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nosferatu, fantôme de la nuit

Nosferatu, phantom der nacht
Allemagne, France - 1979 - 1h45
sorti en France le 17 janvier 1979
interdit aux moins de 12 ans
film - film francophone
de

Werner Herzog

scénario : Werner Herzog
d'après l'oeuvre de : Bram Stoker
direction de la photographie : Jörg Schmidt-Reitwein
musique ou chansons : Popol Vuh, Richard Wagner, Charles Gounod
avec : Klaus Kinski (le comte Dracula), Isabelle Adjani (Lucy Harker), Bruno Ganz (Jonathan Harker), Roland Topor (Renfield), Jacques Dufilho (le capitaine), Walter Ladengast (docteur Van Helsing), Dan van Husen (Warden), Jan Groth (capitaine du port), Carsten Bodinus (Schrader), Martje Grohmann (Mina), Rijk de Gooyer (l'officiel de la ville), Clemens Scheitz (Mönch), Werner Herzog (le moine), John Leddy (le cocher), Tim Beekman (le porteur de cercueil)
séances : semaine du mercredi 29 novembre 2017
mercredi 29 jeudi 30 vendredi 1er samedi 2 dimanche 3 lundi 4 mardi 5
20:30*
séance spéciale :
* rétrospective "Gaumont et merveilles" : tarif 3,50 € - dans le cadre du festival "le Rayon fantastique" (organisé en partenariat avec Hidden circle, La Nef, le Pôle image Magelis, le Lisa, l'Alpha, Cinescop-Mégarama)

synopsis

À Wismar, au XIXe siècle, un jeune homme, Jonathan Harker, part dans les Carpates afin de négocier la vente d'une maison avec le comte Dracula. Dans une auberge, des villageois le mettent en garde et tentent de le dissuader de lui rendre visite car il est bien connu dans la région que le comte n'est autre qu'un vampire. Harker va cependant lui rendre visite, à pied puisqu'aucun cocher ne veut l'accompagner...

notes de production

Nosferatu, fantôme de la nuit est un remake du film muet Nosferatu le vampire (1) réalisé en 1922 par Friedrich Wilhelm Murnau. Herzog a développé le côté solitaire et tragique du personnage du vampire Nosferatu, au-delà de son aspect de prédateur.
(1) http://www.citebd.org/spip.php?film1346

La séquence d’ouverture du film, mise en musique par le groupe Popol Vuh, a été filmée par Herzog lui-même au musée des momies à Guanajuato (2) au Mexique, où un grand nombre de corps de victimes d’une épidémie de choléra survenue en 1833 sont présentés au public. Herzog avait vu ces momies naturellement momifiées lors d’une visite à Guanajuato dans les années 1960. À son retour dans les années 1970, il a sorti les momies des vitrines dans lesquelles elles sont exposées et les a dressées contre un mur, en les classant séquentiellement de l’enfance à la vieillesse.
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Momies_de_Guanajuato

La montée du nazisme (3), sa haine de la culture, la guerre, la situation économique désastreuse du pays à l’issue du conflit, sa séparation en deux blocs… autant de décennies dramatiques pour l’Allemagne qui ont provoqué dans son cinéma un trou béant. Les réalisateurs de la génération d’Herzog (Fassbinder (4), Wenders (5), Schlondörf (6)…) arrivent dans le cinéma précédés d’un vide. Ils n’ont pas de parents dans le cinéma allemand, ils n’ont que des grands parents - Pabst (7), Lang (8), Murnau (1)… Fassbinder et Herzog ont d’ailleurs réellement étaient élevés, en partie ou complètement, par leurs grands parents. De nombreux cinéastes allemands vont ailleurs chercher des filiations, Wenders et son rapport avec le cinéma étatsunien étant l’exemple le plus parlant. Ce n’est pas le cas d’Herzog, cinéaste dont on peine d’ailleurs à relier l’œuvre à celle d’autres cinéastes, à un courant ou une école.
Herzog est convaincu que seule la culture peut faire tenir un pays. C’était ce qui le portait lorsqu’il s’était lancé dans un tour d’Allemagne à pied, magnifique geste poétique et politique malheureusement avorté. Nosferatu participe de la même idée, Herzog souhaitant avec ce film dresser un pont entre le présent du cinéma allemand et son passé avec l’espoir de participer à rendre son unité au cinéma allemand...
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nazisme
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Rainer_Werner_Fassbinder
(5) http://www.citebd.org/spip.php?film1360
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Volker_Schl%C3%B6ndorff
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Georg_Wilhelm_Pabst
(8) http://www.citebd.org/spip.php?film1692
Ils sont ainsi quelques uns dans le cinéma allemand à apparaître à la façon d’une génération spontanée : sans parents de cinéma auxquels se référer, sans structure étatique ou universitaire sur lesquelles s’appuyer, ils semblent surgir du vide. Leur cinéma, leur façon de faire des films s’en ressent fortement. Mais cette situation n’est pas sans provoquer un manque. On parle d’un cinéma français, italien, japonais… mais jamais d’un cinéma allemand (9). D’une part car la production du pays est plus que clairsemée dans les années 60 et 70, que le cinéma est peu financé et peine donc à se faire connaître en dehors des frontières du pays. D’autre part car il y a cette brisure dans son histoire. Ce fossé entre le cinéma d’avant guerre - avec ses grands noms internationalement reconnus et son école expressionniste qui a marqué l’histoire du cinéma mondial - et la jeune génération fait que le cinéma allemand en tant que tel n’existe pas...
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_allemand
Si Nosferatu distille une ambiance si particulière - qui rebute d’ailleurs nombre de spectateurs - cela tient à la conjonction de plusieurs facteurs. Il y a le jeu de Kinski bien sûr, qui hante littéralement le film : il y a au niveau du récit un vampire qui contamine la réalité et au niveau du film un acteur qui projette son ombre sur chaque plan, sa présence étant sensible même lorsqu’il n’est pas à l’écran. Il y a la partition de Popol Vuh - certainement la plus belle des cinq bandes originales que le groupe a réalisé pour Herzog - qui recouvre le film d’un épais voile de mystère. Et il y a les gestes et les expressions comme suspendus des acteurs. Herzog les dirige en travaillant sur le jeu des acteurs du muet. Il y a toujours cette idée de relier le film au passé du cinéma allemand, mais cette approche induit deux autres idées primordiales dans le film. La première, c’est qu’en demandant à Kinski de reproduire à l’identique les gestes de Max Schrek (1), en lui indiquant là où se placer dans le cadre afin qu’il se situe exactement là où était l’acteur de Murnau, Herzog confère d’une certaine manière à sa créature une véritable immortalité. Nosferatu surgit dans notre présent après un long sommeil, il sort du film de Murnau et s’empare de celui d’Herzog et est toujours le même : ni les années, ni la mort n’ont eu raison de lui. Herzog ne réinvente pas la figure du vampire, mais en utilisant le souvenir du film de Murnau (1) il en propose une représentation cinématographique parfaite. La seconde chose qui naît de ce travail des acteurs sur le jeu du muet, c’est la représentation du territoire de Nosferatu. En venant chercher Mina, le vampire étend son territoire sur la ville. Les habitants sont alors peu à peu pris dans les rais du monde du vampire, un monde de rêve, intemporel. Le jeu des acteurs évolue vers celui du muet au fur et à mesure que l’influence de Nosferatu se renforce. La façon dont ils suspendent leurs gestes, ralentissent leurs mouvements, exagèrent leurs mimiques participe ainsi à la dramaturgie du film. A la fois parce qu’ils montrent qu’ils sont comme aspirés par le monde rêve du vampire, mais aussi parce qu’en calant leur jeu sur celui des acteurs du muet, ils renforcent l’idée que Nosferatu est passé du film de Murnau (1) à celui d’Herzog et que sa puissance est telle qu’il transforme tout ce qui l’environne.
L’autre chose qui frappe chez les acteurs, c’est la manière dont Herzog filme leurs visages comme des icônes. Laideur ou beauté provoquent une même fascination, nous semblent aussi irréels l’une que l’autre. Isabelle Adjani ressemble ainsi à un fantôme, une illusion, une chimère et c’est ce qui amène Nosferatu à pénétrer dans le monde des humains. Il est irrémédiablement attiré par cette créature de chair qui lui ressemble, par cette présence diaphane. Deux univers rentrent alors en collision, celui des rêves et celui de la réalité, grand thème du cinéma d’Herzog...
http://www.dvdclassik.com/critique/nosferatu-fantome-de-la-nuit-herzog

Dracula au cinéma
voir fiche du film Dario Argento’s Dracula 3D
http://www.citebd.org/spip.php?film1263

- Werner Herzog interprète la personne qui enfonce son pied dans le cercueil et a son orteil mordu par un rat.

En 2009, Beaubourg (10) consacre une intégrale au cinéaste et le public a enfin la possibilité de découvrir l’œuvre dans son ensemble. Dans la foulée, son magnifique roman Sur le chemin des glaces (11) est réédité et le récit du tournage de Fitzcarraldo (12) (Conquête de l’inutile) (13) est traduit pour la première fois en français. Les entretiens et les dossiers abondent et Herzog sort de l’ombre pour devenir une figure quasi culte du cinéma contemporain, lançant même sa Rogue film school (14), une école de cinéma pirate et itinérante. Mais si ses dernières réalisations (Bad lieutenant (15), La Grotte des rêves perdus (16), Into the abyss) (17) retrouvent le chemin des salles, il n’en demeure pas moins qu’en dehors de la rétro à Pompidou (10), la majeure partie de son œuvre demeurait inaccessible. Demeurait car en 2015, grâce au distributeur Potemkine (18), vingt-sept de ses films sont enfin rendus disponibles sur grand écran dans des copies numériques restaurées ainsi que dans une série de coffrets Dvd et Blu-ray.
http://www.lesmutins.org/nosferatu-fantome-de-la-nuit
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_national_d%27art_et_de_culture_Georges-Pompidou
(11) http://www.dvdclassik.com/article/sur-le-chemin-des-glaces-de-werner-herzog
(12) http://www.dvdclassik.com/critique/fitzcarraldo-herzog
(13) http://www.dvdclassik.com/article/conquete-de-l-inutile-de-werner-herzog
(14) http://www.roguefilmschool.com/
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Bad_Lieutenant_:_Escale_%C3%A0_La_Nouvelle-Orl%C3%A9ans
(16) http://www.citebd.org/spip.php?film715
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Into_the_Abyss
(18) http://www.potemkine.fr/Potemkine-distribution-edition-boutique-dvd/pa3.html

Werner Herzog
voir fiche du film La Grotte des rêves perdus
http://www.citebd.org/spip.php?film715

Bram Stoker
voir fiche du film Dario Argento’s Dracula 3D
http://www.citebd.org/spip.php?film1263

Jörg Schmidt-Reitwein
Né le 21 février 1939 à Königs Wusterhausen.
https://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%B6rg_Schmidt-Reitwein

Popol Vuh
https://fr.wikipedia.org/wiki/Popol_Vuh_(groupe)

Richard Wagner
Né Wilhelm Richard Wagner le 22 mai 1813 à Leipzig et décédé le 13 février 1883 à Venise.
La musique de Wagner a été très utilisée par l’industrie cinématographique (l’attaque des hélicoptères rythmée par la Chevauchée des Walkyries dans Apocalypse now étant la plus célèbre)...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Wagner

Charles Gounod
Né le 17 juin 1818 à Paris, décédé le 18 octobre 1893 à Saint-Cloud.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Gounod

Klaus Kinski
voir fiche du film L’Important c’est d’aimer
http://www.citebd.org/spip.php?film888

Isabelle Adjani
voir fiche du film Possession
http://www.citebd.org/spip.php?film1558

Bruno Ganz
voir fiche du film Sport de filles
http://www.citebd.org/spip.php?film787

Roland Topor
Né à Paris le 7 janvier 1938 où il est décédé le 16 avril 1997.
Après avoir collaboré au journal Hara-kiri et créé le mouvement Panique avec Arrabal et Jodorowsky, il participera à La Planète sauvage sous la houlette de notre ami René Laloux...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Topor

Jacques Dufilho
voir fiche du film Zazie dans le métro
http://www.citebd.org/spip.php?film1985

Walter Ladengast
Né à Vienne le 4 juillet 1899 et décédé à Munich le 3 juillet 1980.
http://www.imdb.com/name/nm0480512/

Dan van Husen
Né le 30 avril 1945 à Gummersbach.
http://www.imdb.com/name/nm0004571/

Jan Groth
Né le 15 janvier 1921 à Bielitz et décédé le 17 juillet 1993.
http://www.imdb.com/name/nm0343845/

Carsten Bodinus
http://www.imdb.com/name/nm0090973/

Martje Grohmann
http://www.imdb.com/name/nm0342978/

Rijk de Gooyer
Né à Utrecht le 17 décembre 1925 et décédé à Amsterdam le 2 novembre 2011.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rijk_de_Gooyer

Clemens Scheitz
http://www.imdb.com/name/nm0770670/

John Leddy
Né Johannes Nicolaas Leddy le 12 janvier 1930 à La Haye.
http://www.imdb.com/name/nm0496420/

Tim Beekman
http://www.imdb.com/name/nm0066407/

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - (...) un chef d’oeuvre malade dont l’austérité confine à l’épouvante. Brillant.
Ecran large - Film elliptique et contemplatif, "le ...fantôme de la nuit" prend une dimension historico-analytique dans le miroir déformant qu'il engendre avec Murnau...
Horreur - Rarement je n'ai vu un film de vampire aussi lugubre,réaliste et mélancolique ; c'est remarquablement réalisé...
Iken-eiga - Plus drame terrifiant que film d’horreur pure et dure, la version d’Herzog se doit d’être découverte ou redécouverte, ne serait-ce que pour un Kinski tutoyant ses ténèbres intérieures.
Dvd pas cher - Superbement mis en scène (sans que le film soit pour autant expressionniste comme le long métrage de Murnau), bénéficiant d'une bande son excellente et d'une interprétation au top, voilà une nouvelle version de Dracula qui est sans conteste une grande réussite.
Plume noire - En s'abreuvant de l'essence d'un classique, Werner Herzog, a assuré dans un ultime acte de vampirisme, la survie d'un mythe.
Cinafilms - Émotionnellement, il est parfait. Une symphonie de l'horreur...
Action cut - "Nosferatu" version 1979 est selon moi davantage une tragédie romantique qu’un film de vampire et la perspective de Herzog rafraichit la version de Murnau en choisissant une esthétique différente, influencée par le romantisme, mais aussi en développant davantage le personnage féminin et la relation entre Lucy et Dracula...