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close-up

Nemaye nazdik
Iran - 1990 - 1h34
sorti en France le 31 octobre 1991
film - version originale sous-titrée en français
de

Abbas Kiarostami

scénario : Abbas Kiarostami
direction de la photographie : Ali Reza Zarrindast
avec : Mohsen Makhmalbaf (lui-même), Hossain Sabzian (lui-même), Abolfazl Ahankhah (lui-même), Mehrdad Ahankhah (lui-même), Abbas Kiarostami (lui-même), Hassan Farazmand (lui-même), Hushang Shahai (lui-même), Monoochehr Ahankhah (lui-même), Mahrokh Ahankhah (elle-même), Nayer Mohseni Zonoozi (elle-même)
séances : semaine du mercredi 7 décembre 2011
mercredi 7 jeudi 8 vendredi 9 samedi 10 dimanche 11 lundi 12 mardi 13
21:00*
séance spéciale :
* film choisi et présenté par Bernard Stiegler soirée organisée en partenariat avec le Pôle image Magelis, le Pôle d'éducation à l'image de la région Poitou-Charentes tarif unique 3,5 €
séances : semaine du mercredi 21 septembre 2016
mercredi 21 jeudi 22 vendredi 23 samedi 24 dimanche 25 lundi 26 mardi 27
21:00*
séance spéciale :
* ciné mardi - "ces chers disparus (1) : hommage à Abbas Kiarostami" - tarif 3,50 €

synopsis

Cinéphile obsessionnel et sans emploi, Hossein Sabzian ne peut résister à la tentation de se faire passer pour le célèbre cinéaste Mohsen Makhmalbaf à qui il ressemble, afin de s’attirer les faveurs d’une famille iranienne bourgeoise. Une fois démasqué, cet homme est traîné devant la justice pour escroquerie. Apprenant ce fait divers, le réalisateur Abbas Kiarostami s’empresse de réunir une équipe de tournage afin de reconstituer les faits et de filmer le procès de Sabzian...

notes de production

De tous mes films, Close-up est le seul que j’aime vraiment. Par parce qu’il est de moi. Je n’ai pas d’opinion sur mes films. Mais il m’a paru différent des autres. Tout s’est passé si vite. Le thème était si fort et j’y ai mis tant de soin pendant quarante jours de tournage.
Abbas Kiarostami

Abbas Kiarostami est décédé à Paris le 4 juillet 2016.
http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/07/04/le-cineaste-iranien-abbas-kiarostami-est-mort-a-l-age-de-76-ans_4963523_3246.html

En 1990, la planète cinéphile découvre Close-up, déconcertant chef-d’œuvre d’Abbas Kiarostami, qui va s’imposer comme le leader d’une nouvelle vague de cinéastes déployant ruses et artifices poétiques pour dépeindre la réalité de leur pays...
http://www.telerama.fr/cinema/gros-plan-sur-close-up-un-chef-d-oeuvre-signe-abbas-kiarostami,50758.php

C’est en lisant l’étonnante histoire de Hossein Sabzian dans l’hebdomadaire Sorush que le réalisateur Abbas Kiarostami a eu l’idée de suivre l’homme et de réaliser Close-up.

C’est en 1991 en France que Close-up a connu son avant-première mondiale. Le film sort cette fois dans une version restaurée sous la supervision même de son réalisateur, Abbas Kiarostami.

Abbas Kiarostami tient à rappeler au spectateur que Close-up est une réalité reconstituée, et non pas une aventure fictionnelle. Le film est une histoire de distance entre le soi idéal et le soi véritable. Plus la distance est grande entre les deux, moins l’équilibre mental de l’homme est bon. Chacun tente de rapprocher les deux et atteindre ainsi une sorte d’équilibre.

Close-up avait intéressé le réalisateur italien Nanni Moretti (1), qui l’avait programmé dans son cinéma et qui a inspiré son court-métrage Le Jour de la première de Close-up (2). Au moment de sa sortie, le film a d’ailleurs reçu un engouement critique bien supérieur à l’étranger que dans son propre pays, l’Iran.
(1) http://www.citebd.org/spip.php?film1607
(2) http://www.cineclubdecaen.com/realisat/moretti/jourdelapremieredecloseup.htm

Pour Abbas Kiarostami, Close-up est le seul de ses films qu’il peut regarder dans une salle de cinéma, aux côtés d’autres spectateurs. Il a même oublié avoir été réalisateur de son propre film en le voyant à l’écran pour la première fois, un sentiment qui ne le quitte pas depuis le tournage où déjà, il avait l’impression que le film était réalisé avant même qu’il n’actionne sa caméra.

Lorsque les critiques ont vu le premier film distribué en France de Kiarostami, Où est la maison de mon ami ? (3) tous ont vu en lui l’héritier de Rossellini (4), qui filme la réalité telle qu’elle est, pour qu’elle se révèle. La vision de Close-up est toutefois venue bouleverser la donne et fait penser que Kiarostami se rapprocherait d’Orson Welles (5), d’un cinéma du faux, de la boucle et de la complication. Alain Bergala (6) propose ainsi de voir en lui l’héritier de la double culture, occidentale et orientale, des perses. Les films suivants viendront confirmer cette hypothèse d’un Kiarostami jouant sans cesse entre le vrai et le faux.
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/O%C3%B9_est_la_maison_de_mon_ami_%3F
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Roberto_Rossellini
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Orson_Welles
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Bergala

Interrogé par Jean-Pierre Limosin (7) dans Abbas Kiarostami, vérités et songes pour la collection Cinéma de notre temps, le cinéaste iranien déclarait en 1994 : que ce soit du documentaire ou de la fiction, le tout est un grand mensonge que nous racontons au spectateur. Notre art consiste à dire ce mensonge de sorte que le spectateur le croie. Qu’une partie soit documentaire ou une autre reconstituée se rapporte à notre méthode de travail et ne regarde pas les spectateurs. Le plus important, c’est que les spectateurs sachent que nous alignons une série de mensonges pour arriver à une vérité plus grande. Des mensonges pas réels mais vrais en quelque sorte.
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Limosin

Une anecdote assez savoureuse, racontée elle aussi à Michel Ciment (8), fait également part du choix du hasard quant à cette structure narrative chaotique. Kiarostami, qui avait assisté à une projection au cours de laquelle le projectionniste avait inversé deux bobines, trouvant le résultat meilleur que l’original, décida de remonter son film tel qu’il l’avait vu suite à cette erreur. Il s’agit de la séquence qui chronologiquement débute l’histoire, celle de la rencontre dans un bus de Szabian avec un des membres de la famille dans laquelle il va s’introduire, soit la mère, amatrice de cinéma. Dans la première version sortie en salles, cette séquence se trouvait être la première ; dans celle qui entretemps est devenu officielle, elle se situe désormais à mi-parcours, le scénario faisant - tout en restant parfaitement fluide - d’incessants et stimulants allers-retours entre passé, présent et futur. Kiarostami utilise également un procédé à la Rashomon (9) en nous montrant une même scène vue à travers deux points de vue opposés, celle de l’arrestation de Szabian. La première fois, lors de la séquence qui ouvre le film, on assiste au trajet en voiture du journaliste et des soldats qui se rendent à l’adresse de la famille flouée pour appréhender le coupable, la scène se terminant au moment où ce dernier arrive menotté jusqu’à la voiture ; puis, dans le dernier tiers du film, le cinéaste nous fait participer à cette arrestation et aux minutes qui précèdent mais cette fois du point de vue de l’escroc, qui se trouve alors dans la maison. Au vu de ces séquences qui semblent parfois prises sur le vif (certaines le sont d’ailleurs, comme la dernière pour laquelle Szabian n’a pas été averti qu’on le filmait), une question se pose d’emblée aux spectateurs qui ne savent d’ailleurs pas forcément que les protagonistes interprètent leur propre rôle : s’agit-il d’une fiction ou d’un documentaire ? La réponse est bien évidemment une sorte d’inédit mélange entre les deux, comme on peut commencer à l’appréhender en écoutant cette autre réponse toujours issue de l’entretien avec Michel Ciment : ...j’ai tourné cette première séquence [celle au cours de laquelle Kiarostami vient faire connaissance avec Szabian dans sa cellule] avec une caméra invisible. Les scènes du procès étaient également du documentaire, mais certaines choses ont été changées car je voulais être plus proche du sujet. Il y avait des pensées à l’intérieur de ce personnage dont il n’était pas conscient, et il fallait les faire sortir et les lui faire dire. Parfois, pour atteindre la vérité, il faut en partie trahir la réalité...
http://www.dvdclassik.com/critique/close-up-kiarostami
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Ciment
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Rash%C5%8Dmon_(film,_1950)

C’est une histoire vraie : un homme se fait passer pour le réalisateur Mohsen Makhmalbaf et investit pendant quelques jours la maison d’une famille bourgeoise qui rêve de cinéma. Bientôt découvert, l’escroc va passer en procès : Kiarostami est là pour le filmer, l’interroger et se questionner sur la fascination qu’exerce le cinéma sur les gens. Mine de rien, cette historiette sans conséquence revient à la source-même du principe cinématographique : un homme qui raconte une histoire, d’autres qui veulent bien y croire, et c’est parti. La mise en scène du film est totalement à l’unisson de ce retour aux sources : simple et complexe à la fois, elle alterne les fameux close-up (en vidéo ?) pendant les scènes de procès et les plans larges lors de reconstitutions des faits avec les protagonistes. Il y aura même, sublime final d’une sensibilité ravageuse, une scène de caméra cachée, où le petit escroc va rencontrer le vrai Makhmalbaf et se rendre chez les gens qu’il a grugés. Une fois encore, la frontière entre réalité et fiction devient très poreuse, tout comme cette histoire elle-même...
http://shangols.canalblog.com/archives/2010/10/22/11661850.html

Regard sur le cinéma iranien
Close-up est un cas à part dans la cinématographie de Kiarostami, car il semble que cette fois la réalité enveloppe carrément tout le film. Le fait vécu reconstitué parle de lui-même. Ce qui a intéressé le cinéaste, c’est avant tout le rapport de l’homme avec le cinéma. L’idée que l’être humain cherche à être un autre vient toucher une réalité universelle. Le film cherche donc à éclairer cet aspect de l’homme en incitant le spectateur à comprendre Sabzian et ses motivations. L’idée principale du film était de montrer que personne n’était à sa place : le conducteur de taxi était un pilote à la retraite, le journaliste se prenait pour Fallaci, Sabzian pour Makhmalbaf, le religieux faisait le juge, l’ingénieur était vendeur de pain… même Makhmalbaf devient un acteur ! Par ce jeu de faux et de vrai, Kiarostami réussit à nous faire comprendre que la raison de l’identité ou le mobile de l’évasion de soi n’est pas toujours volontaire ni seulement ludique. La réussite du film se trouve donc dans sa forme, mélangeant le documentaire et la fiction, laissant la liberté au spectateur de se faire son opinion propre. Les moyens s’apparentant au cinéma direct sont véritablement des outils pour accéder à un degré de vérité plus élevé. Mais cela n’empêche pas Kiarostami de mélanger allègrement les principes du documentaire avec ceux de la fiction. L’avant-dernière scène de Close-up est particulière à cet égard puisque le réalisateur utilise le son de manière non-réaliste...
http://www.webbynerd.com/artifice/dossierarchives/64.htm

Abbas Kiarostami
(en persan : عباس کیارستمی,) né le 22 juin 1940 à Téhéran, décédé à Paris le 4 juillet 2016.
Débute en produisant des dessins animés, des génériques et des supports publicitaires...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbas_Kiarostami

Mohsen Makhmalbaf
(en persan : محسن مخملباف) né le 29 mai 1957 à Téhéran.
Une grande partie de son travail, parmi ses films et ses écrits, est bannie en Iran...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mohsen_Makhmalbaf

Ali Reza Zarrindast
http://www.imdb.com/name/nm0202102/

Bernard Stiegler
Né le 1er avril 1952.
Philosophe français qui axe sa réflexion sur les enjeux des mutations actuelles - sociales, politiques, économiques, psychologiques - portées par le développement technologique et notamment les technologies numériques...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Stiegler

extrait(s) de presse

Ciné club de Caen - "Close-up" est bien ainsi une réflexion sur le pouvoir du cinéma, sur sa capacité à faire s'exprimer une parole vraie grâce à des dispositifs préparés à l'avance et sur son pouvoir d'ubiquité.
Shangols - Finalement, toute l'oeuvre de Kiarostami semble bien être un simple hommage au cinéma...
Critikat - Ce film constitue un joyau éclatant et un bouleversant objet qui fait se percuter le réel et son simulacre avec une puissance rarement atteinte...
Une semaine, un chapitre - Un univers épuré, où la fiction semble rejoindre constamment le documentaire...
Télérama - Un film poignant sur le désarroi des déshérités dans un pays en souffrance...
Kinok - Tristesse et légèreté. Close-up est décidément le noyau dur du cinéma d'Abbas Kiarostami.
Cinergie - Ce que nous raconte le génial "Close-up" n'est autre que la réalité qui mène à la fiction...
Les Inrocks - Le premier chef-d’oeuvre du grand cinéaste iranien qui fait vaciller les frontières du simulacre et du réel...