le beau serge - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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le beau serge

ciné répertoire
France - 1958 - 1h38
sorti en France le 10 janvier 1959
prix du meilleur réalisateur Locarno 1958 - prix Jean-Vigo 1959
film - film francophone
de

Claude Chabrol

scénario : Claude Chabrol
direction de la photographie : Henri Decaë
musique ou chansons : Émile Delpierre, Géo Legros
avec : Gérard Blain (Serge, le mari d'Yvonne), Jean-Claude Brialy (François, l'ami de Serge), Bernadette Lafont (Marie, l'ancienne maîtresse de Serge), Edmond Beauchamp (Glomaud), Michèle Méritz (Yvonne, la femme de Serge), Claude Cerval (le curé), André Dino (le docteur Michel), Jeanne Pérez (madame Chaunier, l'aubergiste), Michel Creuze (le boulanger), Philippe de Broca (Jacques Rivette de la Chasuble), Claude Chabrol (La Truffe), Michel Roussange, Géo Legros et son orchestre, Harry Max, Jean Gruault, Jacques Doniol-Valcroze (sous le pseudonyme d'Étienne Loinod), Christine Dourdet
séances : semaine du mercredi 6 septembre 2017
mercredi 6 jeudi 7 vendredi 8 samedi 9 dimanche 10 lundi 11 mardi 12
18:30*
séance spéciale :
* rétrospective "Gaumont et merveilles" - tarif 3,50 €

synopsis

Après s'être fait soigner en Suisse pour une affection pulmonaire, François, étudiant à Paris, retourne à Sardent, son village natal, le temps d'une convalescence qu'il espère quiète. Il y retrouve «le beau Serge», son ami d'enfance, bien mal en point. Celui-ci a épousé Yvonne, l'aînée du père Glomaud, qui est aussi devenu son plus fidèle compagnon de beuverie depuis que sa femme a accouché d'un bébé mort-né trisomique. Yvonne attend un nouvel enfant, mais Serge continue à boire. François tente de dissuader son ami de se détruire : il se heurte à sa colère et à celle d'Yvonne. Marie, l'autre fille Glomaud, «vamp» attitrée du village, juge le moment opportun pour se jeter dans les bras de l'étudiant désappointé...

notes de production

Le Beau Serge est considéré comme étant le premier film de la Nouvelle vague (1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_Vague

Le tournage s’est déroulé du 4 décembre 1957 au 4 février 1958 à Sardent (2), dans la Creuse, village où Claude Chabrol a passé son enfance pendant la guerre.
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sardent

Le titre du film vient d’un pari entre Claude Chabrol et son ami le producteur Serge Lebeau (3), sur la possibilité de faire un film sur son nom.
(3) http://www.imdb.com/name/nm0495503/

Chabrol fait partie du gang Schérer, le groupe des jeunes critiques des Cahiers du cinéma réunis autour de Maurice Schérer (dont le pseudonyme est Éric Rohmer (4)). Il a entamé des études de droit et s’est passionné pour le cinéma américain populaire et les romans policiers. Il écrit d’ailleurs quelques nouvelles dans Mystère magazine (5) avant d’être attaché de presse pour la société Fox (6). En 1957, il signe avec son ami Éric Rohmer le premier livre consacré à Alfred Hitchcock dans la collection Classiques du cinéma, que dirige Jean Mitry (7)...
http://www.universalis.fr/encyclopedie/le-beau-serge/
(4) http://www.citebd.org/spip.php?film1745
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Myst%C3%A8re_magazine
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/20th_Century_Fox
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Mitry

A la fin des années 50, Claude Chabrol écrit avec un certain brio nombres de dialogues de films sans grande envergure. Baignant avec ses amis (Truffaut (8), Rohmer (4), Godard (9) et Rivette (10) principalement) dans un bain que l’on appellera la nouvelle vague (1), Chabrol peine à trouver un financement pour filmer son scénario original intitulé Le Beau Serge. Jusqu’au jour où la grand-mère de sa première femme décède et laisse plusieurs millions de francs à sa disposition. Ainsi naît le film à l’écran.
(8) http://www.citebd.org/spip.php?film1412
(9) http://www.citebd.org/spip.php?film1276
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Rivette
Même si chronologiquement, il n’est pas le premier film à être assimilé au mouvement de la nouvelle vague, Le Beau Serge est, un an avant A Bout de souffle (11), celui qui contribua à la définir, tant par ses ambitions que par ses prises de position vis-à-vis du cinéma de l’époque (en particulier Français).
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_bout_de_souffle
Le Beau Serge est donc le premier film de son auteur. Pour le juger à sa juste valeur, il convient de se remémorer le contexte dans lequel il a été pensé, conçu et réalisé. A l’instar de Truffaut, Chabrol ne porte guère dans son cœur le cinéma d’après-guerre (à quelques exceptions près). Comme ils l’ont d’ailleurs reconnu plusieurs années plus tard, leur conception du cinéma était avant tout fondée sur le rejet du cinéma à papa. Le cinéma de cette époque est donc résolument marqué du sceau de la contestation, de l’amertume et de la virulence. D’où une vision plutôt sombre et désenchantée de leur art. C’est dans cette atmosphère que baigne Le Beau Serge et son successeur (tourné dans la foulée), Les Cousins (12). Ces deux films sont donc des coups de pieds dans la fourmilière cinéma de la fin des années 50.
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Cousins
Une formule célèbre dit que tout premier film est autobiographique, Chabrol l’applique presque à la lettre. Hormis le fait qu’il va tourner son film dans son village d’enfance, entouré d’amateurs, amis et proches, ce premier long est très métaphorique. Paul arrive dans son village comme Chabrol arriverait sur les terres du cinéma après avoir été critique. Sa vision du 7è art se ressent particulièrement dans le fait que Paul découvre un lieu connu métamorphosé, en ruines voire en décomposition (le ravage de l’alcool) ; lieu en quelques sortes à l’image du cinéma Français des années 50.
Tout respire ici donc la liberté de faire du cinéma, d’agir sans la pression d’un producteur et d’aborder sans tabou des thèmes aussi divers qu’osés comme la déchéance humaine, l’alcoolisme ou encore le suicide. Cette audace du fond va de pair avec une forme en parfaite adéquation avec le contenu. La mise en scène (qui n’est pas encore le principal souci de Chabrol) colle de près à ses personnages, à leurs sentiments, leurs regards, en un mot, à leur intériorité. Nul doute que quelqu’un comme Cassavetes (13) a du être influencé par ses films (cf Faces (14) entre autres). Ces deux longs-métrages, plus que n’importe quel autre film français de l’époque, offrent une vision des plus critiques de l’être humain, les jeunes en prenant particulièrement pour leur grade (Ils ne lisent plus que du porno et des policiers). Le Beau Serge et Les Cousins racontent tous deux le revirement et le basculement de la vie d’un homme : son éloignement progressif de la vie sociale (brillamment illustré dans Les Cousins par l’utilisation de la musique). Les films nous offrent en outre la possibilité de découvrir plusieurs grands talents parmi lesquels Bernadette Lafont, Jean-Claude Brialy et surtout Gérard Blain, remarquable de finesse et d’émotion dans les deux films.
(13) http://www.citebd.org/spip.php?film1408
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Faces_(film)
Le cinéma de Chabrol ressemble en somme au personnage de Paul dans Les Cousins : à l’écart, presque isolé, glaçant sans pour autant être distant. 1959 est donc une grande année pour le cinéma français puisque sort la même année Les 400 coups (15), films également acclamé, autant par la public que par la critique. Une nouvelle route est désormais tracée.
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Quatre_Cents_Coups
Le cinéma Français ne sera désormais jamais plus comme avant.
http://www.dvdclassik.com/critique/le-beau-serge-chabrol

Confrontation, dans le cadre très minutieusement décrit d’une campagne pauvre, de deux types de jeunes hommes, fort opposés et néanmoins amis - dira de son film le réalisateur lors de sa présentation au public. Il ajoutait qu’il s’agissait là d’une traversée des apparences. En effet - poursuivait-il - au-delà des apparences, une vérité doit peu à peu de dégager pour le spectateur : l’instable, le complexé, le fou, ce n’est pas Serge mais François. (...) En somme dans Le Beau Serge se juxtaposent deux films : l’un dans lequel Serge est le sujet et François l’objet, l’autre dans lequel François est le sujet et Serge l’objet. Par définition, c’est le premier de ces films qui apparaît tout d’abord. L’idéal pour moi est que l’on soit sensible à l’autre.
http://laplumeetlimage.over-blog.com/article-beau-serge-chabrol-manifeste-nouvelle-vague-82349809.html

Dans un article de mars 1959 intitulé Cinéma droite et gauche, Roland Barthes (16) perçoit l’aspect documentaire, moderne, de ce premier film de la Nouvelle vague (1). Mais, si les signes de la saisie du réel lui paraissent justes, il critique sévèrement la forme mélodramatique qui donne à ces signes un sens conservateur, une image immobile de l’homme : ... Notre esthétique est toujours l’alibi d’une conservation. Voila notre paradoxe : que l’art soi dans notre société à la fois l’extrémité d’une culture et le commencement d’une nature ; que toute la liberté de l’artiste ait pour beau résultat de nous imposer une image immobile de l’homme...
https://www.cineclubdecaen.com/realisat/chabrol/beauserge.htm
(16) https://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Barthes

(...) Mais Le Beau Serge évoque surtout une autre œuvre littéraire d’importance, et de Jean Giono (17) : Un Roi sans divertissement (18). Le titre du roman de Giono donne une bonne définition du personnage de François. Convalescent, le jeune homme n’est pas dans une posture franchement enviable, mais comme le veut l’adage, au pays des aveugles les borgnes sont rois. Et comme Langlois (pas le directeur de la cinémathèque française (19) limogé par Malraux et défendu par les jeunes turcs des Cahiers jaunes), le héros du roman de Giono, François (pas Truffaut (8)), le héros de Chabrol, malade chronique indécis quant à son avenir, souffre d’une sorte d’ennui existentiel qui, dans l’univers gris et le silence blanc de l’hiver de la Creuse, et non du Vercors, se rend victime d’une fascination pour le Mal ambiant (cet alcoolique qui méprise sa femme, ce beau-père qui saute sur sa fille cadette pour la violer quand on lui confirme qu’elle n’est pas de lui, etc.). Cette fascination se tord en une tentation perverse de païen reconverti en saint martyr prêt au sacrifice pour réparer les vices de ceux qu’il considère avoir abandonnés, la tentation du suicide...
http://ilaose.blogspot.fr/2013/09/le-beau-serge.html
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Giono
(18) https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_roi_sans_divertissement
(19) https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Langlois

Claude Chabrol
voir fiche du film La Cérémonie
http://www.citebd.org/spip.php?film292

Henri Decaë
voir fiche du film Ces garçons qui venaient du brésil
http://www.citebd.org/spip.php?film1542

Émile Delpierre
http://www.imdb.com/name/nm0217797/

Gérard Blain
Né le 23 octobre 1930 à Paris où il est décédé le 17 décembre 2000.
Après un bref passage dans Les Enfants du paradis, c’est Julien Duvivier qui lui donnera un rôle consistant dans Voici le temps des assassins...
https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Blain

Jean-Claude Brialy
Né le 30 mars 1933 à Aumale (Algérie), décédé le 30 mai 2007 à Monthyon.
Issu de la Nouvelle vague du cinéma français, il a joué dans plus de cent films et a côtoyé de grands réalisateurs tels que Louis Malle, Claude Chabrol, François Truffaut ou Éric Rohmer...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Brialy

Bernadette Lafont
voir fiche du film L’Eau à la bouche
http://www.citebd.org/spip.php?film1666

Edmond Beauchamp
Né le 3 mars 1900 à Montpellier, décédé le 3 juin 1985 à Saint-Brieuc.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Edmond_Beauchamp

Michèle Méritz
Née Micheline Rosa Mitz à Paris le 24 septembre 1923, décédée à Carcassonne le 28 mai 1998.
Participe avec Gérard Lebovici à la création d’Artmedia...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mich%C3%A8le_M%C3%A9ritz

Claude Cerval
Né André Marcel Gabriel Leloup à Paris le 21 février 1921 où il est décédé le 25 juillet 1972.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Cerval

André Dino
http://www.imdb.com/name/nm0227804/

Jeanne Pérez
Née Guilhemine, Honorée, Camille, Paule, Jeanne Farenc le 28 septembre 1894 à Castelsarrasin, décédée le 11 mai 1975 à Cambo-les-Bains.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanne_P%C3%A9rez

Philippe de Broca
Né le 15 mars 1933 à Paris, décédé le 26 novembre 2004 à Neuilly-sur-Seine.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_de_Broca

Harry Max
Né Maxime Louis Charles Dichamp le 23 novembre 1901, décédé le 13 mars 1979 à Ivry-sur-Seine.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Harry-Max

Jean Gruault
voir fiche du film Marguerite et Julien
http://www.citebd.org/spip.php?film1510

Jacques Doniol-Valcroze
voir fiche du film L’Eau à la bouche
http://www.citebd.org/spip.php?film1666

extrait(s) de presse

Télérama - Dans ce film à la généalogie incertaine, qui doit autant à Renoir qu'à Clouzot, Chabrol semble se chercher encore et se trouve au moins sur un point fondamental : celui des acteurs...
La Plume et l'image - Rien de gratuit dans ce long métrage où tout se réfère à une symbolique. En cela se reconnaît la fascination qu'exerce sur Chabrol son maître Hitchcock...
Culture et questions... - Un film qui signe le fiasco de ce qui est généralement considéré comme normal (le mariage, la famille…) et une certaine consécration de ce qui demeure, pour la plupart des hommes, anormal...
L'Express - Un film véritablement existentialiste, élégamment mis en scène, alors que Chabrol, ancien critique aux Cahiers du cinéma, n'avait jamais touché une caméra. Une grande carrière s'ouvrait à lui...
Le Monde - Claude Chabrol montre une indéniable maîtrise de la mise en scène dès son premier film.
Le Temps - Refusé au Festival de Cannes, Le Beau Serge a remporté la Voile d’argent du meilleur réalisateur à Locarno.
Télé loisirs - Ce drame sombre et amer, d'une superbe audace, permet au trio d'acteurs débutants, Blain, Brialy et Lafont, de gagner ses galons de vedettes.
Les Visiteurs du soir - Le spectateur ne peut rester indifférent à une telle pesanteur, aux doutes des personnages sur le sens même de l'existence...