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perfect blue

Pafekuto buru
Japon - 1997 - 1h20
sorti en France le 8 septembre 1999
interdit aux moins de 12 ans
film d'animation - version originale sous-titrée en français
de

Satoshi Kon

scénario : Sadayuki Murai
d'après l'oeuvre de : Yoshikazu Takeuchi
direction de la photographie : Hisao Shirai
musique ou chansons : Masahiro Ikumi
voix : Junko Iwao (Mima Kirigoe), Rica Matsumoto (Rumi), Shinpachi Tsuji (Tadokoro), Masaaki Ôkura (Me-Mania), Emi Shinohara (Eri Ochiai), Masashi Ebara (Murano), Kiyoyuki Yanada (Kantoku), Tôru Furusawa (Yada)
séances : semaine du mercredi 30 mai 2018
mercredi 30 jeudi 31 vendredi 1er samedi 2 dimanche 3 lundi 4 mardi 5
21:15*
séance spéciale :
* ciné sushi : séance précédée d’une conférence de Pascal-Alex Vincent, professeur à la Sorbonne Nouvelle et spécialiste du cinéma japonais (accès libre à la conférence dans la limite des places disponibles) - tarif préférentiel 2 films = 7 € (film couplé avec "Le Vagabond de Tokyo") ou tarifs habituels du cinéma de la Cité - soirée en partenariat avec l’Afcae, l’Adrc, la Human academy et Hidden circle

synopsis

C'est sans regret que Mima, chanteuse, quitte son groupe pour se consacrer à une carrière de comédienne. Elle accepte un petit rôle dans une série télévisée. Cependant, son départ brusque de la chanson a provoqué la colère de ses fans et plus particulièrement celle de l'un d'eux. Le mystérieux traqueur passe à l'acte en dévoilant en détail la vie de la jeune femme sur Internet, puis en menaçant ses proches...

notes de production

A l’origine, Perfect blue est un roman de Yoshikazu Takeuchi, Perfect blue : complete metamorphosis, sorti dans les librairies japonaises en mars 1991. Une histoire de pop-idol plongée dans un thriller psychologique qui a fait son petit effet au point qu’un projet de mini-série live est rapidement envisagé. Malheureusement, en cours de production, la ville de Kobé, où se situe le studio, est victime d’un terrible tremblement de terre en 1995 (1) qui détruit la plus grande partie des plateaux. Plutôt que de laisser mourir le projet alors qu’il est déjà bien avancé, décision est prise d’utiliser les capitaux restant pour produire une nouvelle adaptation, en animation cette fois, et à l’usage exclusif de la vidéo. Cela a un double intérêt : d’une part ce type de production ne coûte pas énormément cher et rentre rapidement dans ses frais, mais surtout, cela permet de contourner la censure en vigueur à la télévision. Il existe en effet un marché parallèle, les Oav (pour Original animation video), des productions pour la vidéo, libres de toutes coupes franches qui offrent ainsi la possibilité à leurs créateurs de se lâcher sur le sexe et la violence, deux données capitales dans l’histoire de Perfect blue. Mais encore faut-il trouver le réalisateur adéquat capable de mener ce projet à bien avec seulement 3 millions de yens de budget (soit en gros, 22 200 €)...
Doté de son minuscule budget, Satoshi Kon se heurte à un premier obstacle : l’œuvre originale, qu’il n’aime pas du tout. Pour lui, il n’y a pas là matière à faire un grand film et il demande donc à ses producteurs l’autorisation de trahir le roman. Après des négociations que l’on imagine houleuses, il obtient enfin le feu vert à condition toutefois de respecter l’Adn de l’histoire : le film doit se situer dans le monde de la J-Pop, il doit y être question de thriller, cela doit être sombre et violent. Aidé de son scénariste Sadayuki Murai, Kon s’en donne donc à cœur joie, bien décidé à raconter l’histoire qu’il a en tête depuis un moment...
https://www.ecranlarge.com/films/dossier/1015056-un-doigt-dans-le-culte-perfect-blue-de-satoshi-kon
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9isme_de_1995_%C3%A0_Kobe

Le film débute sur une scène hors de propos de super sentai (2), avant de révéler, par un élargissement du cadre, un public qui assiste à la représentation d’un spectacle. Puis, par un changement d’axe, nous découvrons ceux qui filment ce spectacle. Avant même que le film ne démarre véritablement, l’image filmée est ainsi montrée comme telle, selon ses trois composantes : un contenu (quel qu’il soit), un point de vue (qui définit notamment un cadre), et un regard. Puis un nouveau pas de recul est fait. Toute cette scène se révèle être un flashback : il s’agit d’un souvenir de Mima, le personnage principal. Loin d’un simple artifice, cette introduction révèle ce qui restera constant pour tout le cinéma de Satoshi Kon : tout, chez lui, n’est qu’image mentale...
https://www.critikat.com/panorama/analyse/perfect-blue/
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Super_sentai

(...) ce qui fait de Perfect blue une œuvre profondément cérébrale naît en grande partie du fait qu’il s’agisse d’un film d’animation. Ici, le procédé n’est pas d’activer l’imagination à la manière d’un comprimé effervescent : outre un récit collé au plancher des vaches malgré ses parenthèses oniriques, il faut bien avouer que les graphismes sont loin de rivaliser avec ceux des œuvres d’Oshii (3) ou de Miyazaki (4). La force de Kon réside ici dans les bascules qui assimilent le montage du film aux légères piques de vertige d’un cerveau qui n’arrive plus à distinguer le réel du virtuel. Le spectateur, confronté à une œuvre intégralement animée, est lui aussi bloqué dans une zone où faire cette distinction est à la limite de l’impossible - que peut-on qualifier de réel dans un dessin animé ? Et le fait que le trait des graphismes soit plus que sommaire constitue au final un atout monstrueux, Kon ne misant que sur de légers décadrages, des flashs oniriques qui surgissent sans crier gare, des visages opaques derrière lesquels tout reste à décrypter et une bande-son gorgée de motifs musicaux répétés en boucle. En l’état, l’effet est redoutable, de même que les boucles temporelles faisant revenir plusieurs scènes à des moments-clés du récit (l’exemple le plus fort est sans doute le réveil brutal de Mima dans son lit) en arrivent à recréer ce délicieux vertige métaphysique qu’un cinéaste comme Alain Resnais (5) avait su concrétiser dans ses meilleurs films - citons l’errance romantico-onirique de Je t’aime je t’aime (6) ou le labyrinthe conceptuel de L’Année dernière à Marienbad (7)...
http://www.courte-focale.fr/cinema/analyses/perfect-blue-satoshi-kon-1999/
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mamoru_Oshii
(4) http://www.citebd.org/spip.php?film1013
(5) http://www.citebd.org/spip.php?film1217
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Je_t%27aime,_je_t%27aime
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Ann%C3%A9e_derni%C3%A8re_%C3%A0_Marienbad

Perfect blue est une œuvre cinéphilique mais pas un film de cinéphiles. A sa vision, on pense à Hitchcock (8) ou Argento (9) sans qu’il soit nécessaire d’en recourir à des citations aussi explicites que réductrices. A titre d’exemple, la réalisation ne rappelle pas seulement l’ex-maître italien dans l’emploi d’un des tubes des Cham comme ritournelle fatale pour celui qui l’entendra (le meurtre du scénariste dans le parking) ou la violence des meurtres exécutés à l’arme blanche mais bien dans la porosité entre un état conscient et le rêve.
Perfect blue entretient donc de multiples rapports avec le médium cinéma, à tel point que l’on peut affirmer que c’est un dessin-animé qui se rêve long métrage de cinéma. Sachant que l’un des sujets du films est cette chanteuse se rêvant actrice, la mise en abyme devient vertigineuse.
http://louvreuse.net/Analyse/perfect-blue.html
(8) http://www.citebd.org/spip.php?film1670
(9) http://www.citebd.org/spip.php?film1263

Perfect blue démontre avec brio que film d’animation réussi ne rime pas forcément avec mise en scène époustouflante ou budget astronomique. Il rappelle d’autant plus, contrecarrant ainsi les préjugés des japanophobes, que la réalisation technique et la représentation des protagonistes dans les films d’animation japonais reste protéiforme. Relativement simple graphiquement, le film n’en est pas moins complexe au niveau du scénario. Kon Satoshi participe à démontrer une nouvelle fois la qualité des œuvres animées japonaises, dans un registre pourtant très différent des productions que l’Europe a l’habitude de se représenter.
https://www.kanpai.fr/culture-japonaise/perfect-blue

La mise en scène de Satoshi Kon obéit ainsi plus aux codes du thriller schizophrène (on pense souvent au Répulsion (10) de Polanski) où la notion de point de vue est malmenée par le mental vacillant de Mima. C’est d’abord des personnages qui disparaissent puis réapparaissent dans une même séquence et nous faisant douter de ce que l’on voit (les présences/absences du fan pervers sur le tournage du film) avant que ce ne soit les séquences elles-mêmes qui s’escamotent dans un maelstrom troublant où réalité et fiction sont indistincts, chaque dérapage se concluant par un réveil en sursaut de Mima qui ne sait plus si elle a vécu, rêvé ou tourné ce que l’on vient de voir. Pour plus de confusion encore, cette perte d’identité et de repères correspond aussi à l’intrigue du film que tourne Mima avec un personnage schizophrène suite à un traumatisme. Satoshi Kon laisse autant une réalité factice envahir notre perception que le fantasme cauchemardesque le plus prononcé, avec le double torturé et envahissant de Mima symbolisant sa culpabilité mais qui prendra un tour plus concret dans la conclusion. Le brio de la réalisation compense les quelques carences techniques d’une œuvre au budget modeste, avec notamment des arrière-plans statiques et des scènes de foule grossières où la population demeure à l’état de silhouettes sans détails. L’influence du film (qui voyagera grandement et sera de nombreuses fois récompensé en festival) est considérable, notamment chez un certain Darren Aronofsky qui reprendra un plan à l’identique dans son Requiem for a dream (11) - Mima recroquevillée dans sa baignoire hurlant en silence est imitée par Jennifer Connely dans ce dernier - et de nombreuses situations dans Black swan (12), notamment les jeux de miroirs et de reflets...
http://www.dvdclassik.com/critique/perfect-blue-kon
(10) http://www.citebd.org/spip.php?film1145
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Requiem_for_a_Dream
(12) http://www.citebd.org/spip.php?film751

Satoshi Kon
Né le 12 octobre 1963 à Kushiro et décédé le 24 août 2010.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Satoshi_Kon

Sadayuki Murai
https://www.imdb.com/name/nm0613444/

Yoshikazu Takeuchi
https://www.imdb.com/name/nm0847621/

Hisao Shirai
https://www.imdb.com/name/nm0794174/

Masahiro Ikumi
https://www.imdb.com/name/nm0407553/

Junko Iwao
Née Junko Yamamoto le 18 février 1970 à Beppu.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Junko_Iwao

Rica Matsumoto
https://www.imdb.com/name/nm0559551/

Shinpachi Tsuji
https://www.imdb.com/name/nm0875320/

Masaaki Ôkura
https://www.imdb.com/name/nm0959991/

Emi Shinohara
https://www.imdb.com/name/nm0793987/

Masashi Ebara
https://www.imdb.com/name/nm0247929/

Kiyoyuki Yanada
https://www.imdb.com/name/nm0363066/

Tôru Furusawa
https://www.imdb.com/name/nm0299208/

Pascal-Alex Vincent
voir fiche du film Le Vagabond de Tokyo
http://www.citebd.org/spip.php?film2129#top

extrait(s) de presse

Cinopsis - (...) un manga animé d'honnête facture.
Le Monde - "Perfect blue" invente un univers à la fois réaliste et abstrait, fonctionnant comme un monde de réseaux, de connexions secrètes. Le spectateur est comme transporté au gré des innervations et des circonvolutions d'un énorme cerveau.
Le Parisien - L'ambition narrative est à la hauteur de l'habileté du graphisme. Dans le domaine de l'animation japonaise "Perfect blue" est ce qu'on aura vu de meilleur depuis "Akira", de Katsuhiro Otomo.
Les Inrocks - Ce récit de terreur psychologique utilise un répertoire relativement sobre pour un film d'animation, ce qui rend son déroulement plus angoissant encore.
Libération - (...)depuis "Tron", fameux prototype Disney des années 80 ­ aux confins de la synthèse, du cinéma et de l'animation ­ on n'a sans doute pas vu de film aussi exemplaire, inclassable, déroutant et peut-être bien prophétique, que ce manga distancié (...)
Télérama - Jusqu'à la dernière minute, le réalisateur maintient la tension et entretient le doute. Dans une ambiance glaciale, il joue des architectures urbaines, à la fois étouffantes et anguleuses.
Critikat - Le vertige que provoque encore le visionnage de "Perfect blue" vingt ans après sa sortie est sidérant...
Courte focale - "Perfect blue" est tout d’abord à rapprocher du cinéma de Brian De Palma, moins marqué par la sublimation des codes hitchcockiens que par leur perpétuelle mise en abyme à des fins réflexives...