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exposition : parodies

le parcours de l’exposition

qu’est-ce qu’une parodie ?

Une parodie est une œuvre qui en imite une autre, en lui faisant subir certaines transformations. Ces changements peuvent être minimaux (de l’ordre de la variante) ou très importants (au point que, de l’œuvre première, on ne retrouvera éventuellement qu’une situation, un thème, un personnage). Ils sont effectués dans un esprit ludique ou satirique, avec l’intention d’amuser mais pas nécessairement de se moquer : de nombreuses parodies sont, à leur façon, des hommages rendus à des œuvres dont on reconnaît l’importance ou avec lesquelles on entretient un lien affectif privilégié.
La veine parodique traverse toute l’histoire de la bande dessinée. Innombrables sont les récits dessinés qui détournent un film, ou un roman, ou une série télévisée, ou bien encore une bande dessinée antérieure. Sous le Second Empire déjà, les « Salons caricaturaux » (appelés aussi « Salons pour rire ») fleurissaient chaque année dans les journaux satiriques et les revues illustrées, parodiant les toiles présentées au Salon de la Peinture. Bertall, Cham, Nadar, Willette, Robida font partie des caricaturistes qui se plaisaient à cet exercice, tout comme Gill qui fonda, en 1869, un périodique explicitement intitulé La Parodie.
Quand Rodolphe Töpffer publie ses premières « histoires en estampes » dans les années 1830, non seulement ses récits parodient certains genres littéraires en vogue (le roman pastoral, le roman picaresque, le voyage d’instruction) mais ses dessins parodient aussi les poses mélodramatiques des acteurs de l’époque. Il semble bien qu’aux origines, le personnage de bande dessinée comique a été une parodie d’acteur !
De nos jours, la parodie est plus vivante que jamais (notamment sur Internet) : elle est en phase avec une culture de masse qui diffuse des références partagées par tous, avec la philosophie de la création postmoderne, caractérisée par le métissage des formes culturelles,
et avec le genre d’esprit qui domine l’humour de notre temps, l’esprit de dérision.

le moment mad

En 1952 naît Mad, premier support de bande dessinée à faire de la parodie
un usage constant, une arme privilégiée et sa véritable « marque de fabrique ».
Harvey Kurtzman et son équipe inventent une nouvelle forme de comique basée sur la surenchère paroxystique, le comportement hystérique des personnages, la multiplication des gags, des inscriptions secondaires et des onomatopées, le jeu des multi-références croisées. Des dessinateurs français comme Gotlib et Pétillon en seront marqués à jamais.

interDuck, Mona Lisa d'après Léonard de Vinci. 55 x 75 cm. © interDuck

la peinture au second degré

Dans l’histoire de la peinture, il existe un petit cercle d’icônes sans cesse revisitées : parmi celles-ci, la Cène de Vinci, le portrait de Gabrielle d’Estrées au bain, La Vague de Hokusaï, Le Cri de Munch, ou encore American Gothic, le couple de fermiers peint par Grant Wood, pour ne citer que quelques exemples. Star incontestée de ce panthéon, la Joconde détient le record des citations.

Ci-contre : interDuck, Mona Lisa d’après Léonard de Vinci. 55 x 75 cm. © interDuck.

l’histoire et la mythologie au second degré

L’histoire et la mythologie ne sont pas, en elles-mêmes, des œuvres susceptibles d’être détournées, mais elles regorgent d’histoires et de personnages ancrés dans l’imaginaire collectif qui, eux, se prêtent à des détournements d’inspiration parodique.

les classiques littéraires au second degré

Sans complexes, la bande dessinée s’attaque aux textes les plus révérés
de la littérature internationale et en propose des versions désacralisées, souvent cocasses et parfois même salaces. En 1842 déjà, Cham se moquait du bestseller de Fénelon en publiant un Télémaque, fils d’Ulysse.

Ci-dessous à gauche : Robert Sikoryak, Good ol’ Gregor Brown pl. 1, d’après Schulz et Kafka. © Drawn & Quarterly et l’auteur. A droite : Yves Chaland, Mme Bovary ou « La Fureur de vivre » paru dans Métal hurlant hors série n° 49 bis, spécial classiques avril 1980. © Isabelle Beaumenay-Joannet.
Robert Sikoryak, Good ol' Gregor Brown pl. 1, d'après Schulz et Kafka. © Drawn & Quarterly et l'auteur Yves Chaland, Mme Bovary ou « La Fureur de vivre » paru dans Métal hurlant hors série n° 49 bis, spécial classiques avril 1980. © Isabelle Beaumenay-Joannet

Jean Ache, Les Débutants célèbres de la BD paru dans Pilote No.692, 1973

les contes au second degré

Même si, dans la réalité, les contes de fées sont plus divers, surprenants, cruels, voire pervers qu’on ne le croit généralement, ils n’en ont pas moins fourni tout un répertoire de situations archétypales qui sont devenues des clichés : la bonne et la mauvaise fée penchées sur le berceau, le carrosse qui se transforme en citrouille ou la grenouille en prince charmant, la princesse enfermée dans sa tour, et ainsi de suite. Du pain bénit pour les humoristes, qui se plaisent à tordre ces situations dans tous les sens, jusqu’à l’absurde.

Ci-contre : Jean Ache, Les Débutants célèbres de la BD, paru dans Pilote No.692, 1973.

Fromental, Bocquet et Attanasio, Prénom Félix paru dans Rigolo No.11 en mai 1984

le cinéma au second degré

Dès les années 1910, certains comic strips s’inspiraient déjà des formes typiques du cinéma des premiers temps, et notamment des serials, ces films à épisodes diffusés successivement dans une même salle, en première partie de programme.
A partir de 1921, les Minute Movies d’Edgar S. Wheelan parodient toute la production cinématographique du moment, n’oubliant aucun des poncifs du western, du policier, de la comédie, du mélodrame et même de l’animation.

Ci-contre : Fromental, Bocquet et Attanasio, Prénom Félix, paru dans Rigolo No.11 en mai 1984.

le moment situationniste

Déjà pratiquée par Dada et Lautréamont, la pratique du détournement d’images fut caractéristique du mouvement Lettriste puis du Situationnisme, qui lui succéda. L’Internationale situationniste était un mouvement philosophique insurrectionnel, fondé en 1957, dont les membres les plus connus furent Guy Debord et Raoul Vaneigem. Son projet était de changer la vie et de réaliser le vieux rêve d’une société sans maîtres ni esclaves.

Ci-dessous : Détournement situationniste (détail) anonyme et sans titre, Paris, 1968.
Détournement situationniste (détail) anonyme et sans titre, Paris, 1968

la bande dessinée se rit d’elle-même

Les clins d’œil confraternels sont fréquents dans la bande dessinée. Chez Goscinny et Uderzo, chaque fois qu’Astérix et Obélix prennent la mer, ils rencontrent le même équipage de pirates qui, pour avoir reçu une ou deux raclées, se sabordent généralement sans même tenter l’abordage. Ces écumeurs des mers parodient les personnages de la série Barbe-Rouge, créée par Charlier et Hubinon, dont les aventures paraissaient dans Pilote, tout comme celles d’Astérix.

Bobby London couverture de Air Pirate Funnies No.1, 1971

les armes de la transgression

Le nombre de parodies qui les visent est un assez bon indicateur de la notoriété d’une œuvre ou d’un personnage, et de leur impact sur l’imaginaire de l’époque. Comme la Joconde l’est pour la peinture, Superman ou Blake et Mortimer sont de véritables icônes dans le champ de la bande dessinée. Mais c’est Tintin et Mickey Mouse qui détiennent le record des détournements en tous genres et des versions « pirates ».

Ci-contre : Bobby London, couverture de Air Pirate Funnies No.1, 1971.

les super-héros au second degré

La figure du super-héros se prête essentiellement à deux sortes de mises en boîte. La première est la disqualification morale : le champion est intéressé, vénal, ou défend une idéologie détestable. La seconde consiste dans le retournement des traits censés fonder la supériorité du personnage sur le commun des mortels.
Le super-héros est un surhomme : on en fait une souris ou un lapin. Il est surqualifié : on en fait un minable, un incompétent. Il s’emploie à des exploits hors norme : on met ses pouvoirs au service de tâches dérisoires.

la parodie de genre

Certaines parodies ne visent pas une œuvre en particulier mais bien un genre
en tant que tel, c’est-à-dire un répertoire de thèmes, de situations, de rôles archétypes. La plupart des genres que la bande dessinée a hérités de la littérature populaire ont donné lieu à des versions parodiques.

Chris Ware, Jimmy Corrigan

l’autoparodie

Un artiste peut vouloir s’amuser de sa propre création, tourner ses propres codes en dérision et livrer une version décalée de son travail antérieur. Ce faisant, il coupe en quelque sorte l’herbe sous le pied des rieurs en devenant son propre parodiste.

Ci-contre : Chris Ware, Jimmy Corrigan.

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