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a ciambra

Italie, Usa, France, Suède, Allemagne, Brésil - 2017 - 1h58
sorti en France le 20 septembre 2017
label Europa cinémas quinzaine des réalisateurs Cannes 2017
film - version originale sous-titrée en français
de

Jonas Carpignano

scénario : Jonas Carpignano
direction de la photographie : Tim Curtin
musique ou chansons : Dan Romer
avec : Pio Amato (Pio), Koudous Seihon, Iolanda Amato (Iolanda), Damiano Amato (Cosimo), Patrizia Amato (Patatina)
séances : semaine du mercredi 13 septembre 2017
mercredi 13 jeudi 14 vendredi 15 samedi 16 dimanche 17 lundi 18 mardi 19
18:30*
séance spéciale :
* le meilleur de la quinzaine Cannes 2017 - en partenariat avec le Groupement national des cinémas de recherche, Les Inrocks et Hidden circle - tarif préférentiel 3,50 €

synopsis

Pio a 14 ans et veut grandir vite. Comme son grand frère Cosimo, il boit, fume et apprend l’art des petites arnaques de la rue. Et le jour où Cosimo n’est plus en mesure de veiller sur la famille, Pio va devoir prendre sa place. Mais ce rôle trop lourd pour lui va vite le dépasser et le mettre face à un choix déchirant...

notes de production

Les deux longs métrages de Jonas Carpignano, Mediterranea (1) et A Ciambra, se passent à Gioia Tauro (2), une ville du sud de l’Italie. Le premier était centré sur deux migrants africains et leur arrivée en Italie après leur dangereuse traversée et le second sur la famille Amato, qui appartient à la communauté rom. Le metteur en scène se rappelle : la première fois que j’ai rencontré les Amato, c’était en 2011, quand on m’a volé la Fiat Panda (3) dans laquelle était stocké tout le matériel de tournage de mon équipe. C’était à Gioia Tauro où nous tournions A Chjana (le court métrage qui devait devenir plus tard Mediterranea). Dans cette ville, quand une voiture disparaît, la première chose à faire est « d’aller voir les gitans ». Et c’est comme ça que j’ai pu découvrir la Ciambra pour la toute première fois. Je suis immédiatement tombé amoureux de cet endroit, de son énergie. Quand je raconte cette histoire, Pio dit toujours qu’il se souvient très bien quand il m’a vu, alors que moi, je n’ai aucun souvenir de lui à ce moment-là il y avait bien trop de choses à voir. Nous avons dû attendre trois jours pour voir réapparaître la voiture car le grand-père de Pio (dans le film, le personnage d’Emilian en est inspiré) venait de mourir et ils ne voulaient en aucun cas en négocier la rançon pour que le véhicule soit rendu avant ses funérailles. Cérémonie d’enterrement qui a d’ailleurs dû me marquer tout particulièrement puisque j’ai décidé, cinq années plus tard, de la mettre dans mon scénario. Inutile de dire que tout cela a eu un tel impact sur moi que très rapidement j’ai écrit une première version courte du scénario d’A Ciambra...
(1) http://www.citebd.org/spip.php?film1522
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Gioia_Tauro
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Fiat_Panda

Martin Scorsese (4) endosse le poste de producteur exécutif sur A Ciambra. A l’origine, les deux sociétés de production RT Features et Sikelia ont créé un fond de soutien aux premiers et deuxièmes films et les producteurs de la première, après avoir vu Mediterranea (1), ont montré le film à Scorsese et la productrice qui travaille avec lui, Emma Tillinger Koskoff (5). Ces derniers ont alors souhaité apporter leur soutien au nouveau long métrage de Jonas Carpignano, A Ciambra. Le jeune cinéaste se rappelle : quand on fait un film à Gioia Tauro, le monde extérieur semble très, très abstrait en comparaison avec ce qui se passe sur place. J’ai passé cette dernière année en sachant bien que Martin Scorsese était l’un des producteurs du film, mais je n’ai pas vraiment réalisé ce que cela représentait avant d’en aborder le montage. J’ai eu la chance d’avoir avec moi ses notes sur les différentes versions du montage, et ses remarques personnelles ont eu sans aucun doute une grande influence sur le film. De façon plus générale, j’ai une immense admiration pour son travail, mais aussi pour l’approche et le respect du cinéma dans son ensemble qui sont les siens.
(4) http://www.citebd.org/spip.php?film578
(5) http://www.imdb.com/name/nm0863374/

Pour Jonas Carpignano, la principale difficulté de tournage a été d’avoir à réveiller Pio Amato tous les matins, et de filmer les scènes où il y avait beaucoup d’enfants. Je sais bien qu’ils ont tous l’air très mignons à l’écran, mais quand ils ne veulent pas bosser, alors là… J’ai quelques images intéressantes du making of ! se rappelle le metteur en scène.

Comme à son habitude, Jonas Carpignano a souhaité que la bande originale de son film comprenne à la fois une musique originale et des chansons pop. Le réalisateur revient sur ce choix : j’adore la musique pop. J’ai très souvent eu cette question quand j’accompagnais Mediterranea (1) et voilà ce que je répondais : la musique pop est le dénominateur commun. Peu importe la langue que l’on parle, peu importe l’origine de chacun, quand on entend une chanson que tout le monde connaît, on est tous sur la même longueur d’onde, on bouge tous ensemble sur un même rythme, et je trouve que c’est la meilleure façon de se rapprocher et de faire connaissance quand on n’est pas en terrain familier. Avec Pio, le fait que nous partagions la même musique en dit beaucoup sur notre relation. Même si nous sommes nés et avons grandi dans des environnements complètement différents, quand j’écoute de la musique avec Pio, on se comprend bien mieux qu’avec une autre personne qui serait née et aurait grandi avec lui et dans la même ville, ou parlerait le même dialecte, connaîtrait les mêmes docteurs ou aurait eu les mêmes professeurs mais qui ne partagerait pas les mêmes goûts en musique. Donc je pense qu’il est important que le spectateur puisse entendre ce que les personnages écoutent. C’est une façon d’entrer dans le film, une façon pour le spectateur de se rapprocher des gens qu’il voit à l’écran.

(...) Cette dimension de fable morale, qui structure les errances de l’histoire et du héros, pourrait facilement être pesante. Elle ne l’est pas, grâce à la belle affaire de ce cinéma, le regard du metteur en scène. Un mélange faussement simple, parfois à la limite du baroque, entre une grande tradition italienne et une modernité presque paradoxale. La caméra à l’épaule et l’énergie du montage reprennent des figures obligées d’une veine réaliste contemporaine, subitement percutées par des plans ou des séquences d’un esthétisme pure, fragile, qui bouleverse et enrichit la coloration faussement brute de La réalisation. De ces croisements surgit, peut-être, un vieux fantasme : une nouvelle façon de penser le cinéma et l’héritage italiens.
Simon Gutman in Fiches du cinéma n° 2113 (septembre 2017)

Entretien avec Jonas Carpignano
Vous avez réussi à diriger de façon remarquable des acteurs nonprofessionnels dans les rôles principaux (Pio Amato et sa famille dans "A Ciambra" et Koudous Seihon dans "Mediterranea") comme dans les seconds rôles (les habitants du village). Quelle est votre approche de la direction d’acteurs ?
C’est vraiment différent pour chacun. Ma façon de travailler avec Pio n’avait rien à voir avec mon travail avec Koudous, Iolanda, Pasquale ou même mon père qui joue l’homme à la gare. Le seul élément qui me paraît constant dans mon travail avec eux tous est peut-être l’ambiance que j’essaie de créer sur le plateau. Je fais très attention à combien de personnes peuvent venir sur le plateau de tournage, combien regardent, etc… Comme nous tournons toujours en extérieurs, souvent même chez l’habitant, je ne veux jamais avoir l’impression de modifier quoi que ce soit dans le rythme naturel du lieu. Je dis toujours à l’équipe que c’est à nous de nous adapter aux autres, au lieu de chercher à leur imposer la façon traditionnelle de faire un film, laquelle, ici, n’aurait jamais fonctionné. Grâce à cette sorte d’élan, de dynamique, nous avons réussi à créer une ambiance dans laquelle les gens ne se sentaient pas observés. Je ne suis pas sûr qu’on aurait pu arriver à la même chose si j’avais demandé aux acteurs d’A Ciambra de tourner ces scènes dans un studio de Rome, par exemple. J’ai aussi passé beaucoup de temps à supprimer toute barrière entre les acteurs et moi-même. Il n’était pas question d’établir une « relation de travail ». Il y avait une vraie familiarité entre nous, qui leur permettait, je pense, d’avoir vraiment envie de faire ce que je leur demandais, quand je le leur demandais. J’ai entendu quelqu’un qui disait récemment je ne me rappelle pas qui : « Pour un cinéaste, il y a deux façons de diriger : soit tu restes immobile et tu demandes aux acteurs de venir vers toi ; soit c’est toi qui vas vers eux pour les amener dans la direction que tu penses être la meilleure. » C’est bien entendu cette dernière option que j’ai choisie...
http://www.gncr.fr/films-soutenus/ciambra

Jonas Carpignano
voir fiche du film Mediterranea
http://www.citebd.org/spip.php?film1522
http://www.imdb.com/name/nm3476432/

Tim Curtin
http://www.imdb.com/name/nm2816825/

Dan Romer
voir fiche du film Mediterranea
http://www.citebd.org/spip.php?film1522

Pio Amato
http://www.imdb.com/name/nm6444286/

Koudous Seihon
voir fiche du film Mediterranea
http://www.citebd.org/spip.php?film1522

extrait(s) de presse

Le Monde - Soutenu par Martin Scorsese, filmé avec le concours d’une véritable famille rom calabraise, bourré d’énergie jusqu’à la gueule, électrisant, le film fait fortement penser au travail de Jean-Charles Hue en France...
Cinéma teaser - Un socio-réalisme à mi-chemin de celui, heurté, de "Rosetta" des Dardenne et de celui, plus élégiaque, de "Sweet sixteen" de Ken Loach...
Cineuropa - Le jeu des acteurs non professionnels est fascinant et rend l’histoire d’autant plus crédible...
Abus de ciné - Bien que l’histoire soit une fiction, Pio joue ici son propre rôle et révèle une vraie présence à l’écran...
Europa cinémas - L’interprétation et le montage rendent ce récit passionnant, le cinéma-vérité de Carpignano donnant vie au film sans recourir à un discours social...