blue velvet - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
Acheter vos billets musée en ligne
FR | EN
le restaurant la table à dessin est actuellement fermé pour travaux.
accueil > à l'affiche au cinéma > blue velvet

blue velvet

Usa - 1986 - 2h00
sorti en France le 21 janvier 1987
grand prix festival du film fantastique Avoriaz 1987
interdit aux moins de 12 ans
film - version originale sous-titrée en français
de

David Lynch

scénario : David Lynch
direction de la photographie : Frederick Elmes
musique ou chansons : Angelo Badalamenti
avec : Kyle MacLachlan (Jeffrey Beaumont), Isabella Rossellini (Dorothy Vallens), Dennis Hopper (Frank Booth), Laura Dern (Sandy Williams), Hope Lange (Mrs. Williams), George Dickerson (inspecteur John Williams), Dean Stockwell (Ben), Priscilla Pointer (Mrs. Beaumont), Brad Dourif (Raymond), Jack Nance (Paul), Frances Bay (tante Barbara), Jack Harvey (monsieur Tom Beaumont), Ken Stovitz (Mike), J. Michael Hunter (le chasseur), Dick Green (Don Vallens)
séances : semaine du mercredi 11 avril 2012
mercredi 11 jeudi 12 vendredi 13 samedi 14 dimanche 15 lundi 16 mardi 17
18:30*
séance spéciale :
* mardi fantastique présenté par Philippe Rouyer et Hidden circle dans le cadre de "Positif fête ses 60 ans" en partenariat avec Hidden circle, la Charente libre et... Positif source Carlotta films tarif unique 3,5 €

synopsis

Dans la belle petite ville américaine de Lumberton, en Caroline du Nord, M. Beaumont est victime d'une crise cardiaque en arrosant son gazon. Son fils Jeffrey, rentrant chez lui après une visite à son père malade, découvre une oreille humaine dans un champ. Cette oreille, en décomposition, est couverte d'insectes. Jeffrey amène immédiatement sa trouvaille à l’inspecteur Williams et fait ainsi la connaissance de sa fille, la jolie Sandy. Poussé par la curiosité et un certain goût pour le mystère, Jeffrey va mener l'enquête avec elle pour découvrir à qui appartient cette oreille et ce que cache cette histoire macabre...

notes de production

David a eu des difficultés à monter la production de Blue velvet. Par une étrange ironie, son producteur, Richard Roth (1), qui est aussi un ami à moi, lui a suggéré que si je réécrivais le script, ils arriveraient peut-être à trouver un financement. J’ai donc lu le scénario, puis nous avons déjeuné ensemble tous les trois. A ce moment, j’ai dit à David que non seulement je ne réécrirais pas son script, mais que j’aurai aimé l’avoir écrit, que je le trouvais absolument remarquable et qu’à mon avis, il ne devait rien y changer. Il devrait le tourner exactement comme il était écrit. David raconte encore cette histoire pour dire à quel point ça lui a remonté le moral, à un moment où il avait besoin d’être remonté pour arriver à faire le film.
Dès que j’ai vu le premier plan de l’oreille, j’ai su que ça allait être un film fabuleux. Blue velvet est extraordinaire, parce qu’il fonctionne à des niveaux qui sont à peu près à la frontière entre l’inconscient et le subconscient. Et on ne peut jamais savoir vraiment si une image donnée représente l’un ou l’autre
.
Paul Schrader (2)
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Roth_(producteur)
(2) http://www.citebd.org/spip.php?film1382

Dès la fin du tournage d’Eraserhead (3), David Lynch et son chef-opérateur Frederick Elmes décidèrent de faire un film dont le titre emprunterait celui de la chanson de Bobby Vinton (4), Blue velvet (5). Sur cet embryon de projet vint se greffer un début d’intrigue - un homme se cache dans l’appartement d’une fille pour l’épier durant son sommeil - et, finalement, un scénario que le cinéaste fit lire à Kyle MacLachlan pendant la réalisation de Dune (6).
(3) http://www.citebd.org/spip.php?film1902
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Bobby_Vinton
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Blue_Velvet_(chanson)
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Dune_(film)

Après l’échec commercial et la mauvaise réception par la critique de Dune (6), David Lynch a souhaité développer un film plus personnel, plus proche du style surréaliste de ses débuts (Eraserhead) (3). Le scénario de Blue velvet est passé entre de nombreuses mains à Hollywood entre la fin des années 70 et le début des années 80, beaucoup de producteurs le refusant pour son caractère violent et fortement sexuel. Dino de Laurentiis (7) accepta de financer et de produire le film.
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Dino_De_Laurentiis

Lynch et Kyle MacLachlan se retrouveront par la suite à l’occasion de la série télé Twin peaks (8), puis de son adaptation sur grand écran (9) en 1992.
On retrouve également dans Blue velvet quelques autres habitués des films de David Lynch : Laura Dern et Isabella Rossellini, qui joueront de nouveau ensemble dans Sailor et Lula (10) ; Dean Stockwell et Brad Dourif, que l’on avait déjà pu voir dans Dune (6) ; Frances Bay, qui reviendra dans Sailor et Lula (10) et Twin peaks : fire walk with me (9) ; et surtout Jack Nance, acteur fétiche du cinéaste et qui, Elephant man (11) mis à part, apparaît dans tous ses films - de Eraserhead (3) à Lost highway (12), tourné l’année de sa mort - ainsi que dans la série Twin peaks.
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Twin_Peaks_(s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e)
(9) http://www.citebd.org/spip.php?film1903
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sailor_et_Lula
(11) http://www.citebd.org/spip.php?film1863
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Lost_Highway_(film)

Pour les séquences d’ouverture et de fermeture, David Lynch et Frederick Elmes avaient d’abord envisagé de manipuler le négatif pour intensifier les couleurs et les dé-saturer durant les scènes de nuit ; ils décidèrent finalement d’obtenir l’effet désiré grâce aux décors. Quant à l’idée de tourner ces scènes en contre-plongée (pour épouser le point de vue d’un enfant), elle remonte aux toutes premières discussions entre les deux hommes.
La lumière du film fut ainsi l’objet d’attentions particulières, notamment lors des séquences nocturnes qui nécessitèrent l’installation de mâts, en haut desquels Frederick Elmes et son équipe fixèrent les éclairages.
Un autre exemple de ces soins est donné par l’excursion dans la voiture de Frank Booth ; celle-ci fut en fait tournée dans un véhicule immobile, autour duquel des accessoiristes remuaient les lumières, créant ainsi l’illusion de vitesse.
De la même manière, la scène où Ben chante Candy colored clown (13) avec une ampoule en guise de micro, nécessita une chorégraphie spéciale : en synchronisation avec les déplacements de l’acteur, un technicien contrôlait le variateur de lumière installé dans l’ampoule (afin de régler l’intensité lumineuse), tandis qu’un second projetait sur le mur de derrière les ombres d’une reproduction en carton de la tête de Stockwell. A l’occasion de cette séquences (et d’autres en intérieurs), le cinéaste et son chef-opérateur utilisèrent un nouvel objectif scope (14) à très grand champ avec une légère courbure, pour pouvoir montrer la totalité du décor. Face au résultat donné par cette technique, les deux hommes décidèrent de supprimer des mouvements d’appareil initialement prévus.
(13) https://www.youtube.com/watch?v=gmsrO8xpe-w
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/CinemaScope

- le rôle de Frank Booth avait initialement été proposé à Robert Loggia (15), puis à Willem Dafoe (16) et Richard Bright (17), qui l’ont tous trois refusé en raison du caractère vulgaire et trop intense du personnage. Dennis Hopper, quant à lui, a accepté le rôle avec enthousiasme : je dois jouer Frank ! Je suis Frank ! Hopper a confirmé ceci dans le documentaire making-of de Blue velvet intitulé Les Mystères de l’amour, produit en 2002.
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Loggia
(16) http://www.citebd.org/spip.php?film2059
(17) http://www.citebd.org/spip.php?film1980
- pour le rôle de Dorothy Vallens, Lynch avait tout d’abord pensé à Hanna Schygulla (18), qui refusa le rôle, puis à Helen Mirren (19). Il a finalement rencontré Isabella Rossellini dans un restaurant new-yorkais, et l’actrice a accepté.
(18) http://www.citebd.org/spip.php?film2070
(19) http://www.citebd.org/spip.php?film1674
- il s’agit du premier film de David Lynch dont la musique est signée Angelo Badalamenti ; par la suite, le compositeur travaillera sur tous les autres films du réalisateur.
- le cinéaste avait une seule idée en tête pour le personnage de Jeffrey Beaumont : Val Kilmer (20). Mais l’acteur a refusé le rôle, prétextant que le scénario n’était que pornographie. Kilmer a affirmé plus tard qu’il aurait accepté la version finale du film, qui lui plaisait beaucoup. Chris Isaak (21), dont Lynch a utilisé deux chansons de l’album Silvertone (22) pour son film, a également été approché et a également refusé. Finalement, la proposition a été faite à Kyle MacLachlan, qui a accepté immédiatement.
(20) http://www.citebd.org/spip.php?film845
(21) http://www.citebd.org/spip.php?film1903
(22) https://en.wikipedia.org/wiki/Silvertone_(album)
- Lynch a dit dans un entretien qu’il comptait initialement engager Molly Ringwald (23), qui avait alors une réputation de teen idol (24), pour le rôle de Sandy Williams. Mais la mère de l’actrice s’y est opposée en raison des scènes explicites contenues dans le film, qui auraient pu selon elle ternir la carrière prometteuse de sa fille dans le monde du cinéma.
(23) https://fr.wikipedia.org/wiki/Molly_Ringwald
(24) https://fr.wikipedia.org/wiki/Idole_des_jeunes
- la scène du sauvetage de Dorothy est inspirée du personnage de Selena Cross dans Les Plaisirs de l’enfer (25).
(25) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Plaisirs_de_l%27enfer
- Blue velvet a remporté de nombreuses récompenses, dont le grand prix du festival du film fantastique à Avoriaz (26) en 1987.
(26) https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_international_du_film_fantastique_d%27Avoriaz_1987
- Blue velvet est sur la liste des 100 plus grands films sélectionnés par the American film institute (27) comme un des 10 meilleurs films à énigme jamais réalisés.
(27) https://fr.wikipedia.org/wiki/American_Film_Institute

Toute initiation est un passage , une traversée des apparences pour découvrir un monde différent... Il y a deux mondes à Lumberton (28). D’abord celui extérieur d’une petite ville américaine paisible, presque assoupie... Contrairement a ce qui a été écrit un peu partout, il n’y a pas une peinture gaie de la petite ville en ouverture... Le film nous fait passer constamment d’un univers à l’autre... La quête initiatique des plaisirs, déchirements, douleurs, se déroule la nuit. Il s’agit d’un jeu d’adulte avec des règles meurtrières... Les sensations physiques des plans de David Lynch (images, couleurs, sons, musiques, cadre de l’anamorphique) ont permis d’exprimer ce passage traumatisant.
Hubert Niogret in Positif (n° 313 - mars 1987)
(28) https://fr.wikipedia.org/wiki/Lumberton_(Caroline_du_Nord)

(...) Tourné en Caroline du Nord (29), Blue velvet met en scène l’Amérique moyenne. Celle des pavillons aux jardins fleuris, du ciel trop bleu et de la middle class (30) bien pensante. Mais Lynch va fouiller l’envers du décor.
Jeffrey plonge soudain dans un univers glauque où tout n’est que dépravation sexuelle et sadisme sur fond d’une chanson lancinante et obsédante : Blue velvet (5). L’œuvre de Bobby Vinton (4) est d’ailleurs l’un des points de départ du film.
La voix doucereuse et chaude de Dorothy contraste avec la violence des scènes crues, malsaines et pourtant inoubliables.
Tout dans cette œuvre est en permanence en opposition : Jeffrey vit une gentille amourette avec Sally le jour quand il vit une passion dévorante et physique avec Dorothy la nuit.
Film choc des années 80, Blue velvet ne fait pas l’unanimité lors de sa sortie. Il est refusé par le festival de Venise (31) qui le taxe de pornographique à cause d’une scène de fellation jugée trop explicite. En revanche, il sera applaudi à Avoriaz (26).
Avec ce film, David Lynch retrouve ses complices, Fred Elmes, son chef opérateur, Alan Splet (32), le responsable des effets sonores ; et il débute sa longue collaboration avec Angelo Badalamenti, le musicien sans lequel les films de Lynch n’auraient pas cette profondeur.
Finalement, l’intrigue policière n’est qu’un prétexte qui permet à Lynch de mettre en exergue la face cachée de la normalité.
La perfection des couleurs (le rouge, le rose, le bleu velouté...), les plans fixes évocateurs, les acteurs impeccables (Denis Hopper est époustouflant en pervers sado-masochiste) permettent à Woody Allen (33) de déclarer : c’est le meilleur film de l’année. J’aime simplement tout dans ce film.
https://www.avoir-alire.com/blue-velvet-la-critique
(29) https://fr.wikipedia.org/wiki/Wilmington_(Caroline_du_Nord)
(30) https://fr.wikipedia.org/wiki/Classe_moyenne
(31) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mostra_de_Venise_1987
(32) https://www.imdb.com/name/nm0819263/
(33) http://www.citebd.org/spip.php?film1684

(...) Marquant le retour de Lynch à un cinéma plus personnel et surtout, où il bénéficie d’une grande liberté créatrice (Elephant man (11) n’a pas été écrit par Lynch et pendant le tournage de Dune (6) le réalisateur n’a pas pu obtenir ce qu’il souhaitait, pour des raisons notamment budgétaires), Blue velvet est un film phare dans sa carrière car il contient les thématiques, les personnages types, les trouvailles visuelles qui vont dès lors se retrouver dans presque tous ses films.
La brune et la blonde, avec leur symbolique respective ; les héros rêveurs confrontés à un monde cruel (comme Sailor et Lula (10)) ; les vieilles dames bienveillantes (les tantes de Jeffrey) ; les dégénérés pervers et dangereux (Franck et sa bande) ; les gros plans sur une flamme ou des ampoules ; les rideaux rouges ; la dimension onirique ; les changements très contrastés d’atmosphère ; la musique des années 60 (les chansons Blue velvet (5) de Bobby Vinton (4), et In dreams (34) de Roy Orbison) (35) ; les éléments qui permettent l’accès à un autre univers ou à l’autre dimension d’un même univers (l’oreille coupée dans Blue velvet, la boîte dans Mulholland drive) (36) ; l’utilisation des couleurs (le bleu et le rouge étant les couleurs dominantes dans Blue velvet) ; le travail bien particulier sur la bande son… C’est ici tout un langage sonore et visuel, très codé et chargé de symboles, que Lynch met en place, même s’il était déjà perceptible dans ses films antérieurs.
Blue velvet) marque aussi la première collaboration entre David Lynch et son compositeur fétiche Angelo Badalamenti, qui signera la BO mythique de la série Twin peaks (8) et de tous ses films suivants. C’est également la première participation à un film de Lynch de Laura Dern (Kyle MacLachlan avait déjà joué dans Dune), qui dans Sailor et Lula et surtout Inland empire (37) donnera toute la mesure de son immense talent...
https://www.citizenpoulpe.com/blue-velvet-david-lynch/
(34) https://fr.wikipedia.org/wiki/In_Dreams
(35) https://fr.wikipedia.org/wiki/Roy_Orbison
(36) http://www.citebd.org/spip.php?film1829
(37) https://fr.wikipedia.org/wiki/Inland_Empire_(film)

(...) Dans Blue velvet, la ville tombe d’ailleurs littéralement du ciel, à la faveur d’un lent panoramique vertical vers le sol. Santa Rosa (38) dans L’Ombre d’un doute (39) sort d’abord de la bouche d’oncle Charlie, au téléphone lorsqu’il projette de quitter Philadelphie pour se mettre au vert et fuir les deux policiers qui sont sur sa piste. Il prononce deux fois le nom de la ville de façon quasi incantatoire et Santa Rosa émerge du néant. La ville-image se présente ainsi comme une véritable doublure du monde idéal. (...) Dès que l’on pénètre dans le foyer des Newton, la ville modèle ne fait pourtant pas longtemps écran : exemplaire en apparence, Santa Rosa est une cité somnolente où l’ennui règne en maître absolu : nous laissons couler la vie et rien ne nous arrive (...) on mange, on dort, c’est tout déclare sa mère à la jeune Charlie qui appelle de tous ses vœux la venue de son oncle. Même tableau d’ensemble dans les premières séquences de Blue velvet où, passé les chromos rutilants de l’imagerie du bien-être résidentiel, Lumberton (28) relève de la léthargie généralisée. Monsieur Beaumont, le père, arrose sa pelouse dans un état quasi hypnotique ; la mère installée dans le canapé du salon est rivée à l’écran de télévision...
Youri Deschamps (40) soulignait enfin le rapport entre les années 80 et les années 50, axé sur les actrices des soap qui interprètent les mères de Jeffrey et Sandy mais aussi sur l’autre film référence de Hitchcock Vertigo (41) pour le rapprochement entre Carlotta Valdès et Dorothy Valence ainsi qu’à La Vie est belle (42) avec la thématique de l’oreille et de la bonne et mauvaise ville (Bedford falls contre Pottersville) et le poster de Montgomery Clift (43) que Sandy expose dans sa chambre comme une marque de sa complexité. La référence au Magicien d’Oz (44) semble, elle, sortir de ce cadre temporel.
https://www.cineclubdecaen.com/realisat/lynch/bluevelvet.htm
(38) https://fr.wikipedia.org/wiki/Santa_Rosa_(Californie)
(39) https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Ombre_d%27un_doute
(40) http://www.revues-de-cinema.net/Critiques/FRA_DESCHAMPS%20Youri_Biographie.php
(41) http://www.citebd.org/spip.php?film1807
(42) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_vie_est_belle_(film,_1946)
(43) https://fr.wikipedia.org/wiki/Montgomery_Clift
(44) http://www.citebd.org/spip.php?film210

(...) Dennis Hopper relançait sa carrière et créait un incroyable personnage de méchant avec Frank Booth. Toute la folie et cette fameuse dualité de Blue velvet s’expriment à travers ses excès. Violemment dominateur mais en quête d’affection maternelle, d’une brutalité physique et verbale inouïe mais capable de révéler une étonnante fragilité (l’incroyable séquence où Dean Stockwell mime le In dreams (34) de Roy Orbison) (35)), Frank exprime une virilité exacerbée dissimulant une possible homosexualité (le rapport étrange à Dean Stockwell qu’il ne rudoie pas, la scène où il se met du rouge à lèvres) et traverse le film de manière imprévisible, à coups de poings et shoot d’oxygène. C’est lors de la cauchemardesque odyssée nocturne avec lui que Jeffrey comprendra que ce monde n’est pas pour lui. Si la résolution s’avère un poil décevante après tout ce qui a précédé, le résultat est là. David Lynch a inventé un monde sans âge, contemporain et rétro (les voitures des années 50 côtoyant les modèles récents, la photo de Montgomery Clift (43) dans la chambre de Laura Dern, les coiffures typiquement fifties des personnages féminins), où la fascination pour le passé s’accompagne de l’anxiété et de la menace du présent dans un mélange unique. Il trouve ici la formule magique qu’il triturera jusqu’à l’aboutissement de Mulholland drive) (36) en forme de quasi-chant du cygne (?).
http://www.dvdclassik.com/critique/blue-velvet-lynch

(...) Telle une infection qui prolifère, où les membres atteints que sont les différents genres empêchent l’organisme de bien fonctionner, Blue velvet se veut une mise en lumière des simulacres du Bien et du Mal que le cinéma de genre a engendrés, et qui, par leur contamination mutuelle, deviennent évidents, explicites...
On pourrait donc dégager de ce cinéma une certaine tendance auto-réflexive et critique, qui tente d’exprimer l’idée que le septième art est, en soi, un système de représentation qui a créé l’illusion, de par sa trop grande ressemblance à la réalité. Dans ce contexte, la prolifération de clichés devient particulièrement significative, l’excès entraînant la distanciation et contribuant à souligner directement le caractère représentationnel de l’univers cinématographique. Puisque le cinéma traditionnel américain se fonde sur des assises illusionnistes, et que cette fausse réalité fait partie des œuvres qu’il engendre, le cinéma « postmoderne » travaille à même ces illusions et ces simulacres, afin de les exhiber et de s’en détacher, comme l’explique Gilles Deleuze (45) : peut-être les conditions spéciales sous lesquelles [le cinéma classique] produit et reproduit des clichés permettent à certains auteurs d’atteindre à une réflexion critique dont ils ne disposeraient pas ailleurs […]. Car ce cinéma de l’image-action a lui-même engendré une tradition dont il ne peut plus, dans la plupart des cas, se dégager que négativement...
http://revuepostures.com/fr/articles/weber-9
(45) https://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Deleuze

(...) Ce film, quelque vingt années plus tard, apparaît bien comme une indispensable introduction au cinéma de Lynch dont l’œuvre s’approfondira. C’est ainsi que si dans Blue velvet, la réalité qui se révèle dépasse la simple apparence des choses et se complète d’une vision souterraine, il n’en reste pas moins que les personnages du film appartiennent à l’une ou l’autre des catégories, et que le Bien et le Mal sont incarnés par deux groupes bien différenciés, celui du jour (la famille de Jeffrey et celle de Sandy vivant selon les valeurs traditionnelles) et celui de la nuit (Franck et sa bande s’abandonnant à leurs pulsions les plus perverses). De leur côté, Sandy et, surtout, Jeffrey représentent plutôt les messagers qui vont de l’un à l’autre groupe et jouent les redresseurs de tort pour aider Dorothy la victime. Dans les films suivants, cette dichotomie s’efface et les personnages, contaminés par le Mal, perdent leur innocence : de façon plus complexe, ils portent en eux la nostalgie du Bien et vivent sous la brûlure du Mal. On songe, bien sûr, à Laura Palmer, l’héroïne du feuilleton Mystères à Twin peaks (8) et du film Twin peaks : fire walk with me (9).
http://libresavoir.org/index.php?title=Blue_Velvet_de_David_Lynch

(...) Blue velvet est un film polymorphe, que ne cesse de fasciner à chaque nouvelle vision. Ce qui frappe aujourd’hui, c’est bien l’incroyable profusion de signes et de sens dans un film à la forme narrative très maîtrisée et encore classique par rapport à ce que deviendra le cinéma de Lynch ensuite, jusqu’à l’essai nonsensique d’Inland empire (37), préparé par l’éclatement progressif de la forme dans Lost highway (12) et Mulholland drive) (36). Au-delà de son caractère grotesque et outrancier, Blue velvet apparaît comme un parfait point de rupture, un bijou d’orfèvrerie cinématographique, dans une filmographie peu à peu habitée par une folie pandémique.
https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/blue-velvet/

(...) Toujours est-il que malgré sa chronologie linéaire, Blue velvet peut bel et bien se voir comme un rêve au même titre que Lost highway (12) et Mulholland drive) (36). Pas un rêve au sens littéral du terme comme dans Le Magicien d’Oz (44) (encore que cette interprétation soit tenable), où Dorothy se réveille à la fin et apprend qu’elle est tombée inconsciente sur son lit au moment du passage de la tornade, mais plutôt un rêve éveillé merveilleusement cauchemardesque qui conditionne tout le film. Ainsi, outre les images tour à tour trop idylliques ou cauchemardesques qui dégagent un sentiment d’inquiétante étrangeté, la structure du film est symétrique au point que chaque scène est déclinée deux voire trois fois à l’exception de la virée nocturne en compagnie de Frank (les visites de Jeffrey à Dorothy, les entrevues entre Jeffrey et Sandy au Arlene’s et en voiture, les baisers, etc.) et que l’ordre d’apparition de certains plans suit également une logique symétrique, comme les séquences d’ouverture et de fermeture. Il y a aussi les fondus enchaînés, les fondus au noir, la musique mystérieuse d’Angelo Badalamenti… Tout ici rappelle la logique mouvante du rêve et c’est aussi ce qui rend ce film, très maîtrisé de bout en bout, aussi fascinant.
Blue velvet fait ainsi partie de ces films qui, pour moi, ne perdent pas de leur pouvoir d’attraction au fil des visions et gardent toujours ce petit quelque chose indéfinissable qui fait qu’ils me laissent plongée dans mes songes, aussi enchantée que troublée, à l’image de Jeffrey à la toute fin du film, dont le regard révèle qu’il n’est pas tout à fait revenu de cet étrange rêve doux-amer, dont il gardera toujours un bout en lui.
https://culturellementvotre.fr/2015/04/14/blue-velvet-david-lynch-1986-critique-du-film-12/

Entretiens avec David Lynch
Pourquoi pensez-vous que la pellicule est morte au profit du numérique ?
C’est tellement ridicule, cette technologie surannée... Tout l’équipement que demande la pellicule est si ancien, si lourd. Charger la pellicule, ne pouvoir tourner que dix minutes, envoyer les films au laboratoire, ne pas voir tout de suite ce qu’on a tourné : ça n’a plus aucun sens. Le numérique a supprimé toutes ces contraintes. Sans même parler de la détérioration du support : très vite l’image devient sombre, des fils apparaissent... Je préfère, par exemple, que l’on voit Eraserhead (3) en Dvd que dans une copie film. L’image y est pure, moins altérée, rien ne vous écarte de lui, il n’y a plus aucun scratch. Avec le développement des projections numériques, on peut combiner le rituel de la salle, auquel je suis très attaché, et la qualité de l’image et du son numériques...
https://www.lesinrocks.com/2011/10/30/cinema/entretien-avec-david-lynch-mes-films-sont-mes-enfants-117624/
Dans "The Art life" (46), le documentaire qui vous est consacré, on ne vous voit que dans votre atelier. Vous avez peu de relation avec l’extérieur ?
Je dirais juste que la pratique de la peinture vous absorbe. C’est quelque chose de complètement intérieur. Le cinéma agit différemment. Il faut dealer avec les équipes. C’est la difficulté, car vous devez continuer à jouer avec vos idées, les travailler, mais avec tous ces gens autour. Alors que la fabrication d’un plan de cinéma ne relève, lui aussi, que de votre intériorité. C’est quelque chose de solitaire au milieu d’une foule. Oh, il semblerait que je doive y aller, là...
https://www.grazia.fr/cannes/allo-mister-lynch-entretien-exclusif-avec-le-realisateur-de-twin-peaks-853087
(46) http://www.citebd.org/spip.php?film1901

David Lynch
Né le 20 janvier 1946 à Missoula (Montana).
Ses films sont connus pour leur côté surréaliste...
http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Lynch

Frederick Elmes
Né le 4 Novembre 1946 aux Usa.
http://www.commeaucinema.com/personne/frederick-elmes,16627
http://en.wikipedia.org/wiki/Frederick_Elmes

Angelo Badalamenti
Né le 22 mars 1937 à New York.
Signa parfois ses premières participations cinématographiques du nom d’Andy Badale...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Angelo_Badalamenti

Kyle MacLachlan
Né le 22 février 1959 à Yakima (Usa).
À ses débuts, il travaille beaucoup avec David Lynch...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kyle_MacLachlan

Isabella Rossellini
Née le 18 juin 1952 à Rome.
Sa carrière d’actrice est plutôt intense...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Isabella_Rossellini

Dennis Hopper
Né le 17 mai 1936 à Dodge City (Kansas), décédé le 29 mai 2010 à Los Angeles.
Connu pour ses rôles, à ses débuts, au côté de James Dean...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dennis_Hopper

Laura Dern
Née le 10 février 1967 à Los Angeles.
Remarquée à 19 ans dans Blue velvet de David Lynch...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Laura_Dern

Hope Lange
Née le 28 novembre 1933 à Redding Ridge (Connecticut), décédée le 19 décembre 2003 à Santa Monica.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hope_Lange

Dean Stockwell
Né le 5 mars 1936 à Hollywood.
A commencé sa carrière d’acteur à l’âge de 7 ans (Le Garçon aux cheveux verts, 1948)...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dean_Stockwell

Priscilla Pointer
Née le 18 mai 1924 à New york.
http://en.wikipedia.org/wiki/Priscilla_Pointer

Brad Dourif
Né Bradford Claude Dourif le 18 mars 1950 à Huntington (Virginie-Occidentale).
Notamment connu pour avoir joué dans Vol au-dessus d’un nid de coucou...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Brad_Dourif

Jack Nance
Né Marvin John Nance le 21 décembre 1943 à Boston, décédé le 30 décembre 1996 à Pasadena.
Célèbre pour avoir tenu le rôle principal du film Eraserhead...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jack_Nance

extrait(s) de presse

Ciné-club de Caen - "Blue velvet" est, avant tout, un voyage initiatique où le désir de rechercher la dimension mystérieuse du monde en représente la seule voie d'accès...
Film de culte - Sur des bases de film noir, Lynch explose l'ambiance sitcom d'une bourgade bien sous tous rapports pour en faire ressortir toute une perversité digne d'un film d'épouvante sadomasochiste...
Ecran noir - Personne ne sort indemme de l’expérience...
Citizen poulpe - En quelques plans, David Lynch nous raconte l’essentiel de l’histoire...
Sang pour sang horreur - S'il ne vous faut voir qu'un seul film de David Lynch, alors c'est celui-ci...
Télérama - Elu film culte, "Blue velvet" est une oeuvre qui séduit ou irrite, mais qui vous hante longtemps...
aVoir-aLire - Film choc des années 80, "Blue velvet" ne fait pas l’unanimité lors de sa sortie...
Devil dead - Sans pousser l'univers dans les retranchements les plus fous de "Twin peaks", "Blue velvet" esquisse déjà un jeu des apparences où il suffit de gratter la jolie peinture d'une communauté bien sous tous rapports pour y découvrir un monde dément et pervers...