l’insoumis - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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l’insoumis

France - 1964 - 1h54
sorti en France le 29 septembre 1964
film - film francophone
de

Alain Cavalier

scénario : Alain Cavalier
direction de la photographie : Claude Renoir
musique ou chansons : Georges Delerue
avec : Alain Delon (Thomas Vlassenroot), Léa Massari (Dominique Servet), Georges Géret (le lieutenant Fraser), Maurice Garrel (Pierre Servet), Robert Castel (Amerio), Pierre Collet (le gendarme), Viviane Attia (Maria), Robert Bazil (le père de Maria), Paul Pavel (Félicien), Camille de Casabianca (la fille de Thomas)
séances : semaine du mercredi 13 juin 2018
mercredi 13 jeudi 14 vendredi 15 samedi 16 dimanche 17 lundi 18 mardi 19
14:30

synopsis

Thomas Vlassenroot, jeune Luxembourgeois, a combattu en Kabylie dans la Légion étrangère française pendant la guerre d'Algérie. En 1961, après le putsch des généraux et alors que l'Oas tentait de conserver l'Algérie à la France, Thomas a déserté et s'est réfugié à Alger chez son amie Maria. Son lieutenant, passé à l'Oas, lui propose de participer à une opération de commando : il s'agit d'enlever une avocate, Dominique Servet, venue défendre deux révolutionnaires algériens. En paiement, Thomas recevra assez d'argent pour rentrer au Luxembourg...

notes de production

L’Insoumis fut interdit en février 1965, à la suite d’une plainte déposée par l’avocate Mireille Glaymann (1), qui avait été enlevée par l’Oas (2) à Alger en 1962 tout comme l’héroïne du film. Maître Matarasso, avocat de la plaignante, avait fait valoir que la seconde partie de l’œuvre pouvait porter atteinte à la vie privée de sa cliente. Le film fut amputé de vingt-cinq minutes de coupe sur demande du tribunal. Le film ressortira à l’hiver 1967-68 dans quelques salles.
(1) https://www.gisti.org/spip.php?article4621
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_arm%C3%A9e_secr%C3%A8te

C’est un film de 1964 compliqué à comprendre de nos jours si on part de l’idée qu’Alain Cavalier voulait nous parler de la guerre d’Algérie (3), un conflit qu’il n’utilisera ici qu’en arrière-plan. Néanmoins, le contraste est saisissant entre la sensualité d’Alger et la froideur de la France. Malgré la force des conflits et la lutte à mort entre les partisans de l’Algérie française et les autres (jamais on ne parle du Fln (4) par opposition à l’Oas (2), ce qui fait que le spectateur d’aujourd’hui ne peut pas comprendre les enjeux), le soldat Thomas Vlassenroot (5) conserve la nostalgie de la douceur de vivre, de la chaleur, des petits bistrots d’autrefois à Alger la Blanche, de sa petite amie, Maria, qu’il a été obligé de quitter. L’arrivée en France est une douche froide. Cela, le film le montre très bien.
Alain Delon a toujours aimé ces rôles d’homme condamné à une mort proche et inéluctable que d’une certaine façon son personnage l’accepte, allant presque au devant de l’issue fatale et finale.
http://www.cinemaniac.fr/linsoumis-deloncavalier-rarete-arte/
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27Alg%C3%A9rie
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Front_de_lib%C3%A9ration_nationale_(Alg%C3%A9rie)
(5) le nom du personnage, signifie racine du lin, le lin étant la matière dont on faisait les suaires… Thomas, tel Saint-Thomas, observe… l’enchaînement inévitable des événements, sachant confusément qu’il est destiné à mourir.

Les errements géographiques et idéologiques du personnage principal rappellent ceux de Jean-Louis Trintignant dans Le Conformiste (6), à une autre époque (le début du 20ème siècle), dans un autre cadre géopolitique (l’adhésion au fascisme). La réaction à un traumatisme politique extérieur aux frontières françaises est étonnamment similaire, mais la comparaison s’arrête là : l’évolution psychologique, les considérations esthétiques et les arguments théoriques n’ont strictement rien à voir. On pourra reprocher à cet Insoumis un côté répétitif dans la seconde partie, à partir du moment où la (trop) longue fuite démarre et où le personnage souffre de blessures multiples : physiques, amoureuses, et existentielles. Le traumatisme devient bien sûr allégorique, c’est aussi celui d’un pays tout entier terrifié a posteriori par ses exactions et ses tristes décisions passées. La scène finale est à ce titre très réussie dans le portrait tragique de cet homme qui aura mis tant de temps à réaliser ses erreurs, à passer outre ses regrets, et à engager la marche arrière nécessaire.
http://www.je-mattarde.com/index.php?post/L-Insoumis-d-Alain-Cavalier-1964
(6) http://www.citebd.org/spip.php?film1667

Delon, avec son regard de chien battu mais toujours prêt à mordre ou à dégainer quand il sent approcher le danger, est une nouvelle fois excellent, dans le rôle de ce personnage engagé presque malgré lui dans cette fuite en avant (pourrait-on faire un parallèle avec la France ? Ouh, ce serait finaud). Il ne cherche pas particulièrement à se faire remarquer, fait montre d’une certaine empathie envers une Léa prisonnière et assoiffée mais il va rapidement se retrouver dans un tourbillon de violence dont il ne pourra s’échapper. Le premier coup de feu est comme un coup à la porte de l’enfer - comme dirait l’autre - et, en décidant de ne pas tuer son boss et ancien lieutenant (le toujours solide Georges Géret), il sait parfaitement qu’il va au-devant d’ennuis (ce dernier fera forcément tout pour le retrouver). Le mal est de toute façon dans le fruit (cette blessure a l’air beaucoup plus sérieuse que prévue) et notre Alain semble condamné d’avance - le salaire de cette sale guerre (3) en quelque sorte... La Léa est là pour lui apporter une ultime preuve d’affection, pour l’aider à aller jusqu’au bout de son destin, mais l’on sent bien que les forces du Alain risquent de s’épuiser en chemin. La tragédie est en route...
http://shangols.canalblog.com/archives/2017/03/22/35082270.html

Pour l’anecdote, sur la pochette de l’album The Queen is dead (7) du groupe britannique The Smiths, conçue par Morrissey, on retrouve une photo d’Alain Delon extraite du film L’Insoumis.
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Queen_Is_Dead

Comme j’ai grandi pendant la guerre, faire le plus avec le moins est la base de ma formation. Je suis dans une économie de pauvreté choisie et revendiquée, mais absolument pas de manque. Le luxe me terrorise, d’autant plus que je l’ai connu comme cinéaste. Quand je tournais L’Insoumis, produit par la Mgm (8), on bloquait une rue entière quand l’acteur devait y faire quelques pas et on déployait des quantités inouïes de matériel. Et je me demandais ce que je faisais là... Alors que maintenant, je sais exactement combien coûte mon geste cinématographique, puisque c’est moi qui le prends en charge, même si j’ai un partenaire-producteur pour le prochain film. Je n’ai plus cette infirmité liée à l’argent. Elle a été remplacée par une autre : l’infirmité liée à la fatigue de filmer, de savoir que je peux travailler deux ou trois heures par jour, pas plus ­ et que se passe-t-il s’il se produit quelque chose d’intéressant quand je suis vidé ?
Alain Cavalier
https://www.lesinrocks.com/2000/11/21/cinema/actualite-cinema/alain-cavalier-artisan-et-modele-11219313/
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Metro-Goldwyn-Mayer

Alain Cavalier
voir fiche du film Un Étrange voyage
http://www.citebd.org/spip.php?film1959

Claude Renoir
voir fiche du film La Grande illusion
http://www.citebd.org/spip.php?film1221

Georges Delerue
voir fiche du film L’Important c’est d’aimer
http://www.citebd.org/spip.php?film888

Alain Delon
voir fiche du film Monsieur Klein
http://www.citebd.org/spip.php?film1389

Léa Massari
Née le 30 juin 1933 à Rome.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lea_Massari

Georges Géret
Né à Lyon le 18 octobre 1924 et décédé à Paris le 7 avril 1996.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_G%C3%A9ret

Maurice Garrel
voir fiche du film Un Été brûlant
http://www.citebd.org/spip.php?film732

Robert Castel
Né le 21 mai 1933 à Bab El-Oued.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Castel_(acteur)

Pierre Collet
Né Émile André Pierre Collet le 10 mars 1914 à Montrouge et décédé le 30 octobre 1977 à Paris.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Collet

Viviane Attia
https://www.imdb.com/name/nm0041049/

Robert Bazil
voir fiche du film Le Dos au mur
http://www.citebd.org/spip.php?film1972

Paul Pavel
voir fiche du film Le Trou
http://www.citebd.org/spip.php?film2092

Camille de Casabianca
voir fiche du film Un Étrange voyage
http://www.citebd.org/spip.php?film1959

extrait(s) de presse

Télérama - Avec son scénario coécrit par Jean Cau, le film tient de la vraie curiosité.
Arte - Quelque part entre Bresson et Walsh, "L’Insoumis" est l’un des diamants secrets du cinéma français.
Challenges - Le résultat est troublant d'intensité et le final de ce long métrage redoutablement bouleversant.
àVoir-àLire - Sujet polémique pour un film bouleversant sur le destin d’un déserteur, magnifié par un Alain Delon au sommet de son talent.
Le Blog d'Alexandre... - (...) "L’Insoumis" est excellent et on peut le revoir cinquante années après avec un grand plaisir...
Critikat - C’est du fait de sa performance physique que l’on peut dire que Delon trouve sûrement dans ce film l’un de ses plus beaux rôles.
Le Figaro - L'Insoumis d'Alain Cavalier, inédit en DVD, ressort en salle. Attention chef-d'œuvre...
Slate - (...) "L’Insoumis" reste une splendeur de cinéma.