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après la guerre

Dopo la guerra
France, Italie - 2018 - 1h32
sorti en France le 21 mars 2018
Un Certain regard Cannes 2017
film - version originale sous-titrée en français
de

Annarita Zambrano

scénario : Annarita Zambrano, Delphine Agut
direction de la photographie : Laurent Brunet
musique ou chansons : Grégoire Hetzel
avec : Giuseppe Battiston (Marco), Charlotte Cétaire (Viola), Barbora Bobulova (Anna), Fabrizio Ferracane (Riccardo), Elisabetta Piccolomini (Teresa), Marilyne Canto (Marianne), Jean-Marc Barr (Jérôme)
séances : semaine du mercredi 28 février 2018
mercredi 28 jeudi 1er vendredi 2 samedi 3 dimanche 4 lundi 5 mardi 6
20:30*
séance spéciale :
* avant-première en présence de Annarita Zambrano
séances : semaine du mercredi 21 mars 2018
mercredi 21 jeudi 22 vendredi 23 samedi 24 dimanche 25 lundi 26 mardi 27
16:30
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11:00*
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séance spéciale :
* dimanche 11h00 matinale 3,50 €
séances : semaine du mercredi 28 mars 2018
mercredi 28 jeudi 29 vendredi 30 samedi 31 dimanche 1er lundi 2 mardi 3
16:30
20:30
18:30
21:00
11:00*
18:45
18:45
20:30
séance spéciale :
* samedi 11h00 matinale 3,50 €
séances : semaine du mercredi 4 avril 2018
mercredi 4 jeudi 5 vendredi 6 samedi 7 dimanche 8 lundi 9 mardi 10
14:30
11:00*
16:30
18:30
14:00*
séance spéciale :
* samedi 11h00 matinale 3,50 €
* mardi 14h00 dernière séance

synopsis

Bologne, 2002. Le refus de la loi travail explose dans les universités. L’assassinat d’un juge ouvre des vieilles blessures politiques entre l’Italie et la France. Marco, ex-militant d'extrême gauche, condamné pour meurtre et réfugié en France depuis 20 ans grâce à la Doctrine Mitterrand, est soupçonné d’avoir commandité l'attentat. Le gouvernement italien demande son extradition. Obligé de prendre la fuite avec Viola, sa fille de 16 ans, sa vie bascule à tout jamais, ainsi que celle de sa famille en Italie qui se retrouve à payer pour ses fautes passées...

notes de production

En faisant Après la guerre, Annarita Zambrano voulait peindre la fresque d’une famille déchirée entre l’Italie et la France mais aussi explorer la complexité morale d’une histoire privée ancrée dans une histoire publique et politique. La réalisatrice explique ainsi que, entre 1969 et 1988, le terrorisme rouge et noir a été responsable de plus de 400 morts et 15 000 attentats en Italie. Son enfance et celles de ses camarades ont été marquées par la quotidienneté et la banalisation de cette violence.

Les attentats faisaient partie de notre vie, même si nous n’étions pas vraiment en âge de comprendre. L’écho de cette période s’est fait ressentir jusqu’en 1990 voire plus tard. A 18 ou 20 ans, quand nous avons finalement eu l’âge de participer au débat politique, tout était fini, tout avait déjà été décidé sans nous. Les idéaux, même les plus justes, s’étaient consumés dans les cendres des attentats terroristes. Berlusconi (1) se présentait aux élections, portant avec lui un refus complet de l’engagement politique, le triomphe de l’hédonisme et de la corruption dédouanée. Il fallait que mon premier film m’aide à régler mes comptes avec l’Italie et interroge aussi le thème de la justice, à travers une histoire qui participe d’une interrogation sur la culpabilité : comment passe-t-elle d’un pays à un autre, d’une génération à une autre, d’un père à ses enfants ?
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Silvio_Berlusconi

Après la guerre situe en 2002, soit quelques années après la fin des années de plomb (2). Chaque personnage du film est le fruit de l’imagination de Annarita Zambrano, mais les événements politiques qui y sont dépeints sont bien réels. La cinéaste raconte : ce récit part d’une blessure restée béante entre la France et l’Italie : en 1985, François Mitterrand promet de ne pas extrader - même s’ils avaient déjà été condamnés par un tribunal transalpin - les anciens terroristes italiens réfugiés en France, à condition qu’ils changent de vie et abandonnent la lutte armée. L’Italie voit cette prise de position politique qu’on appelle « doctrine Mitterrand » (3) comme une trahison et la France comme un vivier d’ex-terroristes. La France protégera officiellement plusieurs centaines de personnes poursuivies jusqu’en 2002. À cette époque une recrudescence inattendue d’attentats perpétrés en Italie par le BR-PCC (Parti communiste combattant) (4), un groupe qui revendiquait une continuité avec les Brigades rouges (5), rouvre la polémique. Le Gouvernement italien saute sur l’occasion pour réclamer les terroristes en exil et la chasse commence. Il Corriere della sera (6), l’un de plus grands quotidiens d’Italie, publie en première page la liste et les photos de tous les ex-militants en clandestinité. Un ancien militant de gauche, condamné en Italie et devenu entre-temps professeur de Sciences Politiques à Paris VIII, est extradé vers l’Italie à l’été 2002 (7).
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann%C3%A9es_de_plomb
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Doctrine_Mitterrand
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cellules_communistes_combattantes
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Brigades_rouges
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Corriere_della_Sera
(7) http://www1.rfi.fr/actufr/articles/102/article_67329.asp

Annarita Zambrano a cherché à faire un film où la petite histoire d’une famille buterait sur la grande Histoire, la tragédie d’une douleur privée qui deviendrait une douleur publique. Au début, le film ne se passait qu’en France mais, à un moment, la réalisatrice s’est rendue compte qu’elle ne pouvait pas ne pas traiter l’Italie. Elle développe : ce choix est né d’une réflexion sur le personnage de Marco. Puisqu’il ne se sent pas coupable, il fallait que quelque chose de sa culpabilité non assumée prenne le relais : la chute de sa famille. Le non-dit était une base du scénario qui s’est transformé naturellement en mise en scène. Une chose qui n’est pas dite cache toujours une douleur, un mensonge. Je connais très bien le sujet : en Italie, dans le cercle familial comme au Parlement, on est les champions de l’omission, on dit tout sauf le plus important. Marco parle sans cesse de sa guerre mais il finit par tourner en rond et ne plus rien dire, son discours se vide petit à petit de sa substance… Il aborde tout sauf le vrai sujet : sa culpabilité vis à vis de sa fille qu’il entraine dans une vie qu’elle n’a pas choisie, dans une guerre qui ne lui appartient pas.

Avec son chef-opérateur, Laurent Brunet, Annarita Zambrano a fait le choix de tourner la quasi intégralité du film en lumière naturelle. Elle voulait que la tragédie émane de ce souci de réalisme et du format scope (8) qui crée paradoxalement une sensation d’étouffement dans les lieux fermés et dans les intérieurs italiens. J’utilise très peu de travellings. Un cadre fixe peut parfois en dire plus qu’un mouvement de caméra. La mise en scène devait servir l’histoire et les émotions. Il s’agissait d’épurer, précise la réalisatrice.
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/CinemaScope

En choisissant Giuseppe Battiston pour se glisser dans la peau du personnage de Marco, Annarita Zambrano voulait éviter le cliché du beau ténébreux, sexuellement attirant, du type Che Guevara (9) ou Carlos (10). Giuseppe a un physique qui m’intéressait. Son personnage prend toute la place, physiquement et moralement, son corps massif et débordant porte en lui les stigmates de toute la rage et de la douleur qu’il a accumulées pendant vingt ans. Pour Viola, ce n’est pas facile vivre avec un père aussi imposant. L’Italie reste un pays profondément machiste et patriarcal, la figure symbolique du père et de son pouvoir est horriblement écrasante, qu’elle prenne la forme du Géniteur, de l’État, de Dieu ou du Pape, confie la cinéaste.
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Che_Guevara
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ilich_Ram%C3%ADrez_S%C3%A1nchez

La musique arrive à la 42ème minute du film. Annarita Zambrano et le compositeur Grégoire Hetzel ont travaillé à partir de chaque sentiment, chaque mouvement des personnages. La première explique : je lui donnais des mots, des adjectifs. Je savais aussi que je voulais des instruments à cordes, des sons qui puissent s’étirer le plus possible, pour ce voyage qui, précisément, ne finit jamais. Le récit se déroule dans deux pays, dans deux langues différentes ; la musique est le seul lien entre l’Italie et la France, le seul point d’union entre ces histoires qui sont liées mais ne se rencontrent jamais.

Charlotte Cétaire, qui joue Viola, venait d’avoir 18 ans au moment où elle a été choisie pour jouer ce personnage et fait de la danse contemporaine. Elle n’est pas obsédée par l’idée de devenir actrice et possède beaucoup de points communs avec son personnage selon Annarita Zambrano : elle est forte, intelligente et très mûre. Elle « ose » devenir celle qu’elle veut sans se soucier du jugement des autres. Ce que j’aime le plus en elle, c’est son intensité dans les silences.

Barbora Bobulova, qui joue la sœur, est d’origine slovaque. Une des raisons qui a poussé la cinéaste à la choisir réside dans le fait que la comédienne n’a pas été affectée par l’histoire de l’Italie et pourrait ainsi mieux donner à son personnage des nuances intéressantes. Fabrizio Ferracane, le juge, a été découvert par Annarita Zambrano dans Les Âmes noires (11) de Francesco Munzi. Elisabetta Piccolomini, la mère, est une grande actrice de répertoire. Je suis aussi très contente de la participation de Marilyne Canto qui joue la journaliste. Elle a été la « marraine » de la fondation Gan (12) quand le scénario y a été primé. C’était bien qu’elle fasse aussi partie de l’aventure, termine la réalisatrice.
(11) http://www.citebd.org/spip.php?film1500
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_Gan_pour_le_cin%C3%A9ma

Entretien avec Annarita Zambrano
Quel est votre point de vue sur la « doctrine Mitterrand » ?
J’essaie d’avoir un point de vue pragmatique plutôt qu’émotif sur le sujet. François Mitterrand avait mis en place une stratégie d’asile adressée aux protagonistes des différents conflits révolutionnaires qui traversaient l’Europe, italiens, mais aussi basques et irlandais. Louis Joinet (13), conseiller juridique du Président et véritable architecte de la « doctrine Mitterrand » (3), explique que si d’un côté il y avait l’idée de faciliter le chemin de ceux qui tentaient de sortir de la lutte armée, de l’autre il fallait vite trouver une solution à un problème d’ordre public qui s’installait sur le territoire français : il était nécessaire de faire émerger et « normaliser » un groupe clandestin potentiellement subversif composé de milliers de militants italiens qui avaient trouvé refuge grâce à la solidarité d’une certaine classe sociale française. Le danger pour Mitterrand était de voir ces Italiens revenir à la clandestinité, avec le risque de nourrir une dérive terroriste sur le sol français. Mitterrand avait-il raison ? Je crois qu’il a fait le juste choix pour son pays.
En tant qu’Italienne, j’ai du mal à partager sa décision. Je suis la fille d’un juge et si mon père avait été tué à l’époque, je suppose que je n’aurais pas été heureuse de voir son assassin enseigner la science politique dans une université parisienne...

http://distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/apres-la-guerre-dopo-la-guerra.html
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Joinet

Annarita Zambrano
http://www.imdb.com/name/nm3063109/

Delphine Agut
http://www.imdb.com/name/nm3229825/
voir aussi fiche du film La Vie au ranch
http://www.citebd.org/spip.php?film505

Laurent Brunet
voir fiche du film Le Sens de l’humour
http://www.citebd.org/spip.php?film1225

Grégoire Hetzel
voir fiche du film Les Fantômes d’ismaël
http://www.citebd.org/spip.php?film1894

Giuseppe Battiston
Né le 22 juillet 1968 à Udine.
voir aussi fiche du film La Petite Venise
http://www.citebd.org/spip.php?film853

Charlotte Cétaire
http://www.imdb.com/name/nm5100841/

Barbora Bobulova
voir fiche du film Les Âmes noires
http://www.citebd.org/spip.php?film1500

Fabrizio Ferracane
voir fiche du film Les Âmes noires
http://www.citebd.org/spip.php?film1500

Elisabetta Piccolomini
http://www.imdb.com/name/nm0681588/

Marilyne Canto
voir fiche du film Le Sens de l’humour
http://www.citebd.org/spip.php?film1225

Jean-Marc Barr
voir fiche du film Nymphomaniac, volume 1
http://www.citebd.org/spip.php?film1195

extrait(s) de presse

Culturebox - Un film humain, subtil, d’une puissante sobriété...
Ecran large - Maitrisé dans le fond comme dans la forme, "Après la guerre" est un film très important, surtout en ce moment. Analyse des troubles identitaires de deux pays au passé chargé, il remet surtout l'humain au centre de son Histoire en désacralisant les figures héroïques ou "démoniaques" (cela dépend de l'identité du vainqueur) en montrant que ce sont avant tout des hommes et des femmes qui cherchent à se créer un destin. Il en résulte un film passionnant et troublant, tout autant que la naissance d'une réalisatrice à suivre de très, très près.
Le Nouvel obs - Annarita Zambrano, dont c'est le premier film, fait preuve d'un enthousiasme et d'une maturité incroyables : son talent est évident, tant dans la réalisation que dans la direction d'acteurs.
Fiches du cinéma - Viola doit suivre son père, ancien terroriste, en exil. Par moments bouleversant, ce premier long métrage préfère, intelligemment, regarder son sujet avec la douceur aigre d’une chronique estivale, et refuse le récit édifiant qu’on aurait pu craindre.
Télérama - Remarquablement mis en scène, le film passe du ­naturalisme de la cavale à des séquences familiales en huis clos dignes des drames d’Elio Petri.
àVoir-àLire - Du bon cinéma politique italien, sobre et nuancé, qui revient sur une période trouble des relations entre la France et l’Italie.
Culturebox - Ce film assez spartiate et austère vise juste dans son expression de la déchirure que provoque cet épisode politique au sein d’une famille.
Positif - Une tension ambitieuse qui n'aurait jamais pu être atteinte sans la sobriété exemplaire de sa mise en scène.