Poïvet, Raymond
les pionniers de l’espérance
collection du musée de la bande dessinée
Dans le droit fil d’une science-fiction d’aventure largement influencée par la production américaine écrite et dessinée depuis les années 20, Les Pionniers de l’espérance ont, à partir de 1945 dans l’hebdomadaire Vaillant, enchaîné les aventures palpitantes. Le modèle du scénariste Roger Lécureux et du dessinateur Raymond Poïvet est au départ Flash Gordon d’Alex Raymond, dont ils reprennent l’esthétique et les thématiques, avec cependant des différences de taille : là où Flash Gordon est un héros solitaire et conquérant, les Pionniers sont un groupe de quatre personnes qui représente la diversité des races et des cultures humaines (un Français, une Américaine, un Soviétique et une Chinoise).
Tout en dispensant leur lot de paradoxes temporels, voyages au fond des galaxies et changements de dimension, Les Pionniers s’éloignent de leur modèle en prônant la tolérance, l’échange et, si l’on peut dire, « l’amitié entre les peuples ».
Mais ce qui fait le prix de la série, sur le long terme, est l’évolution graphique de Poïvet. Son classicisme initial évolue vers une épure qui privilégie les corps et leurs mouvements, alors que les décors sont simplement esquissés. Le travail à l’encre de Chine est remplacé par une technique mixte, Poïvet mêlant les traits au feutre avec l’usage du stylo à bille. Ces suites de vignettes « inachevées », témoignant d’une maîtrise éblouissante, sont pour beaucoup dans le charme particulier de cette saga qui s’interrompit en 1973.
Raymond Poïvet fut d’abord, avant-guerre, décorateur, dessinateur de mode et de publicité. Si l’on peut considérer que Les Pionniers sont le grand œuvre de sa carrière, on aurait tort de négliger le reste de sa production : il a aussi publié des récits d’aventures dans nombre de titres de la presse enfantine. Illustrateur pour la presse féminine dans les années 1950, il participe également aux premières années de Pilote, dessine dans les années 1980 sur un scénario de Jean-Pierre Dionnet (Tiriel), et à côté de commandes qu’il réalise pour la presse jeunesse, produit seul des albums aux scénarios parfois surprenants (L’Échiquier cubique, Opus 4). Excellent pédagogue, il a travaillé pendant des années dans un atelier parisien où sont passés quelques-uns des grands noms de la bande dessinée des années 50 à 80 (Nortier, Gaty, Gigi, Mandryka).

































