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un roi à new york

A King in New York
Usa - 1957 - 1h47
sorti en France le 1er décembre 1957
film - version originale sous-titrée en français
de

Charles Chaplin

scénario : Charles Chaplin
direction de la photographie : Georges Périnal
musique ou chansons : Charles Chaplin
avec : Charles Chaplin (le roi Shahdov), Dawn Addams (Ann Kay), Oliver Johnston (l'ambassadeur Jomier), Michael Chaplin (Rupert Macabee), Jerry Desmonde (le premier ministre), Maxine Audley (la reine, Irène), Harry Green (l'avocat Green), Phil Brown (le directeur d'école), John McLaren (Macabee senior), Joan Ingram (Mona Cromwell), Alan Gifford (le proviseur), Sidney James (Johnson), George Woodbridge (un membre de la commission à l'énergie atomique)
séances : semaine du mercredi 13 décembre 2017
mercredi 13 jeudi 14 vendredi 15 samedi 16 dimanche 17 lundi 18 mardi 19
18:30*
séance spéciale :
* rétrospective Charlot revient - en partenariat avec Hidden circle - tarif 3,50 €

synopsis

Chassé de son pays, l'Estrovie, le roi Shahdov a choisi, comme des millions d'exilés avant lui, de se réfugier aux Usa, la nouvelle Terre promise. Dès son arrivée, les autorités prennent ses empreintes digitales. Les déboires du roi déchu ne font que commencer. Il fait la connaissance d'Ann Kay, qui travaille à la télévision, et participe bientôt, contre son gré, à une vulgaire émission publicitaire. Plus tard, visitant une maison de redressement, il se lie d'amitié avec un malheureux gamin doué d'une conscience politique précoce. Cette rencontre, elle non plus, ne lui portera pas chance...

notes de production

Si nous ne pleurons pas plus que nous rions en voyant Un Roi à New York c’est que Chaplin a jugé qu’il fallait nous atteindre à la tête plutôt qu’au cœur. La terrible douceur de son film m’a fait penser à Nuit et brouillard (1), qui refusait également les facilités du pamphlet et de la vengeance (….)
François Truffaut
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_et_Brouillard_(film)
(1) https://www.cineclubdecaen.com/realisat/chaplin/unroianewyork.htm

On peut voir un lien direct entre l’histoire du personnage Shahdov et Chaplin lui-même, en effet, tout juste débarrassé des problèmes de censure posés par le Breen office (2) (branche de la légion de la décence) (3) pour son film Monsieur Verdoux (4), il fut convoqué par la Commission des activités anti-américaines, alors la Ligue catholique essaya d’empêcher la projection du film, et la presse se déchaîna. Il parvint cependant à finir Les Feux de la rampe (5) avant de quitter les Usa en septembre 1952 sous la contrainte.
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Code_Hays
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligue_pour_la_vertu
(4) http://www.citebd.org/spip.php?film1904
(5) http://www.citebd.org/spip.php?film1968

Il est intéressant de comparer Un Roi à New York avec un film antérieur, Le Kid (6) dont l’affiche est partagée avec un enfant, victime d’une société malade. Dans Le Kid l’injustice de la société prend la forme d’une privation physique. Dans Un Roi à New York, ce que l’enfant subit est bien pire : son honneur, sa conscience et son âme sont blessés. Le rôle du jeune garçon était d’une importance capitale : à l’instar de Jackie Coogan dans Le Kid il partageait pratiquement la vedette avec Chaplin. C’est au dernier moment que Chaplin choisit son fils aîné, Michael, alors âgé de dix ans. Les parents de Michael envisagèrent de déguiser son identité sous le pseudonyme de John Bolton, mais l’enfant insista pour garder son propre nom de Michael Chaplin.
(6) http://www.citebd.org/spip.php?film1819

On peut considérer Lost in translation (7) comme un hommage à Un Roi à New York, en effet, par le thème dans un premier temps : un homme provenant de l’ancien monde se retrouvant dans la frénésie du monde de demain. La situation est actualisée dans Lost in translation, le héros est étatsunien, et va au Japon. Le film fait référence à d’autres reprises à Un Roi à New York, notamment lors de la scène où le héros Bob Harris joue dans une pub pour whisky.
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Lost_in_Translation

Au départ, le film devait être une comédie musicale, mais vite il sembla à Chaplin que la gravité du sujet abordé ne permettait pas un genre si léger. Mis à part cela, tandis qu’en Amérique il possédait son propre studio et ses propres employés avec lesquels il était habitué à travailler, il se retrouve seul et sans aide aucune en Europe. Ainsi, le tournage lui coûtant très cher, il réalisa le film en un temps qui lui semblait exceptionnel, douze semaines. L’action se déroule à New York, mais Chaplin fut obligé d’utiliser des extérieurs de Londres. Il engagea un des grands opérateurs de l’histoire du cinéma, Georges Périnal, mais qui était très occupé et ne put accorder toute l’attention que le film méritait.

Le film fut bien reçu en Europe, mais le retard de la sortie us handicapa sévèrement son impact commercial, d’autant plus qu’il était interdit aux journalistes étatsuniens d’avoir accès à la copie du film. De nos jours les critiques sont toujours très divisés à propos de la qualité du film : tandis que certains le dénigrent, d’autres le considèrent comme le chef-d’œuvre de Chaplin. Cependant de manière générale les critiques s’accordent à louer l’aspect délivré de toute contrainte du film, à l’exemple de Kenneth Tynan voyant un mérite dans le fait que : personne n’a soumis le scénario à un de ces ‘polissages’ qui sont l’euphémisme utilisé dans l’industrie pour signifier qu’on a raboté les rugosités et limé les dents acérées… Un film libre et fruste sera toujours préférable à un film élégamment enchaîné.

Un Roi à New York est l’avant-dernier film de Charles Chaplin et il porte en lui toutes les caractéristiques d’une fin de règne. Cette œuvre ô combien mal-aimée est pourtant riche d’enseignements, et se révèle une source de plaisir pour les amateurs de l’immense cinéaste qui apprécient la verve satirique d’une œuvre née d’un divorce profond entre un artiste et le pays qui l’avait adopté. Chaplin fut régulièrement la cible privilégiée de plusieurs lobbies (les politiciens, la presse, les ligues de vertu), sa vie privée fut sans cesse attaquée et décortiquée (parfois l’artiste, qui jouissait sans peine de ses privilèges et de sa grande fortune, donnait aussi la corde pour se faire pendre) et ses prises de position politiques et sociales, souvent courageuses et en avance sur leur temps, quasiment toujours vilipendées...
Chaplin, qui a toujours su allier le burlesque au drame, réussit encore à nous émouvoir de façon intelligente, même si quelques effets autour de la tragédie vécue par l’enfant sont appuyés. Il parvient cependant à éviter le piège du manichéisme en se moquant gentiment du garçon, comme de son prosélytisme enfiévré et de son talent oratoire. L’interprétation de Michael Chaplin est ébouriffante et, même si l’on se doute bien que le jeune comédien n’entend pas grand chose à ce qu’il déclame, son jeu est d’une telle spontanéité que ses scènes deviennent jouissives. Le monde des adultes avec leur suffisance et leurs phrases toutes faites est joyeusement ridiculisé ; mais là où l’intelligence de Chaplin confine au génie, c’est lorsque se dégagent des tirades ampoulées du gamin un certain nombre de vérités sociales et politiques bien senties qui restent encore actuelles aujourd’hui. Derrière le drame que vit Rupert, obligé de dénoncer ses propres parents, Chaplin fait clairement allusion aux époux Rosenberg dont la condamnation judiciaire à la peine de mort fut l’un des hauts faits célèbres de cette triste période. Le cinéaste anglais fut de ceux peinés par le sort réservé aux époux Rosenberg (8) accusés d’espionnage au profit de l’Urss (à l’époque leur culpabilité n’était pas prouvée), et cette affaire participait du climat paranoïaque et tendu qui pesait sur la société américaine...
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ethel_et_Julius_Rosenberg
Mais si l’on veut bien se placer d’un point de vue plus personnel, il est aisé de remarquer qu’Un Roi à New York établit une relation intime entre son histoire et la vie de Charles Chaplin. Comme lui, Shadov sera contraint à l’exil par la Commission des activités anti-américaines et la note amère qui conclut le film, associée au fait que nous assistons à la dernière apparition à l’écran de l’artiste, achève ainsi de nous émouvoir. Les Usa mettront une quinzaine d’années avant de rendre enfin hommage à leur fils adoptif honni (United artists (9) refusa de distribuer Un Roi à New York qui sortit finalement 15 ans plus tard dans une version censurée) lors de la cérémonie des Oscar 1972 (10). L’Europe, elle, lui a constamment accordé sa confiance mais Charles Chaplin, isolé dans son manoir de Vevey (11), eut toujours le regard tourné vers l’Amérique...
http://www.dvdclassik.com/critique/un-roi-a-new-york-chaplin
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/United_Artists
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/44e_c%C3%A9r%C3%A9monie_des_Oscars
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Vevey

Charles Chaplin
voir fiche du film Monsieur Verdoux
http://www.citebd.org/spip.php?film1904

Georges Périnal
voir fiche du film Le Voleur de Bagdad
http://www.citebd.org/spip.php?film1629

Dawn Addams
voir fiche du film Chantons sous la pluie
http://www.citebd.org/spip.php?film219

Oliver Johnston
http://www.imdb.com/name/nm0426799/

Michael Chaplin
https://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Chaplin

Jerry Desmonde
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jerry_Desmonde

Maxine Audley
voir fiche du film Les Vikings
http://www.citebd.org/spip.php?film1157

Harry Green
http://www.imdb.com/name/nm0337894/

Phil Brown
https://fr.wikipedia.org/wiki/Phil_Brown_(acteur)

John McLaren
https://www.senscritique.com/contact/John_Mc_Laren/11766

Joan Ingram
http://www.imdb.com/name/nm0408992/

Alan Gifford
voir fiche du film 2001, l’odyssée de l’espace
http://www.citebd.org/spip.php?film1636

Sidney James
http://www.imdb.com/name/nm0416228/

George Woodbridge
https://fr.wikipedia.org/wiki/George_Woodbridge

extrait(s) de presse

Télérama - A bien des égards, le film est audacieux et préfigure pas mal de choses : le recours généralisé à la chirurgie esthétique, le jeunisme, le culte du rock'n'roll, la multiplication des écrans domestiques...
Charlie Chaplin - Avec "Un Roi à New York", Charles Chaplin a été le premier cinéaste à oser dénoncer par les armes de la satire la paranoïa et l’intolérance politique qui avaient envahi les Usa pendant la guerre froide des années quarante et cinquante...
Critikat - (...) c’est dans un grand moment de burlesque comme le cinéma n’en osait plus guère en 1957, réglé avec brio sur la base d’une lance à incendie, que les chasseurs de sorcières sont ridiculisés.
Le Monde - Roberto Rossellini a dit qu’"Un Roi à New York" était avant tout « le film d’un homme libre »