la drôlesse - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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la drôlesse

France - 1979 - 1h30
sélection officielle Cannes 1978
film - film francophone
de

Jacques Doillon

scénario : Jacques Doillon, Denis Ferraris
direction de la photographie : Philippe Rousselot
avec : Claude Hébert (François), Madeleine Desdevises (Mado), Paulette Lahaye (la mère de Mado), Juliette Le Cauchoix (la mère de François), Fernand Decaean (le beau-père de François), Dominique Besnehard (l'instituteur), Edouard Besnehard (le boulanger), Odette Maestrini (l'épicière), Ginette Mazure (la photographe), Denise Garnier (la secrétaire de mairie), Norbert Delozier (le beau-frère), Janine Huet (la sœur), Marie Sanson (actrice), Christian Bouillette (un gendarme)
séances : semaine du mercredi 20 décembre 2017
mercredi 20 jeudi 21 vendredi 22 samedi 23 dimanche 24 lundi 25 mardi 26
18:30*
séance spéciale :
* présence de Dominique Besnehard annulée pour raison familiale - rétrospective "Gaumont et merveilles" - tarif 3,50 €

synopsis

François a vingt ans. Il n'est aimé ni de sa mère, ni de son beau-père. On dit de lui qu'il est simplet, irresponsable, et l'on se satisfait de le laisser vivre seul, dans un grenier de ferme, et de savoir qu'il subsiste en récupérant des déchets dans les dépôts d'ordures. Mado a neuf ans de moins que lui mais elle lui ressemble déjà. Comme lui, c'est un être mal aimé, condamné à la solitude. Un jour, François enlève Mado et l'installe dans son grenier. Là, discrètement, prudemment - il ne faudrait pas que les «patrons» les surprennent -, ces deux accidentés de la vie font connaissance, deviennent amis, puis complices. Petit à petit, après la confiance, ils découvrent l'amour. Un amour naïf, terriblement sincère, qui reste pudique, car François n'oublie pas que sa petite compagne n'est encore qu'une enfant...
Dominique Besnehard parle de La drôlesse de Jacques Doillon - Tchi Tcha du 28/11

notes de production

Une grande partie de l’œuvre de Jacques Doillon est consacrée à l’univers des enfants et des adolescents, et ce dès son deuxième long-métrage, Les Doigts dans la tête (1), chronique sociale autour d’un apprenti boulanger et de ses ami(e)s. Le cinéaste fait le portrait d’une fillette enlevée par un marginal dans La Drôlesse, d’un groupe de lycéens dans Le Jeune Werther (2), et s’intéresse à des jeunes issus de milieux défavorisés dans Le Petit criminel (3) et Petits frères (4). Il filme une adolescente face à son père dans La Vie de famille (5), et face à celui de son petit ami dans La Fille de quinze ans (6). Laure Marsac trouve son premier rôle à 14 ans dans La Pirate (7) et Lou Doillon, fille du réalisateur, à 16 ans dans Trop peu d’amour (8). Avec Ponette (9), il fait tourner des enfants qui ont pour la plupart entre 4 et 5 ans. Une de ses rares adaptations littéraires, Un Sac de billes (10), a également pour héros deux enfants, dans la France occupée.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Doigts_dans_la_t%C3%AAte
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Jeune_Werther
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Petit_Criminel
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Petits_Fr%C3%A8res
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_de_famille_(film)
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fille_de_15_ans
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Pirate
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Trop_(peu)_d%27amour
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ponette
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_sac_de_billes_(film,_1975)

Dans un entretien accordé à Télérama (numéro du 18 novembre 1998, à l’occasion de la diffusion sur Arte de trois de ses films), Jacques Doillon revient sur la genèse de La Drôlesse : j’ai tourné ce film en réaction contre celui de William Wyler, L’Obsédé (11), que je n’aimais pas, malgré les acteurs. Ce mec collectionneur de papillons et de filles me paraissait artificiel. Ce serait d’ailleurs amusant de diffuser L’Obsédé et La Drôlesse l’un après l’autre...
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Obs%C3%A9d%C3%A9

Dès la première scène de La Drôlesse, le ton est donné. Alors qu’un instituteur incite ses jeunes élèves à lire un poème de leur propre composition pour la fête des mères, Mado se démarque du reste de ses camarades en affirmant qu’elle n’aime pas [sa] mère. Cette dernière n’aura d’ailleurs besoin que d’une seule scène où elle n’apparaît que de dos pour que l’on comprenne sans équivoque le manque d’amour et de considération qu’endure quotidiennement la jeune fille pas encore adolescente. Sur le chemin de l’école, elle croise François, jeune homme taciturne de 17 ans, qui l’emmène de force dans les bois où il la ligote et la cache dans la remorque de sa vieille mobylette. Mado, d’abord effrayée puis touchée par cette attention peu commune, participe de plein gré à son enlèvement. Elle se retrouve alors dans la grande chambre mansardée de l’adolescent, avec l’interdiction formelle d’en sortir ou de faire du bruit, de peur d’agacer les patrons, entendons par là les parents du garçon. Quelques courtes scènes suffiront d’ailleurs à nous faire comprendre que ce dernier ne reçoit pas davantage d’amour que son otage et que son geste n’a d’autres motivations que d’avoir à ses côtés une présence offrant enfin tous les possibles d’un échange humain. Le suspense suscité à la fois par l’enlèvement et la différence d’âge existant entre les deux protagonistes s’évapore peu à peu car le fait divers sordide n’intéresse nullement le réalisateur, pour qui le choix des décors, une campagne morose, suffit amplement à rendre compte du désespoir de ses habitants...
http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article2497&artsuite=0

Dans La Drôlesse, la façon dont le jeune homme clame haut et fort qu’il n’est ni paresseux, ni voleur, montre qu’il ne cherche pas à aller contre ses valeurs et le sens qu’on leur donne dans la société. Il comprend que la valeur travail est au centre des rapports entre les hommes. Dans cette campagne, dans ce monde rural, le travail est ce qui définit l’individu : il est ce qui occupe toute son existence. Celui qui travaille peut espérer vivre en paix, c’est à dire en bonne entente avec ces concitoyens. Mais celui qui ne travaille pas ou peu sera non seulement rejeté, mais aussi persécuté. La crainte d’être différent est donc un des facteurs qui poussent ces jeunes à vouloir être comme les autres. Être différent, c’est être montré du doigt et faire l’objet de menaces pouvant être verbales et physiques...
https://www.critikat.com/panorama/retrospective/jacques-doillon/

La Drôlesse, c’est parti d’un fait divers (12) qui m’a intéressé. Je me suis penché dessus, et je me suis aperçu que la réalité ne me donnait pas grand chose. Avant : quelqu’un prend un enfant sous on bras. Après : il prend quatre ans de prison. Ce qui m’a agacé, c’est de ne pas en savoir plus.
Je suis allé sur place, j’ai vu la fille et le garçon, et je me suis trouvé devant les murs. Mais ces murs mêmes, et l’effort de m’être déplacé, le travail d’enquête, m’ont donné l’élan pour le film.
J’avais envie que dans ce lieu clos du grenier, les bruits de l’extérieur, toujours menaçants, puissent pénétrer. Le chaume était idéal pour ça : l’intérieur devient fragile, devient lui-même extérieur, et quand un des deux personnages est en crise et s’échappe au dehors, c’est l’extérieur qui devient alors le lieu de la solitude et de l’enfermement.
Le temps du cinéma, c’est drôlement court. Mes films sont toujours en boule, comme moi, contractés. La tension est souvent là, on a du mal à respirer. Il me faut agripper les gens, leur sauter dessus : Je ne veux pas qu’ils perdent pied, ou alors avec moi. Le temps de la vie n’existe pas dans mes films. C’est une cadence fiévreuse, à tenir jusqu’au bout... Je suis plus près de la tragédie que de je ne sais quel naturalisme.

Jacques Doillon dans Le Monde (lors de la présentation du film à Cannes) (13)
(12) http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Le-Ravisseur
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_de_Cannes_1979

Entretien avec Jacques Doillon
Durant la majeure partie des années 2000, vous êtes apparu comme une sorte d’emblème de tout un cinéma qui n’arrivait plus à se faire, parce que la logique économique avait totalement pris le pouvoir. Comment avez-vous perçu et vécu ces changements dans le milieu de la production ?
Tout ce que je peux dire n’est fondé sur aucun savoir. En revanche c’est fondé sur une expérience. L’expérience c’est : 2003, 2004, 2005, 2006, je ne trouve pas du tout d’argent ; 2007, j’en trouve un peu ; 2008, j’ai du mal ; 2009, j’arrive à tourner. Pour moi, dans les années 2000, il y a donc eu très peu de films, alors que dans les années 1980-90 il y en avait eu beaucoup. Mais on sait bien que pendant quinze ans, de 1985 à 2000, nous avons vécu grâce à Canal+ (14). Pendant quinze ans Canal a soutenu un peu tout le cinéma : surtout le cinéma de divertissement évidemment, mais aussi les films comme les miens. Moi, par exemple, quand je faisais des films avec Canal+, c’était par l’intermédiaire d’Alain Sarde (15) (qui, en quelque sorte, avait la clé du coffre). Donc je lui disais : il faut tourner le film cet été, ce sera avec machin et machine, ça racontera ça. Lui me disait : je te donne cinq millions, ou six, ou huit. Ensuite, je faisais avec ce qu’on me donnait. Et puis en 2000 tout ça a été terminé. Or, entre temps, nous avions pris de mauvaises habitudes. Donc moi j’ai protesté comme un enfant gâté : “comment ! je ne peux plus faire un film tous les ans !” Mais c’était vraiment une réaction d’enfant gâté. Parce que les temps sont durs, oui, mais ils le sont pour tout le monde. Ils sont durs pour les mecs qui fabriquent des pneus et pour les mecs qui fabriquent des films de la même façon. Donc il faut juste prendre en compte cette situation, voir comment on s’y adapte et trouver ses propres solutions. Par exemple, si maintenant il faut faire des plus gros films, la question est : est-ce que j’ai envie de faire Mesrine (16) ? La réponse est non. Est-ce que je peux regarder ça le dimanche soir à la télé un peu fatigué ? Oui. Est-ce que je peux regarder ça à la télévision pas trop fatigué ? Non. Voilà. C’est très simple...
https://www.fichesducinema.com/2010/04/entretien-avec-jacques-doillon-2/
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Canal%2B
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Sarde
(16) https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Instinct_de_mort_(film)

Jacques Doillon
voir fiche du film Rodin
http://www.citebd.org/spip.php?film1883

Denis Ferraris
http://www.imdb.com/name/nm0274152/

Philippe Rousselot
voir fiche du film Big fish
http://www.citebd.org/spip.php?film408

Claude Hébert
http://www.imdb.com/name/nm0405684/

Madeleine Desdevises
Née le 12 mars 1967 à Saint-Lô, décédée le 16 avril 1982 à Caen.
Repérée en sixième par Dominique Besnehard, elle ne tournera qu’un film, puisqu’elle sera emportée par une leucémie mal diagnostiquée...
https://www.wikimanche.fr/Madeleine_Desdevises

Dominique Besnehard
voir fiche du film À nos amours
http://www.citebd.org/spip.php?film1941

Norbert Delozier
http://www.imdb.com/name/nm1145155/

Christian Bouillette
http://www.imdb.com/name/nm0099346/

extrait(s) de presse

Télérama - Petit miracle de sensibilité et de fraîcheur, ce film palpite aux antipodes de toute mièvrerie : le montage est nerveux, presque radical, la caméra danse d'un regard, d'une lumière à l'autre...
Critikat - Le cinéma de Doillon est un cinéma de la fragilité, de la crainte et de la peur du monde. Si les enfants et les adolescents l’intéressent, c’est parce qu’il sait parfaitement qu’à cet âge là le futur adulte est déjà en partie présent...
Livres de malice - "La Drôlesse" est un film sauvage d'une grande tendresse et poétique à la fois...