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abracadabra

Espagne, France - 2017 - 1h33
sorti en France le 4 avril 2018
film - version originale sous-titrée en français
de

Pablo Berger

scénario : Pablo Berger
direction de la photographie : Kiko de la Rica
musique ou chansons : Alfonso de Vilallonga
avec : Maribel Verdú (Carmen), Antonio de la Torre (Carlos), José Mota (Pepe), Josep María Pou (expert en hypnose /Dr Fumetti), Quim Gutiérrez (esprit malin / Tito), Priscilla Delgado (Toñi), Julián Villagrán (Pedro Luis), Javivi (Agustin),Saturnino Barea (Mariano), Ramon Barea (Taxista), Janfri Topera (Rogelio)
séances : semaine du mercredi 13 juin 2018
mercredi 13 jeudi 14 vendredi 15 samedi 16 dimanche 17 lundi 18 mardi 19
20:30
14:00
21:00
17:15
18:30
20:30*
séance spéciale :
* mardi 20h30 dernière séance

synopsis

Carmen est mariée à Carlos, un conducteur de grue macho, fan de foot, qui ne lui prête plus guère attention. Après une séance d’hypnose dont il est le cobaye pendant un mariage, Carlos devient le parfait époux. Quelque chose a changé !

notes de production

Depuis le court-métrage Mama (1988), Pablo Berger voit ses films comme étant extrêmes, le cinéaste traitant chaque projet comme si c’était son dernier et en y mettant toutes ses obsessions. Il explique : au début, le clavier devient pour moi une sorte de planche de Ouija (1), je me laisse porter, et je déverse mes démons et images en vrac, dans tout leur chaos. C’est pour cela que mes films sortent des sentiers battus. Après, à partir de ce point de départ excentrique, ce qui m’intéresse est le récit. C’est pourquoi je donne à tous mes films la forme de fables. Abracadabra en est une, une fable moderne.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ouija

Malgré tout, Abracadabra est bien différent du film précédent de Pablo Berger, Blancanieves (2), qui était muet et en noir et blanc. Ce nouveau long métrage est une œuvre aux couleurs saturées, extrême dans son humour, fondée sur l’absurde. Le metteur en scène précise : je crois que mes projets sont tous frères, et le fait qu’ils soient extrêmes ne m’a pas facilité la vie pour les mettre sur pied, mais par chance, dans le cas de Abracadabra, le succès de mes films précédents a aidé à ce que les producteurs croient en cette folie. Je n’essaie pas d’être un réalisateur culte ou d’aller à contre-courant par provocation, c’est même tout l’inverse : mon cinéma est ouvert, il raconte des choses et il est comme un plat de lasagnes où tout spectateur, du cinéphile à la femme au foyer, peut piocher les couches qu’il veut et passer un bon moment. Je crois en un cinéma qui n’exclut pas le spectateur.
(2) http://www.citebd.org/spip.php?film972

Pablo Berger a en commun avec son collègue basque Alex de la Iglesia (3) le fait de combiner divertissement et cinéma d’auteur. Alex et moi, nous sommes comme des frères siamois qu’on aurait séparés à la naissance. Nous nous sommes connus à Bilbao, au collège, à 18 ans, et on joue avec les mêmes références. Il est l’action et moi la réflexion, confie le premier.
(3) http://www.citebd.org/spip.php?film1179

Dans Abracadabra, Pablo Berger retrouve Maribel Verdú, qui jouait déjà dans Blancanieves (2). La comédienne est avant tout une amie et une complice du réalisateur. Ce dernier raconte : nous avons la même approche du cinéma : nous aimons nous amuser et surprendre. Bien qu’elle joue depuis l’âge de douze ans et qu’elle ait à son actif une très vaste filmographie, chaque fois qu’elle arrive sur le plateau, elle veut passer un bon moment et relever des défis. Quand je lui ai donné ce scénario, elle l’a lu tout de suite et m’a dit qu’elle s’en remettait à moi : « Mettons-nous à jouer et faisons cette folie ! », m’a-t-elle dit. Sur la base de cette complicité et cette confiance totale, nous avons sauté dans un précipice.

Abracadabra est aussi le portrait de Madrid fait par un Basque. Pablo Berger a en effet toujours voulu faire un film avec la capitale espagnole parmi ses personnages. Ce nouveau long métrage est pour le réalisateur une lettre d’amour à cette ville qui le fascine. Il développe à ce sujet : c’est une capitale ancrée dans le passé mais qui regarde vers l’avant, une ville où cohabitent, à Malasaña, bocadillos aux calamars et cupcakes, ou, dans le quartier de Tetuán, gratte-ciel et voisines en chaussons et robe de chambre. À Madrid, les choses les plus inattendues peuvent arriver. Cette ville m’inspire toujours des histoires : je l’aime et je la hais. C’est de tout cela qu’est née la Madrid de mon film : la ville n’est pas présentée de manière réaliste ou documentariste, mais de manière stylisée, passée à travers mon filtre.

Les spectateurs qui ont vu Blancanieves (2) apprécieront le grand écart artistique que le réalisateur est parvenu à effectuer, tout en gardant la même équipe technique. Après sa réappropriation des codes du cinéma muet et noir et blanc des années 1920, Pablo Berger s’essaie cette fois à une fiction parfaitement contemporaine, tant dans sa mise en scène que son écriture. Et pourtant, Berger reste fidèle à une thématique qui lui semble chère, à savoir la dénonciation de la violence qui prend source dans les relations conjugales. Pour cela, il imagine un couple qui ne fonctionne que grâce au déni dont la femme fait montre à l’égard de la nonchalance de son époux.
Le comportement bourru de cet homme antipathique parvient cependant à être le moteur de scènes véritablement désopilantes dans les premières minutes du long-métrage. Le scénario parvient après cela à intégrer un retournement de situation de l’ordre du fantastique dans ce qui s’ouvrait pourtant comme une comédie de mœurs parfaitement terre-à-terre. Un tel croisement des approches stylistiques n’empêche pas pour autant Berger de construire un propos parfaitement cohérent sur les doutes qui vont naître dans l’esprit de cette femme. Alors que c’est lui qui subit une séance d’hypnose qui va littéralement le transformer, c’est en effet elle qui prend la place centrale de l’intrigue tandis que l’apparition de ce qui a tout pour être, à ses yeux, un homme idéal va remettre en question toutes ses certitudes...
https://www.avoir-alire.com/abracadabra-la-critique-du-film

Face à elle, Antonio de la Torre (Que dios nos pardone (4), Balada triste) (5) est une nouvelle fois impérial. L’aisance avec laquelle il passe de la colère à une tendre béatitude, de la frustration agressive au vide, impressionne. Mais ce sont finalement les personnages secondaires qui viendront ajouter à la sensation d’étrangeté de l’ensemble, du couple ayant recréé des pans entiers du catalogue Ikea, à l’agent immobilier dramaturge, en passant par le singe voleur de sandwich ou le professeur surtout intéressé par l’argent. Avec une maîtrise déconcertante, Pablo Berger enchaîne d’improbables scènes dignes de films d’horreur où le filmage rapproché des visages domine, avec des scènes de pure comédie. Se permettant des clins d’œils aussi bien à L’Exorciste (6) qu’à Taxi driver (7) ou La Fièvre du samedi soir (8), Abracadabra est de ces films qui vous surprend à chaque nouvelle scène, pour mieux vous égarer dans ses multiples pistes, ou vous émouvoir dans ses conclusions. Sans nul doute l’un des films à ne pas rater cet automne.
http://www.abusdecine.com/critique/abracadabra
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Que_Dios_nos_perdone
(5) http://www.citebd.org/spip.php?film1184
(6) http://www.citebd.org/spip.php?film1559
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Taxi_Driver
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fi%C3%A8vre_du_samedi_soir

Entretien avec Pablo Berger
On a, depuis les origines du cinéma, beaucoup écrit et théorisé sur le parallèle entre cinéma et hypnose ; il s’agit, dans les deux cas, de placer un sujet dans une condition d’attention particulière, dans laquelle la réalité s’estompe. Epstein, les surréalistes… ont écrit à ce propos. Comment avez-vous envisagé la mise en scène de l’hypnose ?
Je crois que, d’une certaine façon, tout réalisateur désire hypnotiser ses spectateurs, les placer dans une situation de suggestion collective, en faire des personnages à part entière du film. C’est la même expérience, oui : depuis les origines, le cinéma, l’hypnose et la magie sont liés par leur recherche d’un rêve éveillé. Avant d’être cinéastes, George Méliès (9) ou Orson Welles (10) pratiquaient l’illusionnisme ; les surréalistes travaillaient sur le subconscient. Mais, pour moi, il y a surtout Woody Allen (11), dans la façon qu’il a eu d’utiliser, et de représenter, la magie, dans ses films. Il y a bien sûr une référence évidente à Le Sortilège du scorpion de jade (12), mais il y en a d’autres, La Rose pourpre du Caire (13), Scoop (14), Minuit à Paris (15). Ce que me permet l’hypnose, ici, c’est de faire vivre à des personnages plutôt ordinaires une expérience extraordinaire. La structure d’un film a beaucoup à voir avec le processus de l’hypnose ; le générique de début, avec ces noms qui apparaissent, marque le début de cet état dans lequel on veut placer le sujet. Par le passé, on voyait même s’inscrire les chiffres en compte à rebours - 10, 9, 8, etc. Il faut que, dans les 5 premières minutes, on parvienne à faire entrer le spectateur dans le film. Et le générique de fin, ces noms qui défilent : c’est une façon de sortir de l’hypnose. Un consultant en hypnose m’a accompagné pendant l’écriture et le tournage, nous parlions beaucoup de cette connexion entre l’hypnose et le cinéma...
https://www.fichesducinema.com/2018/04/entretien-avec-pablo-berger-2/
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_M%C3%A9li%C3%A8s
(10) http://www.citebd.org/spip.php?film1831
(11) http://www.citebd.org/spip.php?film2056
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Sortil%C3%A8ge_du_scorpion_de_jade
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Rose_pourpre_du_Caire
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Scoop_(film,_2006)
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Minuit_%C3%A0_Paris

Pablo Berger
voir fiche du film Blancanieves
http://www.citebd.org/spip.php?film972

Kiko de la Rica
voir fiche du film Blancanieves
http://www.citebd.org/spip.php?film972

Alfonso de Vilallonga
voir fiche du film Blancanieves
http://www.citebd.org/spip.php?film972

Maribel Verdú
voir fiche du film Blancanieves
http://www.citebd.org/spip.php?film972

Antonio de la Torre
voir fiche du film La Isla mínima
http://www.citebd.org/spip.php?film1492

José Mota
https://www.imdb.com/name/nm1239566/

Josep María Pou
https://www.imdb.com/name/nm0693493/
voir aussi fiche du film Blancanieves
http://www.citebd.org/spip.php?film972

Quim Gutiérrez
https://www.imdb.com/name/nm1273697/

Priscilla Delgado
https://www.imdb.com/name/nm3418701/
voir aussi fiche du film Julieta
http://www.citebd.org/spip.php?film1824

Julián Villagrán
https://www.imdb.com/name/nm1253636/

Javivi
https://www.imdb.com/name/nm0419512/

Ramon Barea
https://www.imdb.com/name/nm0054381/
voir aussi fiche du film Blancanieves
http://www.citebd.org/spip.php?film972

Janfri Topera
https://www.imdb.com/name/nm0867653/

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - Un pur film de genre, comme on aime que l’Espagne nous en livre, mais aussi et surtout un improbable pamphlet à l’émancipation de la femme face à une société machiste.
Fiches du cinéma - Comédie dans un drame, thriller dans un film fantastique empreint d’un délirium musical, le nouvel opus de Pablo Berger ("Blancanieves") embarque le spectateur dans une dinguerie hypnotique, tragi-comiqué et ébouriffante, servie par de suberbes acteurs.
Télérama - Sur le ton de la comédie exubérante, Pablo Berger parle du couple d’une manière à la fois inventive et réfléchie. La con­jugalité, paradis ou enfer, est aussi schizophrénique que les hommes qui entourent Carmen. Elle qui croit en l’amour est toujours ramenée à la violence masculine. Ce film original et émouvant n’en est que plus actuel.
Bande à part - Une farce succulente qui joue de la magie dans les rues et immeubles madrilènes.
Culturebox - "Abracadabra" mérite d'être découvert, pour sa liberté de ton, son humour rentre-dedans et un souci esthétique qui ne l'abandonne jamais, même dans la traversée de ses périodes les plus confuses.
Critikat - "Abracadabra" filme l’Espagne des années 2010 dans une débauche de couleurs saturées et d’effets de manche scénaristiques et techniques.