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freaks, la monstrueuse parade

ciné répertoire
Freaks
Usa - 1932 - 1h05
sorti en France le 7 octobre 1932
déconseillé aux moins de 16 ans
film - version originale sous-titrée en français
de

Tod Browning

scénario : Al Boasberg, Willis Goldbeck, Leon Gordon, Edgar Allan Woolf
d'après l'oeuvre de : Clarence Aaron "Tod" Robbins.
direction de la photographie : Merritt B. Gerstad
musique ou chansons : Gavin Barns
avec : Wallace Ford (Phroso), Leila Hyams (Venus), Olga Baclanova (Cléopâtre), Roscoe Ates (Roscoe), Henry Victor (Hercules), Harry Earles (Hans), Rose Dione (madame Tetrallini), Daisy Earles (Frieda), Olga Roderick (la femme à barbe), Prince Randiant (le torse), Daisy et Violet Hilton (les sœurs siamoises), Schlitze (lui-même, de son vrai nom, Simon Metz), Johnny Eck (Demi-Boy), Frances O'Connor (la jeune fille sans bras), Pete Robinson (le compagnon de la femme à barbe), Koo Koo (elle-même), Angelo Rossitto (Angeleno), Edward Brophy et Matt McHugh (les frères Rollo), Demetrius Alexis (monsieur Rogers), Sidney Bracey (le majordome de Hans), Mathilde Comont (madame Bartet), Albert Conti (le propriétaire), Michael Visaroff (Jean)
séances : semaine du mercredi 16 décembre 2009
mercredi 16 jeudi 17 vendredi 18 samedi 19 dimanche 20 lundi 21 mardi 22
14:45*
18:30*
séance spéciale :
* Ciné répertoire.

synopsis

Des êtres difformes se produisent dans un célèbre cirque, afin de s'exhiber en tant que phénomènes de foire. Le liliputien Hans, fiancé à l'écuyère naine Frieda, est fasciné par la beauté de l'acrobate Cléopâtre. Apprenant que son soupirant a hérité d'une belle somme, celle-ci décide de l'épouser pour l'empoisonner ensuite avec la complicité de son amant Hercule. Mais le complot est découvert, et les amis de Hans et Frieda vont se venger...

notes de production

Sorti en France sous le titre La Monstrueuse parade, Freaks, plongée effrayante dans le monde des phénomènes de cirques, est adapté du roman Spurs (Les Éperons) (1) de Clarence Aaron Tod Robbins.
(1) http://ww2.ac-poitiers.fr/daac/IMG/pdf/freaks_nouv_spurs.pdf
Les recettes impressionnantes du Dracula (2) de Tod Browning ont incité Irving Thalberg (3), alors directeur de production de la Mgm (4), à demander au scénariste Willis Goldbeck une nouvelle histoire encore plus terrifiante. Lorsque lui fut soumis le scénario de Freaks, celui-ci prononça une phrase resté célèbre : je vous avais demandé quelque chose de terrifiant... et je l’ai eu !
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Dracula_(film,_1931)
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Irving_Thalberg
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Metro-Goldwyn-Mayer

Film considéré comme extrêmement dérangeant et choquant de la part des censeurs britanniques, le drame Freaks sera interdit de diffusion en Angleterre pendant plus de 30 ans.
Freaks marquera le glas de la carrière du cinéaste Tod Browning. En effet, face à la violence des propos tenus à l’égard de son film, le réalisateur américain aura de plus en plus de difficultés à déceler de nouveaux projets, tous les studios de l’époque lui fermant leurs portes. Il finira par s’éloigner totalement du monde du cinéma, et mourra d’un cancer trente ans après le tournage du film maudit.
Malgré la grande liberté accordée au réalisateur Tod Browning par les dirigeants de la Mgm (4), Freaks connaîtra une courte carrière. Considéré aujourd’hui comme un chef-d’œuvre, le film a provoqué à sa sortie un immense scandale, non seulement de la part des censeurs et de la critique de l’époque, mais également du public. Le long-métrage sera pourtant coupé d’environ une demi-heure, ne durant plus que 64 minutes, la fin ayant été le plus transformé à la suite de cette censure (Les dernières minutes du film furent coupées aux Usa dès sa sortie et ce n’est qu’au début des années 80 que l’on a retrouvé la fin originale, celle que l’on connaît actuellement). Énorme échec, le film fut rapidement retiré de l’affiche.

Le casting des phénomènes de foire de Freaks ont tous été dépêchés parmi une véritable foire aux monstres de l’époque. La femme à barbe, les sœurs siamoises, l’homme-squelette, la femme sans bras, l’homme-tronc et tous les autres sont de vrais artistes du cirque Barnum (5).
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Phineas_Taylor_Barnum

Soixante ans après avoir déchaîné les passions dans les années 30, le drame horrifique Freaks de Tod Browning a fait partie de la sélection officielle du National film preservation board (6) des Usa en 1994, association cinématographique nationale luttant pour la préservation des œuvres mythiques. Cette sélection dénombrait également E.T. l’extraterrestre (7), L’invasion des profanateurs de sépultures (8) ou encore Taxi driver (9). Cette sélection reste à ce jour la seule distinction honorifique accordée au film de Tod Browning.
(6) http://www.familymovie.fr/cinematheques-internationales
(7) http://www.citebd.org/spip.php?film1795
(8) http://www.citebd.org/spip.php?film586
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Taxi_Driver

Dans le montage original, une scène a été retirée. La scène en question apparaissait à la fin, quand Cléopâtre fuit les monstres et Hans sous la pluie. Dans la scène originale, Cléopâtre tombe et ses jambes sont frappées par la foudre, puis son corps est recouvert de feuillages et de branchages (d’où sa métamorphose à la fin du film). Cette scène a été supprimée car le public jugeait le comportement de Hans trop agressif.

Freaks est désormais un classique du cinéma, et le film qui rend le plus grand hommage à ce chef-d’œuvre est certainement Elephant man (10) de David Lynch, où l’on retrouve les mêmes thématiques.
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Elephant_Man_(film)

(…) Browning nous plonge dans le monde de la monstruosité. Dans une scène champêtre inoubliable, il nous présente le plus gros de la troupe Tetrallini en train de s’ébattre dans une clairière. La ronde enfantine des quatre femmes à têtes d’épingle. Les sourires de l’homme-tronc et de l’homme-araignée. La partie de campagne des monstres· Tableau insolite d’une joie de vivre étonnante que vient interrompre deux villageois intrigués par un tel spectacle. La surprise visuelle est totale, renforcée par le cadre sylvestre.
Mais il y a tellement de respect dans cette approche des monstres que le film risque fort de décevoir le spectateur venu voir un film d’horreur, un film d’épouvante. Nous sommes loin des Dracula (11) dont Tod Browning est pourtant l’un des pères cinématographiques (le fameux Dracula (2) de 1931 avec Bela Lugosi dans le rôle du vampire).
Une fois passé le dépaysement, il faut attendre la trame mélodramatique pour s’effrayer non pas des difformités physiques, mais de la laideur morale des personnages normaux. Et dans cet univers des phénomènes de foire, il nous paraît naturel que le cercle de solidarité des monstres se referme sur Cléopâtre et Hercule, après une abjecte affaire d’héritage. Tod Browning avait approché ses monstres avec tendresse (comme dans ce remarquable plan de l’homme-larve allumant sa cigarette en se servant uniquement de sa bouche) ou même avec humour (comme le baiser à l’une des sœurs siamoises, ou l’accouchement de la femme à barbe). Mais bientôt, après un repas de noce inoubliable, il lance ses monstres dans une séquence hallucinante, qui restera comme l’un des sommets du film fantastique. Le regard omniprésent des monstres cerne Cléopâtre, et par une nuit d’orage impressionnante, ils progressent dans les flaques d’eau, caméra au ras du sol. On a l’impression d’un grouillement, d’une menace qui monte de la terre, et qui précède une vengeance terrible ... Le grand talent de Tod Browning consiste à provoquer l’effroi en refusant d’utiliser systématiquement l’aspect physique des personnages, mais en apportant, par une mise en scène étonnante, une dimension hallucinante à une situation.
Dès lors, on peut s’attendre à tout quand fe film revient au présent. J’en laisse la surprise au futur spectateur.
Raymond Lefèvre in La Revue du cinéma n° 227 (avril 1969)
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Dracula_(personnage)

Freaks constitue l’archétype du grand film oublié : tourné en 1932, il était pratiquement inconnu en France (sauf des habitués de la Cinémathèque). Son originalité première réside dans le fait qu’il fut interprété par de véritables monstres (sœurs siamoises, homme tronc, homme araignée, femme à barbe, etc ... ), et non par des acteurs grimés. Film sans trucages, donc, étonnante revue de ce que l’humanité peut offrir de formes aberrantes : on frémit à penser ce qu’une telle vision pourrait contenir de facile morbidité, de mépris horrifié, ou, dans le meilleur des cas, de condescendance charitable envers ces malheureux disgraciés. Le miracle est
que Freaks est une œuvre sereine et tendre : Browning force les. apparences : autant leur aspect physique est repoussant, autant est grande leur dignité, étonnante leur ingéniosité corporelle, respectable leur gentillesse et leur solidarité : rejetés par les normaux. les monstres ont créé un monde à part, parfaitement organisé, parfaitement charitable. Cette tendresse de Tod Browning n’excluant du reste pas l’humour, féroce comme il se doit, mais cela aussi est une marque de respect et de
connivence. La véritable difformité, nous la découvrirons chez la belle trapéziste et le bel athlète : méprisante et méprisable, leur seule loi est celle du plus sordide intérêt. On pourrait trouver la fable simpliste s’ils ne nous représentaient assez fidèlement : beaucoup d’entre nous ne vont-ils pas au cirque comme au zoo s’étonner ou s’amuser. Ce regard d’entomologiste que nous portons sur les êtres différents. pourtant capables d’aimer et de souffrir est l’un· des thèmes essentiels de bien des
films fantastiques (La Fiancée de Frankenstein (12) en particulier), mais, sans doute, jamais cet apologue n’avait atteint une telle justesse et une telle intensité tragique : c’est que Freaks, comme King kong (13) est moins un film de terreur qu’un grand film d’amour.
Jacques Zimmer in La Saison cinématographique 69
(12) http://www.citebd.org/spip.php?film260
(13) http://www.citebd.org/spip.php?film260

Tod Browning n’hésite pas à atteindre les bornes du plausible, il sait respecter son sujet, dans la contradiction habituelle bons/méchants ou normaux/ anormaux ici inversée, et créer une émotion dépourvue de tout excès. Ni exhibitionnisme, ni goût douteux, ni démagogie. Le style de Browning réside moins dans la manière de montrer l’horreur que dans une sobre mise à plat des éléments-chocs, qui sont presque intériorisés. Là encore pas d’excès : on n’est plus sur le versant de l’expressionnisme et du délire des films fantastiques classiques.
Comme l’a clairement montré Jean-Marie Sabatier dans son livre Les classiques du cinéma fantastique (14), l’œuvre de Tod Browning repose sur la dialectique spectacle / réalité. On pourrait rappeler à propos de Freaks qu’il est lui-même issu des milieux du cirque ... Mais surtout : cet enfant de la balle construit sa mise en scène sur les apparences. Ainsi quelques scènes non essentielles à l’action, et qui mettent en scène le clown Phroso : lorsque Vénus revient à lui en l’invectivant pendant qu’il se démaquille, ou lorsqu’on le voit dans une baignoire dont on découvre qu’elle n’est qu’un appareil destiné à son numéro. Et, plus généralement, Browning s’ingénie à nous prouver que c’est le regard porté sur les êtres qui les fait monstres. Quant à l’articulation principale du scénario, heureusement traitée de façon non moralisante - soit la question : qui est véritablement monstrueux ? - elle permet suffisamment cette dialectique des apparences et du regard pour qu’il soit inutile d’insister. Soulignons simplement la constance et la rigueur d’une œuvre remarquable qui n’est entachée de caractères démodés ou de petits défauts que dans certains de ses aspects secondaires. Mais là encore, quelle logique : si l’on retient l’interprétation, on se rend compte que seul gêne le jeu de quelques acteurs qui ne sont pas de la catégorie des freaks et - mieux - qui appartiennent au camp des personnages antipathiques...
Daniel Sauvaget in La Revue du cinéma n° 328 (mai 1978)
(14) http://www.livres-cinema.info/livre/3820/classiques-du-cinema-fantastique

extrait(s) de presse

Film de Culte - Le message évident de Freaks est que les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit...
Cinéma fantastique - Freaks est une bizarrerie filmique qui conserve cette aura d’"étrangeté cinématographique" depuis sa sortie ratée en salles...
Cinétrange - Freaks nous plonge dans un univers radical, presque documentaire, que ne renierai pas des cinéastes aussi barrés que David Lynch, Tim Burton ou Harmory Korine...
Horreur - Freaks à l’instar des êtres difformes qu’il montre, est une aberration de la nature...
Cinérama - Bref, tout est là pour faire de cette parade monstrueuse un chef d'oeuvre du septième art...
Devil dead - Le film surprend par la pureté de sa trame narrative...
Excessif - La leçon que Freaks donne à voir et à comprendre est d’une simplicité universelle...
Critikat - C'est dans la vengeance et la cruauté que les Freaks affirment véritablement leur humanité face aux "normaux"...