n’a jamais souffert du complexe de la peinture. Certes, nous pourrions écrire, parlant des auteurs de bande dessinée : « la certitude de leur talent, l’incertitude de leur(s) origine(s) », mais l’éternel dilemme des Beaux-Arts se dissipe littéralement à la vue de l’énergie artistique déployée par les auteurs de cette exposition. Pour reprendre l’expression de l’auteur de bande dessinées Olivier Deprez, il s’agit simplement de « lever l’ambiguïté ».

Joseph Gillain, célèbre auteur de bandes dessinées plus connu sous le nom de Jijé, déclara même très tôt : « Lorsque je fais de la bande dessinée, je vole du temps à ma peinture ». Il aura dessiné plus de 4.000 planches et 450 œuvres picturales sont aujourd’hui recensées. D’autres auteurs seront plus radicaux dans cette relation entre bande dessinée et peinture. Paul Cuvelier par exemple abandonnera la bande dessinée pour la peinture en 1951 pour y revenir en…1956.
Joseph Gillain, Paul Cuvelier, mais également Will, Hubinon ou encore Hergé reprennent le fil de cette exposition qui pourrait ressembler à un mouvement panoramique, certes rapide, de l’histoire de la bande dessinée, dite moderne puis contemporaine.
En remontant le temps – et en bâtissant cette exposition –, il est émouvant de constater que des auteurs ont lâché prise, pour des raisons qui ne regardent qu’eux : Olivia Clavel dont l’œuvre jumelle entre bande dessinée et peinture est saisissante de constance ; Denis Frémond (Prix du Meilleur Premier Album à Angoulême en 1984) qui poursuit une œuvre picturale dédiée à la couleur comme il le faisait déjà dans ses (trop) rares albums semblables à une ligne claire hallucinée ; mais aussi Jean-Marc Rochette dont l’album Himalaya vaudou annonce ses peintures de grand format dédiées au thème de la montagne puis qui choisit un exil berlinois afin de mieux vivre une nouvelle vie artistique.

Olivia Clavel, <br>"Assassinat sur la voix publique" <br>(hule sur toile)Et pourtant – mais devons-nous écrire ce « pourtant » ? – la bande dessinée est toujours bel et bien là. L’œuvre au carré, comme le souhaitait l’impératif éditorial des années 50 ou 60, commence à être battue en brèche à l’apparition d’une nouvelle génération composée entres autres de Jochen Gerner, Atak, Olivier Deprez, Anke Feuchtenberger, Ludovic Debeurme, Thierry Van Hasselt et Herr Seele qui utilisent la toile comme du papier et poursuivent une œuvre emprunte de narration, où cette même toile « devient le témoignage de l’engagement du corps dans la création » pour citer une nouvelle fois le talentueux Olivier Deprez.
Une autre histoire… raconte des expériences, des engagements et même des détournements avec les auteurs Frédéric Poincelet confectionnant des peintures à même des assises de chaises en bois ou Florence Cestac imaginant une peinture situationniste dans laquelle l’école du « gros nez » sème la panique parmi les chromos de paysages suisses ou « de biches à l’étang ».
Voilà, ils sont près de quarante artistes condensant une autre histoire… celle de la bande dessinée.

Jean-Marc Thévenet
commissaire de l’exposition

l’objectif de l’exposition

trois générations exposées

de la BD à la peinture

Hergé peintre

art contemporain et bande dessinée

des absents

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Piotr Barsony, "Nue descendant l’escalier"