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suspiria

Italie - 1977 - 1h38
sorti en France le 12 août 1977
interdit aux moins de 16 ans
film - version originale sous-titrée en français
de

Dario Argento

scénario : Dario Argento, Daria Nicolodi
d'après l'oeuvre de : Thomas de Quincey
direction de la photographie : Luciano Tovoli
musique ou chansons : Goblin
avec : Jessica Harper (Suzy Banner), Stefania Casini (Sara), Flavio Bucci (Daniel, le pianiste aveugle), Miguel Bosé (Mark), Barbara Magnolfi (Olga), Susanna Javicoli (Sonia), Eva Axén (Patty « Pat » Hingle), Rudolf Schündler (professeur Milius), Udo Kier (Dr. Frank Mandel), Alida Valli (miss Tanner), Joan Bennett (madame Blanc), Renato Scarpa (professeur Verdegast)
séances : semaine du mercredi 28 mars 2018
mercredi 28 jeudi 29 vendredi 30 samedi 31 dimanche 1er lundi 2 mardi 3
21:00*
séance spéciale :
* ciné fantastique : "Argento fortissimo" - séance présentée par Matthias Simonet (association "Sisyphe vidéo") - soirée en partenariat avec "Hidden circle" - tarif préférentiel 2 films = 7 € (couplé avec "Les Frissons de l’angoisse")

synopsis

Suzy, une jeune Américaine, débarque à Fribourg pour suivre des cours dans une académie de danse prestigieuse. A peine arrivée, l'atmosphère du lieu, étrange et inquiétante, surprend la jeune fille. Et c'est là qu'une jeune élève est spectaculairement assassinée. Sous le choc, Suzy est bientôt prise de malaises. Et le cauchemar ne fait qu'empirer : le pianiste aveugle de l'école meurt à son tour, égorgé par son propre chien.... Suzy apprend alors que l'académie était autrefois la demeure d'une terrible sorcière surnommée la Mère des Soupirs. Et si l'école était encore sous son emprise ?

notes de production

Suspiria est le premier volet d’un tryptique qui inclue aussi Inferno (1) et La Troisième mère (2). Le concept général de l’ensemble est inspiré par la suite du célèbre livre de Thomas de Quincey, Confessions d’un mangeur d’opium (3), Suspiria De Profundis. Un passage y est intitulé Levana et nos mères de Douleur ; de Quincey y parle de trois sœurs - similaires aux trois Grâces et aux trois Moires - les trois Douleurs : la Mère des Pleurs, la Mère des Soupirs et la Mère des Ténèbres.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Inferno_(film,_1980)
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Troisi%C3%A8me_M%C3%A8re
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Confessions_d%27un_mangeur_d%27opium_anglais

En écrivant le scénario, Dario Argento envisageait une histoire ayant lieu dans une institution réservée aux enfants de moins de 12 ans. Son producteur - et père - Salvatore Argento (3b) le lui refusa pour la simple et bonne raison que le film aurait été interdit. Argento avança donc l’âge de ses protagonistes à moins de 20 ans, mais tout en conservant son texte de départ, d’où les dialogues un tantinet enfantins des pensionnaires ; de même, le réalisateur poussa le soucis du détail jusqu’à surélever les poignées des portes jusqu’à la tête des actrices, afin qu’elles adoptent la même posture que de jeunes filles ouvrant une porte.
(3b) https://fr.wikipedia.org/wiki/Salvatore_Argento
Selon l’actrice Jessica Harper, le rôle de Helena Markos (qui n’est pas crédité au générique) était tenu par une ancienne prostituée de 90 ans rencontrée par Dario Argento dans les rues de Rome.

Malgré ses couleurs vives, Suspiria n’est pas le dernier film tourné en Technicolor (4). Luciano Tovoli, le directeur de la photographie a tout simplement développé le très conventionnel film Kodak de l’époque avec l’une des dernières machine de développement Technicolor. Le procédé original qui a donné le ton (de couleurs) d’Autant en emporte le vent (5) et de tant d’autres classiques utilisait à la base trois pellicules dans une seule -énorme - caméra (qui ne facilita sans doute pas la tâche à Alfred Hitchcock pour tourner La Corde) (6). Chaque film imprimait l’image en retenant une des trois couleurs de base, le tout était ensuite réuni sur un support unique.
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Technicolor_(proc%C3%A9d%C3%A9)
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Autant_en_emporte_le_vent_(film)
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Corde

Lors d’un entretien paru en 2007 dans le journal Télérama, le cinéaste a déclaré avoir essayé avec Suspiria de mélanger l’univers des contes de Walt Disney (7) et de Grimm (8) avec la violence de L’Exorciste (9). Le film, souvent qualifié de pastiche horrifique de Alice aux pays des merveilles (10), a également été inspiré par Blanche-neige et les sept nains (11).
(7) http://www.citebd.org/spip.php?film1879
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A8res_Grimm
(9) http://www.citebd.org/spip.php?film1559
(10) http://www.citebd.org/spip.php?film422
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Blanche-Neige

Argento a plusieurs fois expliqué s’intéresser depuis longtemps à la sorcellerie et à l’ésotérisme, passant d’ailleurs plusieurs mois à visiter la Forêt-Noire et de nombreux villages de Suisse, d’Allemagne du sud et d’Europe centrale réputés avoir été de hauts lieux de sorcellerie au Moyen Âge.
Dario Argento n’a jamais caché son admiration pour le travail de Mario Bava (12), un autre cinéaste italien ayant fait des films inspirés du giallo (13). Les films d’Argento s’inspirent nettement de ceux de Bava et Suspiria ne fait pas exception.
(12) http://www.citebd.org/spip.php?film1201
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Giallo

Le réalisateur a affirmé avoir écrit le scénario et réalisé le film en puisant dans son inconscient et ses cauchemars, ce qui explique le rythme dilaté ainsi que la cohérence parfois limitée de l’intrigue.
Dario Argento passait très fort la bande-son que le groupe Goblin avait composée pour le film afin de mettre les acteurs dans l’atmosphère étrange, baroque et ésotérique du film.

Le réalisateur multiplie également les références à l’artiste néerlandais Maurits Cornelis Escher (14), très connu pour ses nombreuses constructions irrationnelles et autres effets d’optique. On retrouve par exemple l’une des compositions d’Escher sur le papier peint de la chambre où se fait attaquer la première victime. Par ailleurs, la rue où se situe l’académie de danse se nomme Escher strasse (c’est-à-dire rue Escher).
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurits_Cornelis_Escher

Dans de nombreuses scènes, les expressions hantées des visages des acteurs rappellent nettement les films du courant expressionniste, dont le Nosferatu le vampire (15) de F.W. Murnau.
(15) http://www.citebd.org/spip.php?film1346

La musique du film a été composée en 1977 par le groupe italien de rock progressif Goblin et fait partie intégrante de l’identité de Suspiria.
Dario Argento la faisait jouer à plein volume sur les plateaux de tournage pour obtenir des réaction suffisamment convaincantes de ses acteurs.
Outre les instruments électroniques, le groupe a utilisé beaucoup d’effets vocaux comme des soupirs, des râles, des chuchotements, dans le but de créer une musique saisissante et organique en rapport avec l’atmosphère mystique et anxiogène du film.
En 2012, le thème principal a été utilisé par l’équipe russe de natation synchronisée lors de l’épreuve en duo des jeux olympiques de Londres.

Daria Nicolodi était la petite amie de Dario Argento à l’époque, on peut l’apercevoir au début du film, dans l’aéroport (la femme blonde en rose). Elle a également prêté sa voix à Helena Markos. Co-scénariste du film, Daria Nicolodi confie trente ans plus tard que sa principale source d’inspiration furent les souvenirs de sa grand-mère qui lui a maintes fois raconté que, lorsqu’elle était encore une enfant, elle fut inscrite dans une académie de piano avant de s’en échapper en découvrant qu’on y enseignait en réalité la magie noire. Cette école, dont elle tait le nom, existerait toujours quelque part entre la Suisse et l’Allemagne.

- Les connaisseurs de l’œuvre de Dario Argento ne manqueront pas de faire le rapprochement entre la plume de verre et L’Oiseau au plumage de cristal (16), le premier film en tant que réalisateur d’Argento.
(16) http://www.citebd.org/spip.php?film2064
- Dario Argento a confié que des évènements étranges incluant de nombreux problèmes techniques inexpliqués se sont produits durant le tournage, effrayant même certains membres de l’équipe.
- la silhouette ainsi que les mains du tueur que l’on aperçoit à plusieurs reprises sont celles de Dario Argento.
- Suspiria marque la dernière apparition au cinéma de l’actrice Joan Bennett. Blonde devenue brune en cours de carrière, elle reste connue pour ses rôles de femme fatale.
- Mille Petrozza (guitariste et chanteur du groupe de metal Kreator) (17) dit s’être inspiré de la musique du générique du film pour composer Mars mantra, la première piste de l’album Phantom antichrist.
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Kreator

La jeune Jessica Harper incarne avec justesse et sensibilité cette Alice au pays des sorcières, tandis que Joan Bennett (connue pour ses rôles de femme fatale chez Fritz Lang (18) dans les années 40) et Alida Valli (viscontienne dans l’âme) interprètent avec jubilation des suppôts du Mal. Bigger than life, baroque, limite rococo, Suspiria détonne complètement dans la production transalpine de l’époque et a imposé sur la scène internationale le nom d’Argento, faisant de lui un maître du genre. Premier volet d’une trilogie inégale, Suspiria est un pur chef d’œuvre que l’ambitieux Inferno (1980) et le pitoyable Mother of tears (2007) ne parviendront jamais à faire oublier.
https://www.avoir-alire.com/suspiria-la-critique
(18) http://www.citebd.org/spip.php?film1556

D’où vient Suspiria ? Par certains aspects, la filiation avec le cinéma de Mario Bava est évidente, en ce sens qu’il prolonge et décuple ses expériences sur la couleur, que ce soit dans Six Femmes pour l’assassin (19) ou La Goutte d’eau (dernier segment des Trois visages de la peur (20). L’influence de La Résidence (21) de Narciso Ibáñez Serrador ou de L’Effroyable secret du Dr. Hichcock (22) de Riccardo Freda, voire de Juliette des esprits (23) de Fellini est sans doute notable. Certains parlent même d’un obscur film de nonnes japonaises qui aurait plus qu’inspiré certaines séquences de meurtres. C’est une évidence, comme toute œuvre d’art, Suspiria ne vient pas de nulle part, et constituera d’ailleurs une influence notable pour de nombreux cinéastes par la suite. Mais l’essentiel est ailleurs, dans ses racines profondes. Dario Argento cite le Blanche-neige et les sept nains (11), et c’est sans doute là qu’il faut chercher, vers Grimm (8), les contes de fées européens et les forêts profondes. Le choix de Fribourg (24) comme lieu de l’action est en ce sens parfait : cette petite ville nichée au cœur de la Forêt Noire respire encore l’atmosphère de ces contes de terreur, l’ambiance de ces temps médiévaux où les villes n’étaient que des îlots de civilisation au cœur d’une nature inamicale, reliés entre eux par des routes peu sûres. Et c’est ce que disent les plans de la première future victime fuyant dans la forêt : Suspiria est un conte moderne, et comme tous les contes il parle des peurs de l’enfance et du passage à l’âge adulte, auquel on peut accéder en fouillant notre inconscient...
http://www.dvdclassik.com/critique/suspiria-argento
(19) https://fr.wikipedia.org/wiki/Six_femmes_pour_l%27assassin
(20) http://www.citebd.org/spip.php?film1161
(21) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%A9sidence
(22) https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Effroyable_Secret_du_docteur_Hichcock
(23) https://fr.wikipedia.org/wiki/Juliette_des_esprits
(24) https://fr.wikipedia.org/wiki/Fribourg-en-Brisgau

Entretien avec Dario Argento.
Quelles ont été vos plus grandes influences ?
Hitchcock (25) certainement, mais aussi Fritz Lang (18) et le cinéma expressionniste allemand. On peut le voir dans Suspiria, qui contient des hommages évidents à Kokoschka (26) et Escher (14). C’est clairement Edgar Allan Poe (27) qui a été le premier écrivain « de genre » que j’ai lu. J’étais très jeune et je l’ai découvert dans la bibliothèque de mon père. Je ne peux pas non plus ne pas mentionner Dreyer (28), Ingmar Bergman (29), ainsi que tous les films noirs américains (30) des années 1940 et 1950.
Dans "Suspiria", j’ai remarqué que vous portiez une attention très ­spéciale aux vêtements féminins.
Les vêtements sont très importants, surtout pour les personnages féminins. Ils en disent long sur quelqu’un. Et le film est très particulier, il est habité par un profond souffle lesbien, même si ce n’est pas explicite. Il est clair que tous les passages dans l’Académie de danse sont très lesbiens...
https://www.vice.com/fr/article/dpm8bj/dario-argento-131-v3n10
(25) http://www.citebd.org/spip.php?film1670
(26) https://fr.wikipedia.org/wiki/Oskar_Kokoschka
(27) https://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar_Allan_Poe
(28) https://fr.wikipedia.org/wiki/Carl_Theodor_Dreyer
(29) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ingmar_Bergman
(30) https://fr.wikipedia.org/wiki/Film_noir

Je ne suis pas spécialement fier qu’on remake un de mes films. Ils font ça surtout pour l’argent. Le réalisateur, Luca Guadagnino (31), est un ami. Il m’a appelé l’autre jour pour m’inviter sur le plateau en me disant que ça serait un honneur pour les acteurs de me rencontrer. J’aurais peut-être dit oui si la production m’avait appelé pour m’associer au scénario, mais maintenant que le tournage a débuté, c’est trop tard.
Argento envie-t-il ses meilleurs amis George Romero (32) et John Carpenter (33), dont plusieurs des films ont déjà fait l’objet de remakes (souvent des navets, hélas) ? Non, je n’ai pas vraiment envie de voir mes autres films refaits, je n’ai jamais compris l’intérêt de refaire ce qui a déjà été fait, quand on est réalisateur. Il faut suivre ses propres fantasmes, répond-il.
http://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema/dario-argento-je-ne-suis-pas-fier-qu-on-refasse-mes-films-16-12-2016-2090932_2923.php
(31) https://fr.wikipedia.org/wiki/Suspiria_(film,_2018)
(32) http://www.citebd.org/spip.php?film1790
(33) http://www.citebd.org/spip.php?film1544

Dario Argento
voir fiche du film Les Frissons de l’angoisse
http://www.citebd.org/spip.php?film2085

Daria Nicolodi
voir fiche du film Les Frissons de l’angoisse
http://www.citebd.org/spip.php?film2085

Thomas de Quincey
https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_de_Quincey

Luciano Tovoli
voir fiche du film Dario Argento’s Dracula 3D
http://www.citebd.org/spip.php?film1263

Goblin
voir fiche du film Les Frissons de l’angoisse
http://www.citebd.org/spip.php?film2085

Jessica Harper
voir fiche du film Phantom of the Paradise
http://www.citebd.org/spip.php?film1330

Stefania Casini
Née le 4 septembre 1948 à Villa di Chiavenna.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Stefania_Casini
voir aussi fiche du film Le Ventre de l’architecte
http://www.citebd.org/spip.php?film604

Flavio Bucci
Né le 25 mai 1947 à Turin.
http://www.imdb.com/name/nm0117885/
voir aussi fiche du film La Classe ouvrière va au paradis
http://www.citebd.org/spip.php?film536

Miguel Bosé
Né Luis Miguel González Bosé le 3 avril 1956 à Panama.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Miguel_Bos%C3%A9

Barbara Magnolfi
Née le 16 avril 1955 à Rennes.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Barbara_Magnolfi

Susanna Javicoli
Née le 7 août 1954 à Rome.
http://www.imdb.com/name/nm0419490/

Eva Axén
Née le 12 décembre 1954 à Stockholm.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Eva_Ax%C3%A9n

Rudolf Schündler
voir fiche du film L’Exorciste
http://www.citebd.org/spip.php?film1559

Udo Kier
voir fiche du film The Theatre bizarre
http://www.citebd.org/spip.php?film949

Alida Valli
voir fiche du film Les Yeux sans visage
http://www.citebd.org/spip.php?film499

Joan Bennett
voir fiche du film La Rue rouge
http://www.citebd.org/spip.php?film1244

Renato Scarpa
voir fiche du film Ne vous retournez pas
http://www.citebd.org/spip.php?film1231

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - (...) ce chef d’oeuvre de Dario Argento a marqué le genre horrifique par la puissance de ses images, de sa musique et un fétichisme fascinant.
Dvd classik - (...) "Suspiria" reste un film essentiel. De ceux qui déterminent la vie d’un cinéphile.
Télérama - "Suspiria" est la brillante matrice de tout un courant du fantastique des années 1980 : découvrez donc l'original !
Les Inrocks - Version gore de Blanche- Neige et les sept nains. Sanglant et baroque.
Le Monde - (...) le rouge sanguinolent et le bleu vertigineux de Suspiria gardent le pouvoir subjuguant qu'ils avaient, il y a trente ans, sur les toiles blanches.
Terreur vision - "Suspiria" est donc un coup de génie dans la carrière de Dario Argento, une réussite artistique qui le rapproche de l’œuvre du grand Kubrick...
A la rencontre du 7ème art - "Suspiria" demeure un classique du cinéma d’horreur.
Screenmania - La puissance graphique, sonore et symbolique de "Suspiria" n’a rien perdu de son impact près de quarante ans après sa création...