mes provinciales - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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mes provinciales

France - 2017 - 2h17
sorti en France le 18 avril 2018
film - film francophone
de

Jean-Paul Civeyrac

scénario : Jean-Paul Civeyrac
direction de la photographie : Pierre–Hubert Martin
avec : Andranic Manet (Etienne), Gonzague Van Bervesselès (Jean-Noël), Corentin Fila (Mathias), Sophie Verbeeck (Annabelle), Jenna Thiam (Valentina), Nicolas Bouchaud (Paul Rossi), Diane Rouxel (Lucie), Charlotte Van Bervesselès (Héloïse), Valentine Catzéflis, Caroline Piette
séances : semaine du mercredi 30 mai 2018
mercredi 30 jeudi 31 vendredi 1er samedi 2 dimanche 3 lundi 4 mardi 5
16:15
16:30
11:00*
20:30
16:15*
séance spéciale :
* samedi 11h00 matinale 3,50 €
* mardi 16h15 dernière séance

synopsis

Étienne monte à Paris pour faire des études de cinéma à l’université. Il y rencontre Mathias et Jean-Noël qui nourrissent la même passion que lui. Mais l’année qui s'écoule va bousculer leurs illusions…

notes de production

Le scénario du film, qui raconte des histoires d’étudiants en cinéma, a plusieurs sources qui se sont cristallisées. En premier lieu l’expérience personnelle de Jean-Paul Civeyrac, puisque le cinéaste a étudié à la Fémis (1) et y a dirigé le département réalisation. En second, les petites fictions réalisées pour le site d’Arte, Blow up (2), dans lesquelles il a mis en scène des personnages parlant de cinéma - par exemple, Une Heure avec Alice, avec Adèle Haenel (3) et Grégoire Leprince-Ringuet (4), à partir des Amours d’une blonde (5) de Milos Forman. Enfin, il y a aussi la découverte de La Porte Iitch (6) de Marlen Khoutsiev. Civeyrac précise : ce film, qui m’a ébloui, est l’histoire d’une amitié entre trois jeunes garçons au départ de leur vie. Je l’ai vu en juin 2016 ; en juillet, je commençais à écrire. En imaginant un récit en forme d’éducation sentimentale, je voulais parler de cinéma, d’amitié, d’amour et de politique aussi, et réaliser un film un peu comme un premier film, dans une urgence - même si, bien entendu, il n’aurait pu être ce qu’il est devenu sans l’expérience de tous mes films précédents.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Femis
(2) http://cinema.arte.tv/fr/magazine/blow-up
(3) http://www.citebd.org/spip.php?film1861
(4) http://www.citebd.org/spip.php?film1949
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Amours_d%27une_blonde
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/J%27ai_vingt_ans

Mes provinciales est lié de la rencontre entre Jean-Paul Civeyrac et Frédéric Niedermayer (7), son producteur. Tous les deux avaient envie de faire un film peu onéreux, qui pourrait se faire rapidement. Civeyrac a écrit le scénario en deux mois, et quatre mois plus tard, le tournage commençait.
(7) https://www.imdb.com/name/nm0630642/

Comme certains de ses personnages dans Mes provinciales, Jean-Paul Civeyrac a été lui-même un provincial qui est monté à Paris étudier le cinéma. Il habitait près de Saint-Etienne et son arrivée à Paris a été un bouleversement considérable. Le metteur en scène se rappelle : vu de Firminy (8), venir à Paris où je ne connaissais personne, c’était comme aller à Tokyo : c’était la grande aventure ! Mais à la Fémis (1), une bonne moitié de ma promotion venait de province. Dans la petite bande de quatre ou cinq que nous formions, cela aussi nous rapprochait. On se retrouvait à la Cinémathèque, on dialoguait avec des critiques parisiens qu’on avait lus, des cinéastes qu’on aimait, le monde du cinéma, vécu jusqu’alors depuis la solitude de nos chambres d’adolescents, soudain se concrétisait.
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Firminy

Le titre Mes provinciales évoque d’un côté les jeunes filles avec lesquelles Etienne a des relations sentimentales et de l’autre il fait référence à Pascal (9) (notamment à ce qu’il dit de l’imposture, de la pureté des intentions en conformité avec les actes). Peu à peu, Etienne apprend à ne pas se mentir à lui-même, à ne pas s’illusionner sur ses propres capacités, artistiques et sentimentales. Par exemple, à ne pas s’imaginer fidèle quand il ne l’est pas, précise Jean-Paul Civeyrac.
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Blaise_Pascal

Les acteurs du film sont quasi inconnus. Jean-Paul Civeyrac aime travailler avec ce type de comédiens vierges de leur image et qui ont une grande disponibilité. Le réalisateur explique au sujet de la distribution de son film : et à chaque film, ils me donnent la sensation que moi aussi, je suis au début, que je recommence quelque chose. Et, bien sûr, j’ai conscience qu’il y a dans tout ça un petit côté pygmalion (10). Constance Demontoy (11), la directrice de casting, a vu énormément de jeunes acteurs, avant de trouver Andranic/Etienne qui vient à la fois du cours Florent (12) et de la Fémis (1) où il suivait le parcours « égalité des chances » en réalisation. Gonzague/Jean-Noël n’avait joué qu’au théâtre, c’est son premier rôle dans un film. Sophie/Annabelle, avait joué dans À trois on y va (13) de Jérôme Bonnel. Diane/Lucie était dans Fou d’amour (14) de Philippe Ramos. Jenna/Valentina, avait tourné, entre autres, avec René Féret (15) et Cédric Kahn (16) et également dans la série Les Revenants (17). Quant à Corentin/Mathias, il jouait dans Quand on a 17 ans (18) d’André Téchiné.
(10) http://fr.lettresantiques.wikia.com/wiki/%C3%8Atre_un_pygmalion
(11) https://www.imdb.com/name/nm0218646/
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cours_Florent
(13) http://www.citebd.org/spip.php?film1428
(14) http://www.citebd.org/spip.php?film1524
(15) http://www.citebd.org/spip.php?film1055
(16) http://www.citebd.org/spip.php?film2070
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Revenants_(s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e)
(18) http://www.citebd.org/spip.php?film1653

Jean-Paul Civeyrac a opté pour une mise en scène simple, économe, transparente, pour que le spectateur oublie la caméra. Le cinéaste a procédé de manière inverse que sur A travers la forêt (19) où il y a dix plans séquences et où la caméra est comme un personnage créant l’espace et la durée. Il raconte : dans Mes provinciales, il n’y a que des plans fixes et des panoramiques (sauf, à dessein, dans les tout derniers plans), avec une caméra qui filme des gens qui parlent, soit en marchant soit en restant assis, parce que j’ai pensé que l’intérêt du film résidait précisément dans ces personnages-là - et donc, ces acteurs-là. Orson Welles (20) racontait qu’on avait demandé à Chaplin (21) : « pourquoi vos cadres ne sont jamais intéressants ? Et Chaplin avait répondu : « parce que c’est moi qui suis intéressant ». C’est une réponse qui me semble parfaite.
(19) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_travers_la_for%C3%AAt
(20) http://www.citebd.org/spip.php?film1831
(21) http://www.citebd.org/spip.php?film1339

L’omniprésence du compositeur Johann Sebastian Bach (22) est une constante chez Jean-Paul Civeyrac. C’est le seul compositeur que le metteur en scène peut écouter tous les jours sans se lasser. Mais s’il a décidé de prêter au personnage d’Etienne ce même goût, c’est aussi parce que, lorsque Civeyrac était enfant, il s’est construit à l’aide d’artistes radicaux tels Godard, Straub/Huillet, Bresson, Pasolini, Genet, Emily Dickinson, etc, et donc Jean-Sébastien Bach. Le réalisateur confie : avoir de solides repères me paraît un besoin légitime quand on est étudiant mais ils finissent par écraser tout le reste. C’est avec le temps qu’on apprend à aimer aussi beaucoup d’autres choses, et sans les contradictions qu’on présupposait un peu dogmatiquement. Comme, par exemple, dans le film, cette musique assez sentimentale, associée à l’amour, et qui est de Giya Kancheli.
(22) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-S%C3%A9bastien_Bach
(23) http://www.citebd.org/spip.php?film1276
(24) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Straub_et_Dani%C3%A8le_Huillet
(25) https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Bresson
(26) https://fr.wikipedia.org/wiki/Pier_Paolo_Pasolini
(27) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Genet
(28) https://fr.wikipedia.org/wiki/Emily_Dickinson
(29) https://fr.wikipedia.org/wiki/Guia_Kantcheli

Jean-Paul Civeyrac met en scène une chronique initiatique de la vie étudiante chapitrée en quatre parties (« Un petit château de bohême », « Un illuminé », « Une fille de feu », « Le soleil noir de la mélancolie ») et rythmée par des fondus au noir clôturant chaque séquence. Mes provinciales rappelle ainsi des classiques du cinéma français tels que La Maman et la putain (30) de Jean Eustache et Les Amants réguliers (31) de Philippe Garrel ou encore Rendez-vous de juillet (32) de Jacques Becker ; films sur de jeunes intellectuels passant leurs journées et leurs nuits à fumer, à faire l’amour, et à discuter d’art et de politique. Si Mes provinciales a des allures de roman - le titre fait d’ailleurs référence à une œuvre de Blaise Pascal et au poème Mes petites amoureuses (33) d’Arthur Rimbaud (34) -, les personnages quant à eux sont tous emprunts de la littérature classique évoquant Balzac (35) ou Flaubert (36). Chacun d’entre eux possède une existence propre et rappelle au protagoniste principal la diversité des tempéraments qui lui sont extérieurs et lui échappent. Les dialogues emplis de poésie ont une portée philosophique (Cela vaut le coup quand cela ne peut pas être autrement) et nourrissent graduellement le récit alors qu’un triangle amoureux se forme entre Etienne, Mathias et Annabelle. La dimension dramatique du film atteint son apogée lorsque le personnage est confronté à la mort de ses proches.
http://www.cinechronicle.com/2018/04/mes-provinciales-de-jean-paul-civeyrac-critique-117274/
(30) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Maman_et_la_Putain
(31) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Amants_r%C3%A9guliers
(32) https://fr.wikipedia.org/wiki/Rendez-vous_de_juillet
(33) http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/arthur_rimbaud/mes_petites_amoureuses.html
(34) https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Rimbaud
(35) https://fr.wikipedia.org/wiki/Honor%C3%A9_de_Balzac
(36) https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Flaubert

Entretien avec Jean-Paul Civeyrac
"Mes provinciales" magnifie l’incandescence du jeune âge. C’est d’autant plus saisissant et bienvenu que l’heure est plutôt au constat consterné : la jeunesse d’aujourd’hui serait hagarde, hyper-connectée au point d’être dessaisie de toute épaisseur historique, etc...
En tant qu’enseignant, j’observe des jeunes gens depuis longtemps et je n’ai pas noté de déclin particulier. En ce moment même, à Paris 8, des étudiants se mobilisent pour accueillir des exilés. La jeunesse est loin d’être amorphe : le film ne la flatte pas mais rend compte de sa capacité à croire en ce qu’elle fait. Il est vrai, toutefois, que l’Histoire a connu un moment un peu veule : les années quatre-vingt, quatre-vingt-dix. Époque ou l’esprit de révolte a été complètement récupéré, où le renoncement s’est généralisé, où l’argent est devenu la valeur dominante, où Berlusconi est arrivé en France (à travers la création de La Cinq (38)). François Cusset (39) l’a très bien décrit dans La Décennie, le grand cauchemar des années 80 (40). Je crois qu’on est sorti de ce moment : ce qui se passe dans les Zad (41) aujourd’hui n’aurait pas été possible dans les années quatre-vingt. A force d’observer un monde dévasté, les consciences se sont réveillées. Ce moment veule, c’est aussi le moment où le cinéma est passé dans les ordinateurs et a été consommé sur internet. Mais j’ai constaté, depuis cinq ou six ans, que les jeunes sont mécontents d’eux-mêmes. Ils ont l’impression qu’on leur a bousillé l’expérience sensible des films, à savoir la possibilité de se séparer du monde pour vivre une expérience esthétique. En tous cas, les jeunes qui portent la flamme sont toujours là...
http://www.transfuge.fr/actu-cine-rencontre-avec-jean-paul-civeyrac-qui-signe-le-magnifique-mes-provinciales,999.html
(37) https://fr.wikipedia.org/wiki/Silvio_Berlusconi
(38) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Cinq
(39) https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Cusset
(40) https://www.monde-diplomatique.fr/2007/02/HALIMI/14445
(41) https://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_%C3%A0_d%C3%A9fendre

Jean-Paul Civeyrac
voir fiche du film Des filles en noir
http://www.citebd.org/spip.php?film483

Pierre–Hubert Martin
https://www.imdb.com/name/nm3717860/

Andranic Manet
https://www.imdb.com/name/nm7386805/

Gonzague Van Bervesselès
http://www.agencesartistiques.com/Fiche-Artiste/665216-gonzague-van-bervesseles.html

Corentin Fila
https://fr.wikipedia.org/wiki/Corentin_Fila
voir aussi fiche du film Quand on a 17 ans
http://www.citebd.org/spip.php?film1653

Sophie Verbeeck
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_Verbeeck
voir aussi fiche du film À trois on y va
http://www.citebd.org/spip.php?film1428

Jenna Thiam
voir fiche du film L’Indomptée
http://www.citebd.org/spip.php?film1755

Nicolas Bouchaud
voir fiche du film Apnée
http://www.citebd.org/spip.php?film1820

Diane Rouxel
voir fiche du film Les Garçons sauvages
http://www.citebd.org/spip.php?film2112

Charlotte Van Bervesselès
voir fiche du film Money
http://www.citebd.org/spip.php?film1939

Valentine Catzéflis
https://fr.wikipedia.org/wiki/Valentine_Catz%C3%A9flis
voir aussi fiche du film La Guerre est déclarée
http://www.citebd.org/spip.php?film656

Caroline Piette
voir fiche du film 120 battements par minute
http://www.citebd.org/spip.php?film2046

extrait(s) de presse

Bande à part - Bouleversant marivaudage incandescent d’une jeunesse en quête d’amour et de repères.
Les Inrocks - “Mes provinciales”, (..) est un film apparemment doux, et qui ne l’est pas du tout. Qui cache sa violence sous une élégance de forme. C’est surtout le film le plus beau de Civeyrac.
Libération - Civeyrac assume son anachronisme, comme le faisaient Bresson, Rohmer ou Eustache : en serrant le présent dans les mots, en le tordant par des pensées anciennes, en le sublimant dans des intrigues intemporelles. C’est un geste fort ambitieux mais exécuté avec une très délicate simplicité, une limpidité noire et blanche qui laisse s’épanouir la parole et les visages.
Télérama - Finalement, un scénario original (alors que les producteurs poussent aujourd’hui à l’adaptation littéraire), quelques décors et des acteurs débutants ou peu expérimentés, regardés avec une attention magnifique, suffisent à donner un grand film.
La Croix - Avec ce film, Jean-Paul Civeyrac propose cependant un récit ample et de facture assez classique qui met à l’honneur une génération de comédiens tous très convaincants.
Le Figaro - Avec "Mes provinciales", Jean-Paul Civeyrac filme la vie oisive et insouciante de jeunes apprentis cinéastes. Un film intense plein de références.
Positif - Le résultat est saisissant : rarement la jeunesse fut, à l'écran, aussi belle, aussi vibrante, aussi attachante, aussi confiante et inquiète à la fois.
àVoir-àLire - Le meilleur film de Jean-Paul Civeyrac, portrait attachant de jeunes cinéphiles, et réflexion subtile sur la création.