la raison du plus faible - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
familles et jeune public groupes scolaires et parascolaires visiteurs en situation de handicap
FR | EN
musée : pour préserver l’intégrité des œuvres, une température de 20° est requise au sein des espaces d’exposition, aussi prévoyez de vous couvrir pour passer une agréable visite dans nos murs !
accueil > à l'affiche au cinéma > la raison du plus faible

la raison du plus faible

Belgique, France - 2006 - 1h56
sorti en France le 19 juillet 2006
soirée belge - festival du film francophone Angoulême 2017
film - film francophone
de

Lucas Belvaux

scénario : Lucas Belvaux
direction de la photographie : Pierre Milon
musique ou chansons : Riccardo Del Fra
avec : Christian Crahay (le père de Carole), Raymonde Dullers (la voisine de Patrick), Daniela Bisconti (Gina), Andrée Cambier (la mère de Robert), Giovanni Russo (le guide), Félix Valentino (José), Luc Lejeune (le vigile), Luc Thomas, Eric Caravaca (Patrick), Natacha Régnier (Carole), Lucas Belvaux (Marc), Patrick Descamps (Jean-Pierre), Claude Semal (Robert), Elie Belvaux (Steve), Gilbert Melki (le ferrailleur), Théo Hebrans (le vieux joueur de cartes), Philippe Anciaux (le commissaire Magis), Renaud Rutten (Arsène)
séances : semaine du mercredi 23 août 2017
mercredi 23 jeudi 24 vendredi 25 samedi 26 dimanche 27 lundi 28 mardi 29
19:30*
séance spéciale :
* soirée belge (1) - jeu 24 à 19h30 (cinéma de la Cité)

synopsis

Liège, Belgique, aujourd'hui. C'est l'histoire de quatre hommes, d'une femme et d'un enfant que le destin va réunir. C'est une histoire qui commence dans la chaleur. La chaleur de l'été, la chaleur d'un café où les hommes se retrouvent pour jouer aux cartes. C'est une histoire de pudeur où on ne dit son mal que quand il est trop tard. C'est une histoire où l'argent manque ici, est trop visible là. C'est l'histoire de gens qui n'en peuvent plus, usés, brisés, vidés par leur travail. C'est l'histoire d'hommes qui vont prendre des armes pour aller chercher l'argent là où il est, dans la poche d'autres car ils pensent qu'ils en ont le droit ! Une histoire sans bons et sans méchants. Une histoire de forts et de faibles. Où chacun a ses raisons, où chacun choisit son camp. C'est une histoire où certains mourront pendant que d'autres survivront mais dont personne ne sortira indemne...

notes de production

La Raison du plus faible a été présenté en compétition au 59e Festival de Cannes (1). S’il était déjà venu à plusieurs reprises sur la Croisette en tant qu’acteur (Poulet au vinaigre, Joyeux Noël), c’est la première fois que Lucas Belvaux se rendait au festival comme réalisateur.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_de_Cannes_2006

Le cinéaste, qui s’est inspiré d’une histoire vraie, raconte : je suis allé faire un débat dans un cinéma situé à Liège, situé dans un quartier au milieu de tours (...) juste en face d’une tour, que l’on voit dans le film, qui ressemble à un totem et où s’est terminé un fait divers assez célèbre en Belgique. Une fois encerclé par la police, le type a décidé de jeter le butin à la foule, les billets volaient partout, les gens les attrapaient et partaient. Certains ont été rattrapés, mais la police n’a bien sûr pas pu retrouver tout l’argent volé (...) Et puis le type s’est fait tuer. Cette fin m’intéressait visuellement, car tout ce quartier est extrêmement cinégénique. En revanche les personnages, en tant que truands - il s’agissait de grand banditisme - m’intéressaient moins, leurs motivations notamment. J’ai donc gardé le décor, le quartier, quelques éléments dans le mode opératoire (prise d’otages et braquage) et je les ai mixés avec un autre projet que j’avais, que je voulais tourner à Marseille et qui rejoignait un peu cette histoire de gens qui tout à coup décidaient de faire un hold-up.

Le cinéaste revient sur la dimension personnelle de son film : je n’ai jamais milité. Mais là, c’est probablement mon film le plus personnel parce que je parle de gens que certes, je n’ai pas connus (je n’ai pas connus de mecs qui ont fait des casses), mais je me souviens d’un de mes grands-pères, de ma grand-mère... Ce grand-père était sidérurgiste-métallurgiste comme tous ses frères et beaux-frères. C’était une famille de métallos depuis les années 20. J’ai beaucoup pensé à eux, à ce qu’ils ont vécu, à ce qu’ils m’ont raconté, à leurs conditions de travail (...) C’étaient des vies épouvantables et cependant, ils savaient que l’année d’après ce serait un peu mieux, et l’année suivante encore un peu plus et que leurs enfants ne vivraient pas ça.

A travers le film de genre, le cinéaste dresse un sombre état des lieux de la société contemporaine. Il s’explique : c’est une espèce de constat. Moi, j’ai peur que l’on bascule dans ce genre de violence de fait divers. J’ai l’impression que l’on tend vers une société moins solidaire, où, tout à coup, ce qui construit une société démocratique est en train de disparaître au nom d’autres valeurs, bizarres (...) Je crains que l’on aille vers une société où finalement il y aura une sorte de tolérance, enfin pas vraiment de tolérance, mais d’acceptation d’un monde où les plus fragiles seront obligés de se débrouiller eux-mêmes. Petit à petit, les gens qui dérapent, qui ne savent plus comment faire, ne croiront plus en la démocratie, ils renonceront à l’idée de revendication, d’action commune pour aller vers une économie parallèle, souterraine, pas forcément le braquage, il peut s’agir de deals, de détournements de fonds, des affaires quoi ! Des trucs tombés du camion...

Comme la trilogie de Lucas Belvaux, le polar social La Raison du plus faible est un film produit par la société Agat films (2), collectif de producteurs dont fait notamment partie Robert Guédiguian, cinéaste engagé s’il en est. On retrouve d’ailleurs, sur un mode plus comique, l’un des thèmes centraux de La Raison du plus faible (aller chercher l’argent là où il se trouve) dans un téléfilm signé par le réalisateur marseillais en 1993 : L’Argent fait le bonheur (3).
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Agat_Films_%26_Cie_-_Ex_Nihilo
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27argent_fait_le_bonheur

Le cinéaste se défend d’avoir signé une apologie du vol : je n’ai pas envie de pousser au crime, explique-t-il. Je peux comprendre la chose, le fait... mais je ne pense pas que ce soit la solution. Et Marc, le personnage que je joue, est le premier à les mettre en garde, il ne les pousse pas là-dedans. Dans cette histoire de hold-up, il y a une exaltation : tout à coup, le rêve devient possible. Ils fantasment sur le hold-up comme ils fantasment sur la grille de loto : c’est exactement la même mécanique.

Acteur-réalisateur, Lucas Belvaux interprète dans son film l’un des braqueurs. Dans la trilogie Un Couple épatant (4) / Cavale (5) / Après la vie (6) (et particulièrement dans le deuxième volet), il jouait le rôle d’un terroriste. Le cinéaste reconnaît des similitudes entre les deux personnages (dans [leur] solitude et dans [leur] dimension armée]), mais pointe leurs différences : autant l’autre était dans une logique déterminée et sans interruption - c’est à dire qu’il s’est battu, il est allé en prison, il s’est évadé, il reprend la lutte et ne s’arrêtera jamais - autant celui-ci a décidé qu’il arrêtait, que c’était sans issue.... que ça ne lui convenait pas ou plus. On ne sait pas pourquoi il s’arrête, mais il n’a plus envie de la violence. Il a vraiment envie de se réinsérer.
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_couple_%C3%A9patant
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cavale_(film,_2002)
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Apr%C3%A8s_la_vie

Le cinéaste s’est immergé dans l’univers qu’il décrit, celui des ouvriers belges. A propos de son souci de dépeindre ce milieu avec honnêteté, il note : à aucun moment, on est au-dessus de ce que peuvent avoir les gens dont on parle. Leur dignité est aussi dans leur intérieur. Même si ce n’est pas riche, c’est propre et bien tenu. Le film se passe à Liège et les gens qui vivent dans les quartiers où on a tourné sont sociologiquement ce que sont les personnages. Donc, pas de trucs minables ou kitsch. Il ajoute : on a tourné dans une usine d’embouteillage de bière, dans une laverie et les chaînes n’ont pas été arrêtées parce qu’il y avait un tournage. Rien n’a été bloqué, c’est nous qui sommes rentrés dans la chaîne et on en était tributaire. Si tout à coup, il y avait une panne, on ne tournait pas pendant une demi-heure. Il y a des gens dans des hôtels en Belgique qui ont dormi dans des draps repassés par Natacha Régnier !

Gilbert Melki interprétait l’un des personnages-pivots de la trilogie de Lucas Belvaux Un Couple épatant (4) / Cavale (5) / Après la vie (6) : Manise, flic désabusé marié à une héroïnomane. Présent surtout dans le troisième volet, l’acteur y avait livré une composition très remarquée. Par amitié pour le cinéaste, il fait une participation dans La Raison du plus faible, sous les traits d’un patron. D’autre part, Patrick Descamps, qui campe le chômeur en fauteuil roulant, jouait dans la trilogie le rôle de Jaquillat, le dealer qui fournit Manise.

Originaire de Namur, Lucas Belvaux a tourné son film à Liège, et une grande partie de la distribution du film est belge : Natacha Régnier, mais aussi Patrick Descamps, comédien, metteur en scène et directeur du théâtre de l’Ancre à Charleroi, Claude Semal, artiste anticonformiste, chanteur, comédien, humoriste, ou encore Théo Hebrans, acteur qui a joué dans environ 900 pièces de théâtre, uniquement en dialecte wallon !

Lucas Belvaux et Natacha Régnier se sont rencontrés sur le plateau de Demain on déménage (7), comédie réalisée par leur compatriote Chantal Akerman.
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Demain_on_d%C3%A9m%C3%A9nage

Lucas Belvaux
voir fiche du film Chez nous
http://www.citebd.org/spip.php?film1876

Pierre Milon
voir fiche du film Juillet août
http://www.citebd.org/spip.php?film1716

Riccardo Del Fra
Né le 20 février 1956 à Rome.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Riccardo_Del_Fra

Christian Crahay
voir fiche du film Les Conquérants
http://www.citebd.org/spip.php?film1143

Daniela Bisconti
voir fiche du film Pas son genre
http://www.citebd.org/spip.php?film1242

Andrée Cambier
http://www.imdb.com/name/nm2363557/?ref_=tt_cl_t10

Giovanni Russo
http://www.imdb.com/name/nm0751628/

Félix Valentino
http://www.imdb.com/name/nm2348470/

Luc Thomas
http://www.imdb.com/name/nm0859182/

Eric Caravaca
voir fiche du film L’Amant d’un jour
http://www.citebd.org/spip.php?film1912

Natacha Régnier
voir fiche du film 38 témoins
http://www.citebd.org/spip.php?film791

Patrick Descamps
voir fiche du film Chez nous
http://www.citebd.org/spip.php?film1876

Claude Semal
Né le 6 mars 1954 à Bruxelles.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Semal

Elie Belvaux
http://www.imdb.com/name/nm1286670/

Gilbert Melki
Né le 12 novembre 1958 à Paris.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gilbert_Melki

Théo Hebrans
http://www.imdb.com/name/nm1571757/

Philippe Anciaux
Né au Congo le 19 octobre 1948.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Anciaux

Renaud Rutten
voir fiche du film Alleluia
http://www.citebd.org/spip.php?film1349

extrait(s) de presse

Paris match - Ne passez (...) pas à côté de ce nouveau coup de poing cinématographique (...)
Positif - C'est un peu comme si (...) Lucas Belvaux avait cette fois voulu faire le pari de faire exister simultanément trois genres cinématographiques : la comédie, le thriller et le mélodrame dans une même oeuvre, accompagnés de surcroît d'un contrat social. (...) Le pari est tenu. Il est même sublimé.
àVoir-àLire - (...) une mise en scène simple et basique (...) très belle (...) la qualité de l'interprétation (...) Une contribution de poids à la grande réussite de cette très belle oeuvre.
Elle - Chaque image réaffirme la brutalité d'un monde sans pitié, où les travailleurs ne vivent plus dans l'attente du grand soir ou l'espérance d'une vie meilleure (...)
Le Jdd - (...) un film fort sur les laissés-pour-compte de la société industrielle. Poignant.
Le Monde - (...) un film à deux voix, l'une tragique, l'autre optimiste, qui fait vibrer la révolte et la comédie.
Le Nouvel obs - "La raison du plus faible", c'est un thriller social sans lamento mais avec un humour digne des "Pieds nickelés".
Les Inrocks - (...) un film prenant , émouvant, et même en certaines occasions assez drôle malgré le pessimisme général du propos.