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le bel antonio

ciné répertoire
Il bell'Antonio
Italie, France - 1960 - 1h35
sorti en France le 5 juillet 1961
Léopard d'or Locarno 1960
film - version originale sous-titrée en français
de

Mauro Bolognini

scénario : Mauro Bolognini, Pier Paolo Pasolini, Gino Visentini
d'après l'oeuvre de : Vitaliano Brancati
direction de la photographie : Armando Nannuzzi
musique ou chansons : Piero Piccioni
avec : Marcello Mastroianni (Antonio Magnano), Claudia Cardinale (Barbara Puglisi), Pierre Brasseur (Alfio Magnano), Rina Morelli (Rosaria Magnano), Tomás Milián (Edoardo), Fulvia Mammi (Elena Ardizzone), Patrizia Bini (Santuzza - créditée comme Patrizia Rini), Anna Arena (signora Puglisi), Guido Celano (Calderana)
séances : semaine du mercredi 18 avril 2018
mercredi 18 jeudi 19 vendredi 20 samedi 21 dimanche 22 lundi 23 mardi 24
18:45*
séance spéciale :
* dans le cadre du festival "Play it again", en partenariat avec l’association des distributeurs de films de patrimoine - tarif unique 3,50 €

synopsis

Après avoir longtemps vécu à Rome, le séduisant Antonio Magnano revient dans sa ville natale de Catane, en Sicile. Son charme et sa réputation de séducteur invétéré, complaisamment entretenue par son père, lui valent un grand succès auprès des femmes. De petite fortune, Antonio Magnano épouse finalement Barbara, la ravissante fille du notaire. Cette union a été soigneusement préparée par le père du jeune marié. Mais il s'avère bientôt que le mariage n'a pas été consommé, par la faute d'Antonio, que l'amour rend impuissant. Le scandale est terrible. On ne plaisante pas avec la virilité en Sicile. La honte s'abat sur la famille Magnano et le divorce ne tarde pas à être prononcé...

notes de production

Sa présence aux côtés d’Alain Delon dans Rocco et ses frères et dans Le Guépard de Visconti, et aux côtés de Jean-Paul Belmondo dans Cartouche la font connaître du public françaisAvec Le Bel Antonio, Marcello Mastroianni, met à mal son image de séducteur. Le film de Bolognini sort en Italie quelques semaines seulement après un film qui créa l’événement : La Dolce vita (1) de Fellini. Auparavant, le latin lover avait été apprécié notamment dans Dommage que tu sois une canaille (2) d’Alessandro Blasetti aux côtés de Sophia Loren et dans Nuits blanches (3) de Luchino Visconti aux côtés de Maria Schell.
(1) http://www.citebd.org/spip.php?film470
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Dommage_que_tu_sois_une_canaille
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nuits_blanches_(film,_1957)

Le rôle principal du Bel Antonio devait être interprété par Jacques Charrier (4), mais celui qui était alors l’époux de Brigitte Bardot (5) a finalement refusé, peu de temps avant le tournage, d’incarner ce personnage d’impuissant.
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Charrier
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Filmographie_de_Brigitte_Bardot

Le Bel Antonio réunit deux monstres sacrés du cinéma italien : Claudia Cardinale et Marcello Mastroianni. Deux ans plus tôt, les deux comédiens figuraient à l’affiche d’un des grands succès de la comédie transalpine : Le Pigeon (6) de Mario Monicelli. Deux ans plus tard, ils incarneront, elle une comédienne, lui un réalisateur, dans l’un des plus célèbres films de Federico Fellini, Huit et demi (7). Ce couple de légende se reformera devant la caméra de Liliana Cavani en 1981 (La Peau) (8) puis devant celle de Marco Bellocchio en 1984 (Henri IV, le roi fou) (9).
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Pigeon_(film)
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Huit_et_demi
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Peau_(film)
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_IV,_le_roi_fou

Dans son autobiographie, Je me souviens, oui, je me souviens (10), Marcello Mastroianni raconte cette anecdote, révélant à quel point Le Bel Antonio, portrait d’un homme impuissant, avait marqué les esprits : un ou deux ans après la sortie du film, le Brésil ou l’Argentine -je ne m’en souviens plus- a acheté aux Usa un vieux navire de guerre, mais il n’a jamais fonctionné : alors, ils l’ont surnommé El bel Antonio ! - El bel Antonio : il ne marchait pas !
(10) http://calmann-levy.fr/livre/je-me-souviens-oui-je-me-souviens-9782702127735

Le scénario du Bel Antonio est co-écrit par Pier Paolo Pasolini. A cette époque, c’est un écrivain et poète reconnu. Mauro Bolognini a d’ailleurs déjà porté à l’écran une de ses œuvres littéraires : Les Garcons (11). Pasolini, qui a collaboré avec Bolognini sur trois autres longs métrages (Marisa la civetta (12), Les Jeunes maris (13), et Ça s’est passé à Rome (14)), fera ses débuts de réalisateur en 1961 avec Accatone (15). Ajoutons que Le Bel Antonio est l’adaptation d’un roman de Vitaliano Brancati, lui-même scénariste, notamment sur Voyage en Italie (16) de Rossellini ainsi que sur plusieurs comédies interprétées par Toto (17).
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Gar%C3%A7ons_(film)
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Marisa
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Jeunes_Maris
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%87a_s%27est_pass%C3%A9_%C3%A0_Rome
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Accattone
(16) https://fr.wikipedia.org/wiki/Voyage_en_Italie
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Tot%C3%B2

Le Bel Antonio marque le début d’une longue collaboration entre Mauro Bolognini et Claudia Cardinale. Le cinéaste la dirigera dans son film suivant Le Mauvais chemin (18), puis dans Quand la chair succombe (19), et Libera, amore mio (20). De son côté, Marcello Mastroianni sera le héros d’un autre film de Bolognini, Vertiges (21), avec Françoise Fabian.
(18) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Mauvais_Chemin_(film,_1961)
(19) https://fr.wikipedia.org/wiki/Quand_la_chair_succombe_(film,_1962)
(20) https://fr.wikipedia.org/wiki/Libert%C3%A9,_mon_amour_!
(21) https://fr.wikipedia.org/wiki/Vertiges_(film,_1975)

La mère d’Antonio est interprétée par Rina Morelli, une comédienne qui fut souvent la partenaire de Marcello Mastroianni sur les planches, dans des pièces mises en scène par Luchino Visconti (3), comme Un Tramway nommé désir (22).
(22) https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_tramway_nomm%C3%A9_D%C3%A9sir

Le Bel Antonio, adapté du roman italien éponyme (23) de Vitaliano Brancati, publié en 1949, a obtenu le Léopard d’or (24) au Festival international de Locarno 1960.
(23) https://it.wikipedia.org/wiki/Il_bell%27Antonio_(romanzo)
(24) https://pardo.ch/pardo/history/palmares-new/1960.html

Ceux qui ne voient en Mauro Bolognini qu’un faiseur virtuose, le Visconti (3) du pauvre avec ses chroniques à costumes sur la décadence de riches familles, dans un style qu’ils jugent ampoulé et maniériste, esthétisant à outrance ses images et ses cadrages, faisant crouler ses intrigues sous le luxe de décors surchargés, risquent d’être surpris par ce très beau film qui, même si plastiquement assez recherché et parfois même précieux dans certaines séquences, garde encore quelques bribes du néoréalisme ou de la Nouvelle Vague, avec une caméra à l’épaule souvent présente dans les scènes de rues et sa photographie en noir et blanc assez sobre. Il ne faudrait pas oublier que le cinéaste a fait des études d’architecture et qu’il en a gardé un souci formel évident mais loin d’être gênant, bien au contraire...
Encore un film après celui-ci et le scénariste Pasolini se lancera dans la mise en scène avec Accattone (15). Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser au vu de la suite de sa carrière, il ne saurait être l’unique dépositaire de la franchise sexuelle qui parcourt le film puisque sans lui, Bolognini abordera encore des thèmes aussi casse-gueule que les ravages causés par la syphilis dans Bubu (25) ou l’érotomanie des fous et la masturbation dans Vertiges (21). Mais le travail du duo (l’adaptation d’un roman se déroulant sous l’Italie fasciste signé par Vitaliano Brancati, lui-même scénariste, notamment sur Voyage en Italie (16) de Rossellini ainsi que sur plusieurs comédies interprétées par Toto (17)) aboutit ici à quelque chose oscillant entre la comédie dissonante et le drame de mœurs sans que ça ne soit jamais ni franchement drôle ni franchement dramatique. Bref, une mixture assez originale tour à tour frondeuse ou touchante, un mélange de tons parfaitement rendu par la mise en scène qui, d’une séquence à l’autre, se fait soit réaliste soit formaliste. Mais surtout, le film parvient à traiter frontalement de thèmes très délicats sans aucune lourdeur malgré des dialogues cinglants et des personnages presque tous foncièrement antipathiques...
http://www.dvdclassik.com/critique/le-bel-antonio-bolognini
(25) https://fr.wikipedia.org/wiki/Bubu_de_Montparnasse

Mais le traitement n’est pas le même selon qu’il s’agisse des hommes et des femmes. Les hommes font leur réputation à coups de conquêtes multiples. Celui qui aura le plus d’aventures, le plus de succès auprès des femmes, sera admiré, jalousé. Alors que les jeunes femmes de bonne famille, promises au mariage et à la soumission à l’homme, sont totalement prisonnières de leur classe. Elles vivent dans un cocon, dans l’ignorance la plus totale. Alors que l’homme fait les quatre cents coups avant le mariage, la femme attend qu’on lui désigne un mari qu’elle devra servir.
Mais ce que nous montre le film, c’est que la société entière est obnubilée par le sexe. Un homme fait sa réputation et sa gloire grâce à sa virilité et au nombre de femmes qu’il a eu. C’est une véritable hiérarchie. Antonio, interprété de façon remarquable par Marcello Mastroianni, est, comme on peut s’en douter, un jeune homme d’une grande beauté. Il fait la fierté de son père qui voit en lui un digne héritier de la tradition familiale qui veut que chaque homme, depuis des générations, ait fait sa réputation grâce à ses conquêtes. Il est alors placé sur un piédestal et se doit d’être à la hauteur des histoires qui courent sur son compte. Il est véritablement harcelé par les remarques diverses qui ont toutes à voir avec son succès auprès des femmes...
https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/le-bel-antonio/

Loin de juger son personnage principal, le cinéaste insiste sur les dommages collatéraux suscités par un problème pourtant très personnel dans une société italienne phallocrate. Tel un rebelle malgré lui, le pauvre Antonio bouleverse son entourage en n’accomplissant pas son devoir conjugal. Critiquant tour à tour une certaine bourgeoisie arriviste, ainsi qu’une aristocratie exsangue cherchant à tout prix à transmettre ses biens par des unions pas toujours consenties, les auteurs dénoncent l’implacable emprise de la société sur les êtres. Prisonniers de normes sociales imposées par une Eglise catholique toute-puissante, les personnages se débattent pour atteindre leur vérité intérieure. En cela, la dernière scène où Antonio capitule, allant à l’encontre de ses sentiments profonds, est tout simplement bouleversante. Le tout est souligné par une réalisation gracieuse et jamais racoleuse, mettant en valeur le jeu d’acteurs tous plus brillants les uns que les autres : Pierre Brasseur nous gratifie d’une prestation impressionnante, tandis que Claudia Cardinale et Tomas Milian, tous deux dans la retenue, sont au diapason...
https://www.avoir-alire.com/le-bel-antonio

Mauro Bolognini
Né à Pistoia le 28 juin 1922, décédé à Rome le 14 mai 2001.
http://www.imdb.com/name/nm0006615/

Pier Paolo Pasolini
Né le 5 mars 1922 à Bologne, décédé 2 novembre 1975 à Ostie.
Assassiné sur la plage d’Ostie, son œuvre artistique et intellectuelle, éclectique et politiquement engagée, a marqué la critique...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pier_Paolo_Pasolini

Gino Visentini
http://www.imdb.com/name/nm0899616/

Vitaliano Brancati
Né le 24 juillet 1907 à Pachino, décédé le 25 septembre 1954 à Turin.
Sa fascination pour Mussolini le pousse à écrire une pièce de théâtre à la gloire du Duce. Dès la fin de 1934, horrifié par ses précédents écrits, il exprime un dégoût du fascisme dans Les Années perdues...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vitaliano_Brancati

Armando Nannuzzi
Né le 21 septembre 1925 à Rome où il est décédé le 14 mai 2001.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Armando_Nannuzzi
voir aussi fiche du film Les Aventures de Pinocchio
http://www.citebd.org/spip.php?film573

Piero Piccioni
voir fiche du film Main basse sur la ville
http://www.citebd.org/spip.php?film709

Marcello Mastroianni
voir fiche du film La Dolce vita
http://www.citebd.org/spip.php?film470

Claudia Cardinale
Née le 15 avril 1938 à Tunis.
Sa présence aux côtés d’Alain Delon dans Rocco et ses frères et dans Le Guépard de Visconti, et aux côtés de Jean-Paul Belmondo dans Cartouche la font connaître du public français...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Claudia_Cardinale

Pierre Brasseur
voir fiche du film Les Yeux sans visage
http://www.citebd.org/spip.php?film499

Rina Morelli
Née le 6 décembre 1908 à Naples, en Italie, décédée à Rome le 17 juillet 1976.
http://www.imdb.com/name/nm0603761/

Tomás Milián
Né Tomás Quintín Rodríguez le 3 mars 1933 à La Havane, décédé le 22 mars 2017 à Miami.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Tom%C3%A1s_Mili%C3%A1n

Fulvia Mammi
http://www.imdb.com/name/nm0541113/

Patrizia Bini
http://www.imdb.com/name/nm0082996/

Anna Arena
http://www.imdb.com/name/nm0034234/

Guido Celano
Né le 19 avril 1904 à Francavilla et décédé le 7 mars 1988 à Rome.
http://www.imdb.com/name/nm0147940/

extrait(s) de presse

Télérama - Dans cette charge satirique, très osée pour l'époque, le don Juan incarne... un im­puissant. Poignant.
Dvd classik - "Le Bel Antonio" nous décrit donc une haute société ayant une conception totalement rétrograde et archaïque de la sexualité, répudiant l’anormalité mais vénérant par-dessus tout la virilité, se mettant à genoux et applaudissant la "sainte érection" !
Critikat - Sous les aspects clinquants et fastueux sommeillent l’âme humaine dans tout ce qu’elle a de répugnant...
Le Monde - Mastroianni fait une très belle interprétation tout en douleur contenue et donne une image christique de son personnage, impression renforcée par le superbe plan final, ce reflet du visage de Mastroianni dans la vitre qui évoque le suaire de Turin.
Festival Lumière - Drame réaliste et grinçant, "Le Bel Antonio" dresse le portrait sans concessions d’une société patriarcale, sclérosée dans ses traditions.
àVoir-àLire - (...) une œuvre sensible et délicate sur un sujet finalement pas si souvent traité au cinéma.
Chronique du cinéphile... - La question de l'homosexualité (de toute façon difficilement abordable frontalement à l'époque) est vite évacué quand on constatera que Antonio recherche et apprécie la compagnie des femmes bien qu'il ne puisse leur donner ce qu'elles attendent...
Ciné-club de Caen - La mise en scène du film exploite les dimensions politiques, symboliques et romanesques de cette impuissance amoureuse.