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tesnota, une vie à l’étroit

Tesnota
Russie - 2017 - 1h58
sorti en France le 7 mars 2018
Prix Fipresci Un certain regard Cannes 2017 - Prix d'interprétation (Darya Zhovnar) Montréal 2017 - Grand prix du jury festival Premiers plans Angers 2018
interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
film - version originale sous-titrée en français
de

Kantemir Balagov

scénario : Kantemir Balagov, Anton Yarush
direction de la photographie : Artem Emelianov
avec : Darya Zhovnar (Ila), Veniamin Kac (David), Olga Dragunova (Adina), Atrem Tsypin (Avi), Nazir Zhukov (Zalim)
séances : semaine du mercredi 18 avril 2018
mercredi 18 jeudi 19 vendredi 20 samedi 21 dimanche 22 lundi 23 mardi 24
18:30
20:30
14:30
11:00*
18:30
16:30*
séance spéciale :
* dimanche 11h00 matinale 3,50 €
* mardi 16h30 dernière séance

synopsis

1998, Nalchik, Nord Caucase, Russie. Ilana, 24 ans, travaille dans le garage de son père pour l'aider à joindre les deux bouts. Un soir, la famille et les amis se réunissent pour célébrer les fiançailles de son jeune frère David. Dans la nuit, David et sa fiancée sont kidnappés et une rançon réclamée. Au sein de cette communauté juive repliée sur elle-même, appeler la police est exclu. Comment faire pour réunir la somme nécessaire et sauver David ? Ilana et ses parents, chacun à leur façon, iront au bout de leur choix, au risque de bouleverser l'équilibre familial...

notes de production

Des histoires d’enlèvements comme celui qui se trouve au centre de Tesnota, ue vie à l’étroit étaient relativement courantes dans les années 1990 (ces problèmes-là n’existent plus depuis le début des années 2000). En faisant ses études de cinéma, Kantemir Balagov s’est dit qu’elles seraient intéressantes à exploiter d’un point de vue cinématographique et a ainsi commencé à interroger la diaspora juive dans la ville de Naltchik à ce sujet. Il se rappelle : ce qui m’intéressait le plus, c’était les sentiments que pouvaient ressentir les membres d’une famille apprenant le kidnapping d’un fils et, par-dessus tout, ce que ces membres ne sont pas prêts à faire pour sauver un proche. C’est cette collision morale que je voulais raconter. Évidemment, tout le monde est prêt à tout pour sauver un proche, mais ce à quoi les gens ne sont pas prêts, c’est cela qu’il est intéressant de creuser. (...) Ce qui m’intéressait, c’était la remise en question de l’axiome suivant lequel on doit se sacrifier pour sauver un proche. C’est encore plus vrai dans le Caucase : c’est même le premier des axiomes. Or, pour moi, c’est une question profonde : est-il réellement humain d’obliger quelqu’un à se sacrifier pour sauver un proche ?

Au moment de l’écriture et la réalisation de Tesnota, ue vie à l’étroit, Kantemir Balagov avait en tête des films comme Mouchette (1) de Robert Bresson ou Rosetta (2) des frères Dardenne. C’est une histoire qui est réellement arrivée, mais à l’écran, on a un ensemble de faits issus de différentes histoires analogues, on a aussi inventé des choses, mais les scènes-clés sont bien réelles, précise-t-il.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouchette_(film)
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Rosetta_(film)

Kantemir Balagov a écrit le scénario du film avec son coscénariste, Anton Yarush, qui est de Saint-Pétersbourg. Yarush est intervenu pour modifier le scénario à la demande du producteur après que Balagov en ait écrit environ la moitié.

Pour des raisons budgétaires, Kantemir Balagov et son équipe n’ont pas pu tourner Tesnota, ue vie à l’étroit dans la ville Naltchik (3). Ils ont ainsi principalement posé leur caméra dans les environs de Saint-Pétersbourg, notamment pour toutes les scènes d’intérieur. Une équipe réduite est toutefois allée tourner à Naltchik, pendant seulement quatre jours, les scènes d’extérieur. Le réalisateur précise : on a commencé à tourner fin septembre 2016, on a fini la partie à Saint-Pétersbourg fin octobre, puis on est allés quatre jours à Naltchik début novembre. Le tournage a définitivement pris fin le 10 novembre 2016. Je montais le film chaque soir, en parallèle du tournage, pour savoir si je devais retourner des prises ou non. On a fait le film avec une caméra Alexa de la première génération numérique. Mon équipe de tournage était très jeune, à l’exception de Lidia Krioukova, la chef-costumière, qui a travaillé sur presque tous les films de Sokourov. Mais c’est aussi le premier long-métrage du chef-opérateur, de l’ingénieur du son, de la maquilleuse… Le chef-décorateur n’en avait fait que deux auparavant.
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Naltchik
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Sokourov

Kantemir Balagov tenait à ce que les personnages juifs du film soient joués par des juifs et les Kabardes (5) par des Kabardes. Darya Zhovner a quant à elle été trouvée à Moscou et venait de terminer ses études à l’école-studio du Mkhat (6), le Théâtre d’art de la ville. Ses parents sont des acteurs de théâtre de Saint-Pétersbourg, juifs aux aussi. Le frère kidnappé, lui, est cuisinier dans la vie, ce n’est pas un acteur professionnel - même s’il a déjà joué dans un film d’Alexeï Guerman Jr (7). Zalim, l’amoureux kabarde, est acteur ; il a fait ses études à la célèbre école Chtchoukine (8) de Moscou, raconte le metteur en scène.
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Kabardes
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole-studio_du_Th%C3%A9%C3%A2tre_d%27Art_acad%C3%A9mique_de_Moscou
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexe%C3%AF_Guerman_Jr
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_d%27art_dramatique_Boris_Chtchoukine

Dans Tesnota, ue vie à l’étroit se trouvent plusieurs vidéos d’exécutions. La plus longue est une vidéo que Kantemir Balagov et ses amis avaient récupérée quand ils avaient douze ou treize ans, sur k7 ou sur dvd. Le cinéaste confie : je m’en souviens car c’était la première fois que je me trouvais confronté à la mort, que je voyais quelqu’un mourir lentement. Nous, on était scotchés devant ces images qui dataient de 1998, et qui avaient été tournées dans un village daghestanais (9). On ne nourrissait pas de sentiments antirusses, on ne se délectait pas de cette bande, mais on n’arrivait pas à s’en détacher… Les réactions des personnages à la vue de cette k7 sont à l’image de celles que mes copains et moi avions, très différentes de l’un à l’autre.
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Daghestan

Tiré d’un fait divers, Tesnota reconstitue le kidnapping de deux jeunes fiancés de confession juive à Naltchik (3), capitale de la république autonome de Kabardino-Balkarie, au sud du pays. Ce qui frappe ici, c’est le contraste entre le terrain social exacerbé, le récit explosif, la mise en scène très voyante - l’oppression familiale et communautaire dédoublée dans une multiplication de gros plans et les représentations de prises en étau - et le ton général qui se dégage, tout en bruissements apeurés. Au cœur de ce paradoxe entretenu, la caméra de Balagov se braque sur la sœur du jeune homme disparu, Ilana (Darya Zhovner, impressionnante), en rupture avec sa famille conservatrice. En faisant résonner les enjeux sociétaux à travers un destin intime, le jeune cinéaste reprend à son compte un schéma connu (le carcan qui vient entraver l’émancipation individuelle) pour jouer sur les niveaux d’intensité : si le cadre très resserré sur les personnages fait penser à celui de Juste la fin du monde (10), Tesnota ne vise jamais l’instabilité nerveuse et l’agitation permanente de la mise en scène de Dolan. Au contraire, il se maintient dans un calme moins tapageur et tout aussi anxiogène : le film est comme murmuré, conditionné presque en permanence dans la bande-son par la rumeur de la foule qui pèse de tout son poids sur les interactions entre les personnages, bien incapables d’oser la troubler en haussant la voix. Plus encore que la longue focale, ce travail sonore renforce la sensation d’étouffement et de torpeur...
https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/tesnota-vie-a-letroit/
(10) http://www.citebd.org/spip.php?film1734

Entretien avec Kantemir Balagov
Comment êtes-vous arrivé au cinéma ?
Je suis né à Naltchik (3), dans le Caucase du Nord, en 1991, et c’est là que j’ai fait mes études secondaires. Pour être honnête, le cinéma ne m’est pas venu tout de suite : je suis d’abord entré en faculté d’économie à l’université de Stavropol (11), puis j’ai suivi des cours de droit par correspondance. Mais j’ai vite compris que tout ça ne me correspondait pas et je me suis mis à chercher autre chose. Mon père m’avait acheté un appareil photo, j’ai commencé à faire des photos, puis à filmer des choses et j’ai fini par faire des web séries à Naltchik. J’en avais fait cinq ou six quand un ami m’a dit que je devrais aller voir Alexandre Sokourov (4) (je ne savais pas qui c’était à l’époque !), car il avait ouvert une école de cinéma à Naltchik trois ans plus tôt. On s’est écrit, on s’est téléphoné et il m’a proposé d’intégrer l’école directement en troisième année. J’ai évidemment dit oui et je ne regrette rien. En fait, quand Alexandre Sokourov a ouvert cette école dans le bâtiment de l’université de Naltchik, il voulait que les études durent six ou sept ans, mais l’université s’y est opposée et les études de cinéma s’y déroulent sur cinq ans. J’y suis entré à l’automne 2011...
http://www.cinemateur01.com/uploads/uploads/presse/DP2018/tesnota-une-vie-a-l-etroit.pdf
(11) http://www.edurussia.ru/fr/les-participants/universites/luniversite-federale-du-caucase-du-nord/
Pourquoi vous êtes-vous intéressé à ce fait divers ?
J’ai toujours voulu faire un film sur ma région, le Caucase du Nord, afin qu’elle ait un reflet au cinéma. Un jour, mon père m’a raconté ce fait divers, qui était en fait très différent de ce que j’ai porté à l’écran, une histoire de meurtres. Ce qui m’intéressait, c’était de raconter une histoire familiale, mais de la manière la moins ennuyeuse possible. J’ai donc voulu que les personnages soient dans une situation suffisamment critique pour être face à des choix cruciaux, parfois immoraux. Des gens comme nous, dans des situations pas classiques. S’intéresser seulement à la vie d’aujourd’hui n’a aucun intérêt. Mais les relations familiales sont à peu près calquées sur celles que j’avais avec mes parents...
http://next.liberation.fr/cinema/2018/03/06/kantemir-balagov-les-femmes-sont-les-heroines-de-notre-temps_1634265

Kantemir Balagov
http://www.imdb.com/name/nm8921482/

extrait(s) de presse

Les Inrocks - Enfin un film russe qui sort des rengaines actuelles sur la bourgeoisie poutinienne, la corruption, la décadence culturelle… Cinéaste à suivre de près, absolument.
Libération - Le film est souvent époustouflant par ce vaste et profond travail de transfiguration qu’il accomplit, prélevant dans la bibliothèque des sensations vives la matière translucide et vibrante qui s’insinue en chaque scène, et dont on peut avoir le sentiment qu’à peine vaporisée tel un élixir de jouvence, on la voit aussitôt s’assécher et retomber en poussière sur des personnages statufiés.
Positif - S'il est vrai que complimenter une oeuvre en ajoutant "...pour un premier film" n'a guère de sens, alors que tant de grands cinéastes ont débuté par un coup d'éclat, force est de constater que peu de premiers longs métrages conjuguent comme celui-ci la fougue de la jeunesse avec l'absolue maîtrise formelle.
Télérama - Après "Faute d’amour", d’Andreï Zviaguintsev, et "Une Femme douce", de Sergei Loznitsa, voilà qu’un tout nouveau réalisateur virtuose filme son pays déchiré entre traditions et violences. Et une femme y cherchant, tragiquement, un avenir. Celui de la Russie ?
àVoir-àLire - Un coup d’essai qui se révèle un coup de maître. (...) "Tesnota" s’inscrit dans la mouvance des derniers films qui, du "Disciple" à "Faute d’amour", ont abordé les névroses d’une société russe gangrenée par l’individualisme, la corruption et l’intolérance.
Critikat - Ce qui frappe ici, c’est le contraste entre le terrain social exacerbé, le récit explosif, la mise en scène très voyante [...] et le ton général qui se dégage de Tesnota, tout en bruissements apeurés ou murmurés.
La Croix - Ce film est assurément une pépite.
Le Nouvel obs - Balagov filme les tensions familiales et claniques au format carré avec un sens du cadre, de la couleur et de l'atmosphère claustrophobe digne d'un James Gray underground du Caucase. Un cinéaste est né.