une femme douce - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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une femme douce

Krotkaya
France - 2017 - 2h23
sorti en France le 16 août 2017
compétition officielle Cannes 2017
avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
film - version originale sous-titrée en français
de

Sergei Loznitsa

scénario : Sergei Loznitsa
d'après l'oeuvre de : Fyodor Dostoyevsky
direction de la photographie : Oleg Mutu
avec : Vasilina Makovtseva (une femme douce), Valeriu Andriutã (Visage bleu), Sergey Kolesov (homme aux dents écartées), Liya Akhedzhakova (militante des droits de l’Homme), Boris Kamorzin (homme au bras dans le plâtre), Viktor Nemets (Goat-faced man in train), Marina Kleshcheva (la compatissante)
séances : semaine du mercredi 31 janvier 2018
mercredi 31 jeudi 1er vendredi 2 samedi 3 dimanche 4 lundi 5 mardi 6
21:00*
11:00*
18:45*
séance spéciale :
* Festival Télérama / Afcae à Angoulême du 31 janvier au 6 février 2018. En échange du Pass, complété de vos noms et adresses, une carte valable pour 2 personnes durant toute la durée de la manifestation vous sera remise à la caisse du cinéma. Sur présentation de cette carte, tous les films du festival Télérama / Afcae sont au tarif de 3,50 € la place (par personne). Tarif unique 3,50 € pour tous grâce au Pass (valable pour 2 personnes) à découper dans le magazine Télérama.
* samedi 11h00 matinale 3,50 €
* dimanche 18h45 dernière séance

synopsis

Une femme reçoit le colis qu’elle a envoyé quelques temps plus tôt à son mari incarcéré pour un crime qu’il n’a pas commis. Inquiète et profondément désemparée elle décide de lui rendre visite. Ainsi commence l’histoire d’un voyage, l'histoire d’une bataille absurde contre une forteresse impénétrable...

notes de production

Sergei Loznitsa développe cette histoire depuis longtemps en ayant commencé à réfléchir au destin d’une femme dont le mari est en prison et à qui elle envoie un colis qui finit par lui revenir. Le cinéaste confie : le développement de cette histoire se compte en années, et ce qui est resté de l’idée initiale, c’est le stoïcisme et l’impassibilité du visage de l’héroïne, qui ne sourit pas une seule fois dans le film. C’est extrêmement difficile de rester éternellement impassible.

Une Femme douce est pour Sergei Loznitsa une métaphore d’un pays où les gens se font perpétuellement violer, y compris par eux-mêmes. Le metteur en scène développe : ce pays est empreint de toutes formes de violences. D’un côté vous avez une totale hypocrisie, un énorme mensonge, une parfaite omerta... et de l’autre des choses absolument horribles qui continuent de se passer chaque jour. Pour moi, tout ça reste une énigme très inquiétante. Au lieu de vivre et de faire les choses de manière tranquille, gaie, sympathique, on doit à chaque étape de son existence emprunter une voie difficile, mensongère, parfois terrible.

La formation scientifique de Sergei Loznitsa se retrouve dans son travail de cinéaste. Ce dernier explique ainsi beaucoup préparer les choses au préalable avant de commencer à tourner : avant même de m’atteler au tournage, je travaille énormément avec mes techniciens : le chef opérateur Oleg Mutu, l’ingénieur du son Vladimir Golovnitski et mon chef décorateur Kirill Shuvalov. On décide de tout, tous ensemble. On décide de la façon générale dont le film va évoluer visuellement mais aussi de la façon précise dont chaque scène, chaque plan sera tourné. On se met également d’accord sur la position de la caméra. Plusieurs mois avant le tournage, on dessine le story-board, qui intègre les repérages effectués et les décors choisis. Toujours tous ensemble. Ensuite, j’organise les répétitions avec les acteurs, qui ont lieu sur les lieux mêmes du tournage...

Une des raisons ayant poussé Sergei Loznitsa à faire Une Femme douce réside dans le territoire où se déroule l’intrigue du film, un pays qui est la Russie, mais considéré comme un territoire à la fois géographique et mental. Le tournage a eu lieu à Daugavpils (1), en Lettonie, une ville peuplée à 90% de Russes. Loznitsa et son équipe ont tourné ici pour des raisons logistiques : c’est un territoire européen, qui ne nécessite pas de visa spécial, mais qui porte encore les traces de son ancienne administration soviétique. Et puis il y a dans ce coin deux grandes prisons, dont celle qui se trouve dans le film, précise le metteur en scène.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Daugavpils

Sergei Loznitsa pratique le cinéma de fiction et le documentaire. Le réalisateur explique comment il passe d’un format à l’autre : les pauses sont très longues entre mes films de fiction et j’ai toujours envie de faire quelque chose en attendant. C’est donc souvent dans ces moments-là que s’insèrent mes documentaires, plus légers à produire. Mais fondamentalement, je ne fais aucune différence entre les deux : selon moi, même les documentaires n’ont aucun rapport avec la réalité, ils sont une reconstruction, pour ne pas dire une pure construction. On pourrait dire les choses ainsi : la physique théorique, c’est les films de fiction ; la physique expérimentale, c’est le cinéma documentaire. Alors il doit bien exister une « physique expérimentale théorique » et c’est ce qui décrit le plus précisément mon travail. Parce que j’ai vraiment envie de continuer à pratiquer les deux. Les deux permettent de découvrir et comprendre le monde. Lorsque les caméras ont 10 été inventées, une des premières idées que l’on a imaginées c’était leur valeur d’instrument pour la science. La notion d’enregistrement scientifique apparaît en même temps que celle d’entertainment. Les gens ont souvent peur du mot « science » appliqué au cinéma. Il vaut mieux présenter les choses sous l’angle d’une étude. Si on dit que l’on fait de l’anthropologie, le public fuit ! Moi, pourtant, je fais de l’anthropologie visuelle et j’étudie les gens qui m’entourent. Nous pouvons tous être des sujets d’étude, que cela nous plaise ou non.

Pour Sergei Loznitsa, son film ne possède que très peu de points communs avec la nouvelle La Douce (2) de Dostoïevski (dont le long métrage de 1969 Une Femme douce (3) de Robert Bresson était adapté). Le cinéaste voulait raconter l’histoire d’une femme douce, mais pas depuis le point de vue de la nouvelle du célèbre écrivain russe ou de ce que l’on connaît de la Russie. Il explique : Dostoïevski enquêtait sur d’autres choses que celles que je veux étudier dans mon film. Ce qui l’intéressait, c’était les ambitions blessées, l’amour-propre humilié, et les rapports humains qui s’ensuivent, jusqu’à la catastrophe. Je ne suis pas allé dans cette direction, je n’ai pas fait un travail d’ordre intime ou introspectif. Plutôt que les souffrances propres à un personnage, ses tourments psychologiques, mon film décrit un espace je me suis intéressé à la description d’un espace, d’un habitat, dans lequel des créatures sont forcées d’exister. On ne sait quasiment rien de mon héroïne, on connaît juste le principe de l’existence de cet espace-là, de cet ensemble dans lequel elle évolue.
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Douce
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Une_femme_douce_(film,_1969)

« Dormez en paix, braves gens ! » ­disaient les hommes du guet, en traversant, de nuit, les villes du Moyen Age. Sergueï Loznitsa nous supplie, au contraire, de veiller. De ne pas céder au sommeil. Le dernier plan de son film, ardu mais ardent, montre des citoyens plongés dans une sorte de ­coma généralisé - alors que les opposants, les résistants, les dissidents et cette « femme douce » qui ne demandait rien à personne sont systématiquement broyés... Ses documentaires avaient fait de lui une sentinelle politique. Avec ce film de fiction, Sergueï Loznitsa s’affirme comme un maître. Un visionnaire.
http://www.telerama.fr/cinema/films/une-femme-douce,516724.php

Entretien avec Sergei Loznitsa
Votre nouveau film, "Une Femme douce", est un portrait de femme qui prend la forme d’un récit d’aventures comico-tragique : le personnage principal fait une série de rencontres variées en vue de livrer un colis à son mari incarcéré, présentant ainsi des scènes de mœurs. Il est aussi inspiré du récit (2) de Dostoïevski, adapté par Bresson (3) en 1969. Comment vous est venue l’idée du film ?
J’ai commencé à penser à ce film il y a maintenant huit ans ; j’étais en train de finir un film consacré au destin d’un homme dans ce même espace géographique avec My Joy (4), et j’ai pensé que ce serait intéressant de m’atteler à retracer le destin d’une femme dans cet espace. C’est alors que j’ai commencé à penser à l’œuvre de Dostoïevski.
C’est un espace où toute la société civile est détruite, et les institutions qui sont censées la préserver le sont également. Dans ces circonstances données, l’homme devient agressif, agresseur, et se met à tirer sur tout ce qui bouge, comme dans mon premier film de fiction, My Joy. Je pourrais définir mon nouveau film ainsi : c’est le destin d’une femme sur ce territoire, laquelle devient une victime. À ce moment-là, il y a un télescopage entre le destin de la femme et le destin du pays...
https://www.critikat.com/actualite-cine/entretien/sergei-loznitsa/
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/My_Joy

Sergei Loznitsa
Né le 5 septembre 1964 à Baranavitchy (Biélorussie).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sergei_Loznitsa

Fyodor Dostoyevsky
Né Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski à Moscou le 30 octobre 1821, décédé à Saint-Pétersbourg le 28 janvier 1881.
Considéré comme l’un des plus grands romanciers russes, il a influencé de nombreux écrivains et philosophes...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fiodor_Dosto%C3%AFevski

Oleg Mutu
Né le 22 juillet 1972 à Kichinev.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Oleg_Mutu
voir aussi fiche du film Au-delà des collines
http://www.citebd.org/spip.php?film942

Vasilina Makovtseva
http://www.imdb.com/name/nm5056249/

Valeriu Andriutã
http://www.imdb.com/name/nm1250558/
voir aussi fiche du film Au-delà des collines
http://www.citebd.org/spip.php?film942

Sergey Kolesov
http://www.imdb.com/name/nm4972779/

Liya Akhedzhakova
Née Lia Medjidovna Akhedjakova le 9 juillet 1938 à Dnipro.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lia_Akhedjakova

Boris Kamorzin
http://www.imdb.com/name/nm2189073/

Viktor Nemets
http://www.imdb.com/name/nm2923473/

Marina Kleshcheva
http://www.imdb.com/name/nm8332323/

extrait(s) de presse

L'Express - Le premier grand film de cette rentrée, injustement revenu bredouille du Festival de Cannes.
Télérama - Une femme douce est un grand film politique et romanesque. Il est à la fois doux et extravagant. Sergeï Loznitsa s’y affirme définitivement comme un grand cinéaste.
Paris match - Formellement sublime - le film est magnifiquement éclairé par le chef opérateur roumain Oleg Mutu...
àVoir-àLire - Jusqu’au dernier tiers, ce long-métrage à la fois vibrant, complexe et aride rivalise de propositions de cinéma. Et l’on pense alors être en présence d’un grand film...
Critikat - Loznitsa dresse ici à travers le portrait tragique d'une femme douce une forme de procès sans concessions de la Russie, mêlé à une complainte envers ceux qui ont "niqué ce grand pays.
La Croix - On l’aura compris, la dénonciation de Sergueï Loznitsa est frontale et ravageuse, courageuse et sans aucune complaisance pour un pouvoir qui a gardé ses anciennes manières. Son film, qui s’autorise vers la fin une longue échappée onirique, est à la fois fascinant et interminable (...)
L'Humanité - Une conclusion en forme de jeu de massacre, révélatrice de l’absence de mesure de ce cinéaste finalement assez dogmatique, qui a une dent (acérée) contre ses pays d’origine (Russie et Ukraine), où ses films sont peu diffusés.
Libération - Indéniablement, Loznitsa ne manque pas de talent pour donner à ce récit le caractère flottant d’une hallucination et pour reconstituer un monde peuplé de personnages aussi truculents qu’inquiétants...